Lorsque des djihadistes radicaux de l’Etat islamique, ont pris la ville de Mossoul dans le nord de l’Irak début août et qu’ils ont commencé à expulser l’ancienne communauté chrétienne de la ville, cheikh Youssef Qaradawi a dû rompre le silence.

« Ce sont des actes contraires à la loi et à la morale islamiques. Ils ne font que ternir l’image de l’islam et des musulmans », a écrit la personnalité égyptienne dans une déclaration publiée par son organisation basée au Qatar, l’Union internationale des chercheurs musulmans.

« L’Union exige que le soi-disant Etat islamique en Irak et en Syrie – qui a fait du tort aux musulmans en déclarant un prétendu ‘califat’ – permette aux chrétiens de Mossoul de revenir au sein de leurs foyers, parce que ce sont les habitants originaux de l’Irak et non des intrus ».

Avec le but clairement affiché de détruire les frontières de l’accord « Sykes-Picot » décidé par les puissances coloniales après la Première Guerre mondiale, l’Etat islamique pose surtout une menace aux régimes arabes qu’il essaie de renverser.

Cela a pris un peu de temps, mais ces régimes se sont maintenant alertes devant la menace islamique et ont commencé à utiliser l’outil le plus efficace à leur disposition pour le combattre : le discours religieux prononcé par les autorités religieuses du pays.

Ces membres, souvent employés par l’Etat, utilisent un mélange de sermons religieux émotionnels et d’arguments pratiques pour décourager les croyants de l’attrait nocif des militants de l’islam, contredisant les notions de piété religieuse et l’interprétation d’une sincère souveraineté islamique de l’EI.

Dar al-Ifta en Egypte, l’institution centrale du pays dédié à la recherche islamique, a publié une déclaration sur son site Internet le 13 juin, expliquant que rejoindre l’EI était « interdit par l’islam » puisque l’organisation cherche à « détruire le pays et à écorner l’image de l’islam dans le monde ».

L’Etat islamique, poursuivait-on dans la courte déclaration, « transforme le sens des textes et interprète mal les lois islamiques afin de justifier ses actions extrémistes et sanguinaires ». En outre, ses actions pourraient « être utilisées comme une excuse pour une intervention étrangère » par les « ennemis de l’islam », provoquant ainsi le chaos dans les pays arabes.

Rassembler les croyants contre un ennemi commun et consensuel est une autre tactique habituelle pour ramener les musulmans du « bon » côté.

Au cas où le terme « ennemis de l’Islam » n’aurait pas été assez clair dans la déclaration de Dar-al-Ifta, Ahmad Tayyeb, chef religieux égyptien et grand imam de l’Université Al-Azhar, a déclaré que l’Etat islamique et d’autres groupes terroristes étaient « une création coloniale travaillant au service d’un sionisme mondial sous une nouvelle forme ».

« Il est douloureux de voir que ces crimes inhumains sont perpétrés sous l’égide du califat pour recréer l’Etat islamique, et au nom de l’islam qui est la religion de la pitié », a déclaré Tayyeb dans un discours avant de rendre visite au ministre saoudien des Affaires étrangères au Caire.

Le prince Saoud al-Fayçal, ministre des Affaires étrangères saoudien (Crédit : Département d'Etat américain/Wikimedia commons)

Le prince Saoud al-Fayçal, ministre des Affaires étrangères saoudien (Crédit : Département d’Etat américain/Wikimedia commons)

Qaradawi, le chercheur égyptien, a expliqué à l’Agence turque Anadolu pourquoi l’EI ne pouvait tout simplement pas déclarer unilatéralement un califat.

Un califat, a-t-il expliqué, peut seulement être formé par un groupe d’États gouvernés par la loi islamique avec le consentement de leurs dirigeants et de la population qui se regroupe dans une fédération ou une confédération. Il n’y a aucune raison d’empêcher les musulmans de s’unir politiquement, a-t-il ajouté, mais une telle union ne peut pas être réalisée « comme par le passé ».

Des jeunes musulmans rejoignent l’EI, explique-t-il, à cause de la « situation et de la corruption des dirigeants arabes ».

« L’islam rejette l’extrémisme, déclare-t-il. Tous les 100 ans, la religion a besoin d’un renouveau de sa foi et des concepts ».

L’Arabie saoudite, avec sa longue expérience de programmes de dé-radicalisation basés sur la religion, a également mobilisé ses hauts responsables religieux, comme le grand mufti Abdul Aziz Aal Ash-Sheikh, dans son combat contre l’EI.

Dans une interminable déclaration chargée de langage religieux et publiée par l’agence d’informations officielle saudienne le 19 août, Aal Ash-Sheikh a lié l’EI au Kharijites, un groupe d’extrémistes au début de l’islam qui s’est rebellé contre le calife Ali et s’est finalement séparé de la religion, déclarant que le nouveau groupe « n’avait rien à voir avec l’islam ».

Les musulmans saoudiens ont fustigé l’EI pour défier l’autorité sacrée des dirigeants arabes et semer la discorde, ou fitna, dans la communauté islamique, ce qui constitue un crime moral pour tout croyant.

Plutôt que de critiquer des forces extérieures pour la création et le développment de l’EI, Aal Ash-Sheikh, un représentant du régime saudien ultra-traditionnel, a appelé à « unir les efforts d’éducation, de culture et de développement afin de renforcer l’idéologie de modération venant de la charia islamique ».

Les décapitations sont-elles approuvées par l’Islam ? selon une question postée sur le site Internet de l’Union du clergé syrien, un groupe d’opposition, citant le hadith, ou la tradition islamique orale, selon laquelle un compagnon du prophère Mahomet aurait approuvé la décapitation des Kharijites et l’exposition publique de leurs têtes tranchées à Damas.

Après avoir réfuté l’authenticité de la tradition orale, l’argument des relations publiques a été invoqué dans la réponse du chercheur.

« L’imam al-Shafi’i (un savant du 8ème siècle) a déclaré que les règles religieuses correspondent à un moment, à un lieu et à un individu. Nous vivons à une époque où attirer les gens vers l’islam demande d’améliorer son image… les décapitations nuisent gravement à cet objectif, cela détourne les personnes de la religion et fait du mal à la révolution [syrienne] », pouvait-on lire dans la réponse.