Umm al-Fahm – Un panneau d’affichage disant « Umm al-Fahm restera une épine dans la côte [d’Avigdor] Liberman » accueille les automobilistes à l’entrée de la ville arabe que l’actuel ministre des Affaires étrangères veut annexer au futur Etat palestinien.

« C’est notre chance », n’est pas seulement la devise de la Liste arabe unie mais le sentiment commun des résidents interviewés par le Times of Israel.

« Nous vivons un événement historique », lance Hassan Mahamid, 23 ans, étudiant en informatique au Tel Hai College de Kiryat Shemona, qui est revenu chez lui pour voter.

« La dernière fois, les gens argumentaient pour le parti de leur choix. Pas cette fois. Maintenant, les Arabes sont unis dans une Liste commune ; il n’y a aucune raison de boycotter » le scrutin. Mahamid dit être curieux de voir les conséquences produites par les bons résultats de la Liste arabe.

« Je pense que nous serons plus respectés. Je suis sûr que nous n’obtiendrons pas tous nos droits ; il est bien connu que la majorité domine la minorité. Mais peut-être la pression sera-t-elle mois lourde ; moins de maisons démolies, etc. »

Ayant lui-même généralement évité la politique, Mahamid affirme avoir récemment entendu des amis se référer aux Arabes israéliens comme à des « citoyens de seconde zone ».

« Cette idée disparaîtra. Qu’est-ce que cette histoire de ‘seconde zone’ signifie de toute façon ? Je suis un citoyen ! », s’exclame-t-il.

L’étudiant se demande pourquoi Liberman a décidé de s’en prendre à Umm al-Fahm, une ville de plus de 50 000 âmes, lorsqu’il a proposé de l’annexer à un futur État palestinien, en échange de l’implantation d’Ariel en Israël.
Selon lui, ce serait lié à la réputation de bastion islamiste  de la ville, de siège du Mouvement islamique de Raed Salah.

Le dirigeant du mouvement islamiste en Israël, le Cheikh Raëd Salah arrive au tribunal à Jérusalem, le 4 mars 2014 (Crédit :  Ahmad Gharabli/AFP)

Le dirigeant du mouvement islamiste en Israël, le Cheikh Raëd Salah, arrive au tribunal de Jérusalem, le 4 mars 2014 (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP). 

« Mais pourquoi proposer l’annexion ? », demande-t-il solennellement. « Ne serait-il pas plus avantageux pour lui de simplement démolir des maisons, par exemple ? »

Son cousin, Mahmoud Mahamid, 18 ans, a voté pour la première fois mardi. Il affirme que la campagne télévisée de la Liste arabe « lui a donné un coup de sang ».

« Cela vous donne l’impression que si vous ne votez pas, vous serez affectés personnellement », explique Mahamid, qui s’apprête à partir en Roumanie pour étudier la médecine.

« Pour obtenir nos droits, nous devons avoir le plus grand nombre possible de députés arabes. » Mahamid affirme n’avoir jamais envisagé de boycotter les élections. Il a récemment rencontré un jeune homme qui avait l’intention de s’abstenir, et l’a convaincu de voter.

« Je lui ai dit qu’en tant qu’étudiants, sur le point de commencer notre vie, nous devons penser à nos droits et à nos futures carrières, dès maintenant. »

« Si nous obtenons 15 sièges, nous feront la fête », dit Hassan Mahamid à sa sortie de l’isoloir à l’école primaire Omar al-Khayyam, au mur orné du proverbe juif « S’il n’y a pas de farine, il n’y a pas de Torah », au-dessus d’un verset coranique vantant la valeur de l’éducation [La Liste arabe unie a obtenu 14 sièges].

Non loin de là, au siège local de la Liste arabe unie, Adnan Mahamid aide les résidents à trouver leur bureau de vote en utilisant un logiciel fourni par le ministère de l’Intérieur. Député communiste et ancien partisan de Hadash, Mahamid déclare espérer que l’opinion publique arabe « réagira avec force à la campagne raciste dans notre pays ».

« Nous disons à Liberman et à tous les racistes de son acabit : Umm al-Fahm restera arabe et palestinienne. Nous sommes les natifs de cette terre, et ses propriétaires. Nous sommes venus ici avant les immigrants. »

Afu Aghbariyeh, membre Hadash de la Knesset sortante, est arrivé au siège pour encourager le vote pour la Liste unie dans sa ville natale.

« Quelque chose d’essentiel a changé, décalre Aghbariyeh au Times of Israel. Cette liste a jeté les fondations du changement en Israël vers la démocratie, l’égalité et la fin de l’occupation. »

Le médecin qui a fait ses études en Russie dit être heureux d’être placé au bas de la Liste unie à ces élections « afin de laisser la jeune génération prendre la tête ». Pour Rashad Mahamid, entrepreneur en construction, l’objectif principal de ces élections est de renverser Liberman.

« Comme le dit le vieux dicton arabe : la poule a creusé un trou et s’est couverte de poussière. En élevant le seuil électoral, [Liberman] s’est fait du mal à lui-même et a rehaussé la valeur de l’opinion publique arabe. »

Mahamid espère aussi que la victoire de la Liste unie incitera les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza à s’unir politiquement.

« Israël a peur des voix arabes israéliennes après l’unification. Nous espérons être un modèle pour le monde entier, et pour les Palestiniens en particulier. Nous demandons à l’Autorité palestinienne et au Hamas de nous imiter. »

Mais, assis dans un coin de rue, Muhammad Jamil, un travailleur de la construction à la retraite de 76 ans, est moins optimiste. Oui, il a voté pour la Liste commune, mais ne croit pas que sa vie changera radicalement pour autant.

« La liste pour laquelle j’ai voté ne fera rien, mais au moins elle montrera aux gens que nous sommes un bloc. Quel poids peuvent avoir [14 députés] sur 120 ? »

« Les Juifs sont un peuple affamés, ils veulent dévorer le monde entier, conclut-il, en riant. Mais aussi mauvais qu’Israël peut être, les Arabes sont pires. Ici, au moins, il y a un soupçon de démocratie. »