La décision, prise entre jeudi et vendredi, de retirer les portiques de détecteurs à métaux aux entrées du site du mont du Temple – et placés-là après l’attaque du 14 juillet, dans laquelle trois Israéliens arabes avaient abattu deux policiers avec des armes à feu qu’ils avaient introduites clandestinement sur le site sacré – pourrait s’avérer être l’une de ces erreurs diplomatiques critiques, qui pourraient avoir des répercussions durables sur la région.

La police israélienne et celle de Jérusalem spécifiquement, qui ont soutenu le fait de laisser les détecteurs de métaux en place, sont en effet responsables de la gestion de la crise sur le mont du Temple, à Jérusalem et dans ses environs. Mais ils n’ont pas la capacité de gérer ou de prévenir les attaques terroristes en Cisjordanie, ou une escalade éventuelle avec le Hamas dans la bande de Gaza, et ne pourront certainement pas faire face à une crise diplomatique avec des pays voisins, comme la Jordanie et l’Égypte.

La recommandation de l’armée et du service de sécurité Shin Bet, selon laquelle les détecteurs devraient être retirés ne résultait pas d’un manque de reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le mont du Temple, ou de la peur des manifestations de masse autour de Jérusalem. Leurs inquiétudes concernaient les conséquences des manifestations et des émeutes dans la région sur d’autres territoires – comme la Cisjordanie, Gaza et bien sûr sur la communauté internationale, en particulier au Moyen-Orient.

Pour être précis, ils craignaient que les affrontements, en particulier ceux qui ont causé des décès, « inspireraient » les jeunes Palestiniens à sortir et à mener des attaques terroristes isolées, telles que celles que nous avons souvent observées depuis octobre 2015.

Ariel Sharon visite le mont du Temple, le 28 septembre 28, 2000 (Crédit : Flash90)

Ariel Sharon visite le mont du Temple, le 28 septembre 28, 2000 (Crédit : Flash90)

Vous n’avez pas besoin d’être un expert du Moyen-Orient pour voir la direction dans laquelle les vents soufflent. L’histoire israélienne récente montre qu’il y a des endroits et des moments où il est préférable d’être plus intelligent que de brandir son bon droit, en particulier pour le mont du Temple.

Le 28 septembre 2000, Ariel Sharon est entré sur le site. Le Premier ministre Ehud Barak savait qu’il était juste de laisser Sharon visiter le mont. Sharon était, après tout, le chef de l’opposition, et Israël soutient la souveraineté sur le site sacré. Mais ce n’était pas nécessairement la chose la plus intelligente à faire. Il y avait beaucoup d’avertissements émis à l’époque contre la visite de Sharon – du Fatah, du Hamas, des principaux chefs de l’intelligence israélienne et du chef de l’Autorité palestinienne de l’époque, Yasser Arafat.

Ce dernier avait rendu visite à Barak à son domicile le 26 septembre pour dîner. Il avait alors demandé à celui-ci d’empêcher la visite. Barak, qui craignait de capituler face à la pression palestinienne, lui avait permis d’aller de l’avant.

Deux jours plus tard, j’ai observé ce qui se passait depuis le toit des bureaux du Waqf au-dessus d’une des entrées du site alors que Sharon faisait sa visite, escorté par des centaines de membres du personnel de sécurité. Des milliers de Palestiniens les attendaient là. Au bout d’une demi-heure, la visite s’est terminée, et à part quelques bousculades, il n’y a pas eu d’incidents extraordinaires.

Mais le mont du Temple est le mont du Temple. L’explosion a eu lieu le lendemain. Le vendredi 29 septembre, les Palestiniens ont commencé à jeter des pierres aux fidèles du mur Occidental. Le chef de la police de Jérusalem à l’époque, Yair Yitzhaki, a pris une pierre sur la tête et a été transporté à l’hôpital. Son adjoint a ordonné aux officiers d’entrer sur le mont du Temple et a autorisé l’usage des armes à feu. En quelques heures, sept personnes étaient mortes et il y a eu des dizaines de blessés, le tout diffusé en direct sur la télévision arabe et palestinienne.

Quelques heures plus tard, la Cisjordanie et Gaza se sont embrasés. La deuxième Intifada avait commencé.

L’escalade de ce vendredi est encore loin d’être une intifada (soulèvement). Il existe plusieurs différences importantes entre 2000 et ce qui se passe maintenant. Pour commencer, le public palestinien est aujourd’hui en général moins enthousiaste à l’idée de lancer des manifestations de masse. Même les émeutes sanglantes de ce vendredi ne ressemblaient en rien aux événements d’il y a presque 17 ans, lorsque des dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées dans les rues de Cisjordanie.

D’autre part, ces jours-ci plane toujours la menace des assaillants londoniens, qui accomplissent leurs agressions sans aucune infrastructure terroriste et qui sont bien plus difficiles à prévoir. Même sans soutien organisationnel, ces terroristes peuvent facilement effectuer des opérations coups de poing, des tirs et des attaques de voiture contre les Israéliens.

Une autre différence majeure est qu’Arafat a été prompt en 2000 à conduire et soutenir la vague de violence, en encourageant les manifestations et les attaques terroristes. Son successeur, Mahmoud Abbas, a peut-être annoncé vendredi l’arrêt des contacts avec Israël, mais il est peu probable qu’il réussisse à empêcher la coordination de la sécurité entre les forces de sécurité israéliennes et palestiniennes, ou qu’il puisse mettre fin à tous les liens économiques avec l’État juif. Aucun signe n’indique qu’il ait pris de telles mesures pour le faire. Abbas sait que de telles actions causeraient un grand préjudice à l’AP, à lui-même et à son statut.

Néanmoins, si le gouvernement israélien adhère à la décision de laisser les détecteurs en place, au lieu de considérer l’intérêt général – qui concerne davantage la sécurité que la politique -, même Abbas pourrait opter pour des actions plus drastiques.

Nous sommes encore loin d’une situation sans retour. L’escalade qui a débuté vendredi avec des émeutes sanglantes, avec trois Palestiniens tués et des manifestations dans presque toutes les capitales arabes – et auquel s’ajoute l’horrible attaque terroriste dans laquelle trois Israéliens ont été assassinés chez eux alors qu’ils mangeaient leur dîner de Shabbat – peut et doit être contenue.

L'équipe de ZAKA sur les lieux de l'attaque au couteau au domicile des Salomon, le 22 juillet 2017 (Crédit : ZAKA)

L’équipe de ZAKA sur les lieux de l’attaque au couteau au domicile des Salomon, le 22 juillet 2017 (Crédit : ZAKA)

Mais pour ce faire, il faut un courage et une volonté d’être un peu plus intelligent, en ayant un peu moins raison aussi, même si cela provoque des critiques de certains milieux. En ce qui concerne les détecteurs de métaux – qui ne constituent en aucun cas une panacée en sécurité – il existe pour ces derniers des alternatives viables. Mais pour les mettre en œuvre, les dirigeants israéliens devront faire montre de courage, et faire fi des critiques de la droite.