Pendant que le monde juif inclinait la tête mardi lors des funérailles des quatre victimes juives françaises de l’attentat terroriste perpétré vendredi dans un supermarché casher à Paris, les principaux dirigeants juifs européens étaient à Jérusalem dans le cadre d’un voyage de solidarité d’un jour en Israël.

Après une longue journée de réunions, dans une série d’interviews accordées au Times of Israel, les délégués visiblement de France, Belgique, Allemagne et Grèce décrivaient le sentiment que la communauté juive européenne est entrée dans une période d’insécurité et d’incertitude.

La journée a été organisée par le Congrès israélo-juif (IJC), un organisme indépendant à but non-lucratif fondé par le philanthrope russe Vladimir Sloutsker qui dit viser à promouvoir Israël et l’Etat du peuple juif, et renforcer les liens entre Israël et la Diaspora. Il réunit les délégués en temps de crise ainsi que lors de réunions régulières.

Les dirigeants ont exprimé leur frustration avec ce qu’ils voient comme la rhétorique vide de la part de leurs élus, et ont exigé des mesures pour rassurer leurs communautés juives en detresse face au sérieux avec lequel etait abordés l’antisémitisme et sa variante la plus récente, « l’anti-israélisme ».

Soulignant la valeur de mesures publiques à grande échelle, Michel Gourary, le président du Congrès israélo-juif, a déclaré que les hommes politiques européens envoyaient des signaux faibles.

« De grandes expressions de sympathie ne suffisent pas, » a-t-il dit, ajoutant, qu’après l’attaque meurtrière de 2012 dans une école juive à Toulouse, les politiciens avaient dit qu’il y aurait un « avant Toulouse et un après Toulouse. »

« C’était des mots, des mots et des mots », a déclaré Gourary.

Gourary a proposé de convoquer le 15 septembre une nouvelle convention de Nuremberg symbolique dans laquelle les chefs d’Etat européens marqueraient les 80 années depuis l’adoption nazie des lois raciales qui ont provoqué la discrimination systématique et bureaucratique à l’encontre des Juifs.

Il a dit que l’IJC et ses partenaires communautés juives à travers le monde ont l’intention d’utiliser ce rassemblement historique pour appeler à plus de mesures concrètes pour lutter contre l’antisémitisme en Europe, y compris des lois plus efficaces pour interdire les discours de haine et d’incitation en ligne, ainsi que de continuer à demander l’envoi d’un émissaire européen à temps plein pour surveiller et combattre l’antisémitisme.

Gourary, un immigrant belge en Israël, a déclaré que l’Europe est « infectée » par l’antisémitisme », comme un cancer avec beaucoup de métastases à travers l’Europe. »

Tout comme les médecins traitent le cancer avec un cocktail puissant de médicaments, les gouvernements européens doivent guérir les racines de l’antisémitisme et de l’anti-israélisme, a-t-il dit, y compris les partis politiques, les expressions racistes et les médias inflammatoires.

Mais quand les leaders de la communauté ont exprimé leur mécontentement face aux vains efforts de leurs gouvernements pour lutter contre l’antisémitisme,s’éleva la question de savoir si ces pays avaient besoin de leurs Juifs.

A la question pourquoi les leaders europées devaient pourvoir aux besoins des Juifs, un segment mineur de la population electorale, Gourary a dit que les Juifs partageaient une histoire commune de 2000 ans avec les autres Européens et furent des importants citoyens du continent.

Plus important encore, il y a aujourd’hui en Europe plus de 3 000 djihadistes entraînés « que nous connaissons », qui sont des « terroristes formés par les terroristes pour perpétrer des attaques terroristes. »

Une ruche juive d’expérience partagée

Les représentants, réunis pour manifester leur soutien aux familles des victimes, ont réfléchi aux façons de lutter contre ce qu’ils considèrent comme une menace antisémite et islamiste croissante dans leurs propres communautés, et pour rencontrer des représentants du gouvernement israélien.

Le groupe a participé à des séances avec Yuli Edelstein le président de la Knesset et avec le chef adjoint du Conseil de sécurité nationale pour la politique étrangère et des affaires internationales Dr Eran Lerman, ainsi qu’à un dîner-rencontre avec le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Zeev Elkin.

Likud MK Zeev Elkin (photo credit: Uri Lenz/Flash90)

Zeev Elkin (photo credit: Uri Lenz/Flash90)

Le délégué allemand Nathan Gelbart, le chef du Keren Hayessod Allemagne et membre du Conseil central des Juifs en Allemagne, a dit qu’il était bien conscient que les attentats de Paris pourraient être reproduits sur toutes « les cibles faciles » juives – les écoles, les institutions, les synagogues, magasins – dans toute l’Europe. Il a ajouté que c’était une « question de coïncidence » que le terrorisme s’est produit en France. « Cela pourrait être demain l’Allemagne et la Suisse », a déclaré Gelbart.

Gourary, un ancien émissaire de l’Agence Juive en France, a décidé, en disant : « il y a un forte impression de [faire face à] un volcan qui éclatera très bientôt » en Europe.

« Je commence à me demander si l’Europe est le bon endroit pour élever des enfants et petits-enfants juifs, » dit Gelbart dit, ajoutant qu’il peut être temps de se joindre à la majorité juive et de laisser derrière le sentiment d’être dans un « zoo », qui est, selon lui, celui de nombreux juifs en tant que minorité dans la Diaspora.

Mais pour le délégué grec Benjamin Albalas, l’antisémitisme n’est pas la chose principale qui pousse à l’émigration juive de Grèce.

Albalas, le président du Conseil européen des communautés juives et ancien président de la communauté juive de la Grèce, a déclaré que malgré les gros titres qui disent le contraire, qui parlent d’une augmentation massive de l’antisémitisme et de l’extrémisme de droite, ces choses sont « gérables. »

« En Grèce, nous pouvons surmonter cette difficulté « , a-t-il dit, ajoutant que les institutions de la communauté juive étaient gardées par la police en permanence. Après les récentes attaques à Paris, le gouvernement a nettement augmenté la présence policière, dit-il, comme il l’a fait pendant la guerre de cet été à Gaza.

Ce qui génère l’immigration grecque en Israël, a déclaré Albalas, c’est la situation financière désastreuse, dans laquelle environ 52 % des jeunes sont au chômage.

« Tout le monde en Grèce a de la famille en Israël. C’est plus facile de s’y installer ici que, par exemple, en Suède », a-t-il dit.

Cependant, pour de nombreux juifs français, la motivation de l’immigration en Israël est un mélange de sécurité personnelle et financière.

Ariel Amar, un responsable du CRIF, est un pharmacien qui a dit qu’il a attendu au moins une décennie pour qu’Israël reconnaisse ses diplômes, lui permettant d’entrer dans le marché du travail israélien.

« Il y a deux principes de la Torah : allez là où vous avez votre gagne-pain et votre sécurité », a déclaré Amar, qui a expliqué que la sécurité était aussi une question de soins médicaux et d’éducation.

Amar dit que les Juifs de la diaspora dans son ensemble doivent être forts et penser qu’ils peuvent rester sur place en tant que Juifs fiers et dignes. Lui et le délégué belge Eli Ringer n’apprécient pas ies insinuations faites par le chef de l’Agence juive pour Israël, Natan Sharansky, à savoir, que le temps est compté pour les Juifs d’Europe.

Ringer et Amar estiment que la décision d’immigrer en Israël devrait être prise de façon « sentimentale et intellectuelle » – sans aucune pression extérieure.

« Israël a besoin de la diaspora autant que la diaspora a besoin d’Israël », a déclaré Ringer.