Lundi, les dirigeants juifs américains ont appelé la ministre de la Justice Ayelet Shaked et le gouvernement israélien à faire comprendre à l’administration Trump l’urgence de condamner et de combattre la recrudescence de l’antisémitisme aux États-Unis.

Pendant la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures à Jérusalem, Shaked a demandé aux membres de l’assemblée s’ils avaient senti une montée de la vague d’antisémitisme, et dans quelle mesures pensaient-ils qu’Israël devrait répondre. C’est la première fois qu’un ministre israélien admet l’existence d’une telle tendance.

Le président de l’Association des centres communautaires juifs d’Amérique du Nord, Stephen Seiden, a déclaré aux ministres que 56 communautés juives ont reçu des alertes à la bombes sur 3 semaines, et certaines communautés ont été plusieurs fois prises pour cibles.

Le centre communautaire juif d'Albany temporairement évacué suite à une alerte à la bombe, le 18 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Twitter via JTA)

Le centre communautaire juif d’Albany temporairement évacué suite à une alerte à la bombe, le 18 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran Twitter via JTA)

Lundi, au moins 11 autres centres ont été visés par le même type de menaces.

« Je pense tout ce qu’Israël peut faire pour convaincre notre nouveau président de prendre ce problème à bras le corps, de reconnaitre que l’antisémitisme est un problème, serait très bénéfique », a-t-il dit.

Les alertes à la bombe « instillent la peur chez de nombreux membres de la communauté », a-t-il ajouté.

« Nous restons forts… mais l’anxiété et le niveau d’antisémitisme a clairement grimpé », a souligné Seiden.

Margo Gold, directrice internationale de la United Synagogue of Conservative Judaism a appelé le gouvernement israélien à « envoyer un message fort au président » et à s’élever contre l’antisémitisme parmi ses sympathisants.

« C’est très important qu’Israël soutienne le message que nous voulons faire passer au président », a-t-elle dit.

Le président Reuven Rivlin devant la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, à Jérusalem, le 19 février 2017. (Crédit : Mark Neiman/GPO)

Le président Reuven Rivlin devant la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, à Jérusalem, le 19 février 2017. (Crédit : Mark Neiman/GPO)

Dimanche soir, devant la conférence, le président israélien Reuven Rivlin avait manifesté son inquiétude quant à la recrudescence de l’antisémitisme aux États-Unis et le défi inhérent. « C’est également une période très délicate pour la communauté juive qui vous représentez », avait-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fermement défendu Trump « et sa nation » des accusations d’antisémitismes portées contre lui la semaine dernière à Washington. Aux côtés de Trump, à la Maison Blanche, Netanyahu a balayé d’un revers de main une question sur la montée du sentiment antisémite aux États-Unis depuis l’élection du 8 novembre.

Bien que la question ait été adressée à Trump, Netanyahu s’était interposé pour assurer « qu’il n’y a pas plus grand soutien au peuple juif et à l’État d’Israël » que Trump. « Et je pense que nous pouvons mettre ça de côté », a-t-il ajouté.

Mardi, Hillary Clinton, candidate malheureuse à la présidentielle américaine de 2016, a appelé Donald Trump à « s’exprimer » contre la hausse de l’antisémitisme aux Etats-Unis, en particulier après les vagues de menaces à la bombe contre des centres communautaires lundi.

Le lendemain, Trump a fustigé deux journalistes qui l’ont interrogé sur la montée de l’antisémitisme aux États-Unis. Il a déclaré « détester » qu’on le traite d’antisémite, ce qu’aucun des deux journalistes n’avait pourtant fait.

Interrogé par Jake Turx, journaliste juif orthodoxe d’Ami Magazine, sur la façon dont son administration gérerait l’antisémitisme, Trump l’a interrompu et accusé de malhonnêteté, tout en soulignant cependant que ni lui-même, ni personne dans son entourage, n’estime qu’il partage de telles idées.

« Ce n’est pas une question simple, ni une question juste, avait-il dit. Je suis la personne la moins antisémite que vous pourrez voir de toute votre vie. »

Le journaliste juif Jake Turx s'exprime sur Fox News  le 17 février 2017 (Capture d'écran : YouTube )

Le journaliste juif Jake Turx s’exprime sur Fox News le 17 février 2017 (Capture d’écran : YouTube )

Turx l’a interrompu, précisant qu’il ne pensait pas que Trump soit antisémite, ce sur quoi l’a fait taire, « silence, silence, silence ».

Le journaliste ultra-orthodoxe a, par la suite, défendu le président américain.

En novembre, Jonathan Greenblatt, directeur exécutif de l’Anti-Defamation League (ADL), avait déclaré que « la communauté juive américaine n’a pas vu un tel niveau d’antisémitisme en politique ni dans l’opinion public depuis les années 30. »

Le Southern Poverty Law Center, qui œuvre pour combattre le racisme et l’extrémisme dans le pays, a déclaré dans un communiqué paru mercredi que le nombre de crimes racistes commis aux États-Unis a augmenté, pour la deuxième année consécutive. Le Southern Poverty Law Center a établi un lien direct entre la « droite radicale » et Donald Trump, et a déclaré que l’élection du président a « dynamisé » ces groupes.

JTA a contribué à cet article.