Le 29 janvier, la date limite pour soumettre les listes définitives de candidats à la Knesset pour chaque parti devant la Commission électorale centrale, est maintenant passée.

Depuis jeudi soir, les partis ne peuvent plus fusionner ou se scinder, ni ajouter des célébrités ou des ex-généraux à leurs listes.

C’est maintenant une simple course (à 12 ou 13 voies) vers le jour J de l’élection, le 17 mars.

Conscients de cet horizon d’événement politique, jeudi a vu une vague de manœuvres politiques de la part des partis manœuvrant jusqu’avant la fermeture des listes. Leurs choix dans ces dernières heures capitales sont très révélateurs de la campagne à venir.

Pour Koulanou, une manœuvre russe

Le parti Koulanou de Moshe Kahlon, dont le nom signifie « nous tous » en hébreu, est fier de la participation de femmes aux côtés des hommes, d’immigrants aux côtés d’Israéliens de longue date, de dirigeants d’entreprise aux côtés de militants des couches pauvres.

Mais cette diversité, la carte de visite du parti, a été entravée lundi quand le président de la Commission électorale centrale et juge à la Cour suprême de justice Salim Joubran a é abli que la n° 3 de la parti, la journaliste Tsega Melaku née en Éthiopie, n’avait pas purgé la période d’attente requise entre son emploi dans le journalisme et sa candidature à la Knesset.

Melaku a été disqualifiée et Koulanou est allé à la recherche d’un candidat qui pourrait offrir une contribution similaire à la diversité de sa liste.

Les représentants du parti Koulanou déposant leur candidature pour les élections de mars 2015 le 29 janvier 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les représentants du parti Koulanou déposant leur candidature pour les élections de mars 2015 le 29 janvier 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a trouvé le candidat en la personne du maire de la ville d’Arad Tali Ploskov, une immigrante de Moldavie qui a fait son chemin du nettoyage de chambres d’hôtels jusqu’à son bureau du maire.

Melaku était un appel sans équivoque aux Israéliens qui ont immigré d’Ethiopie. Ploskov est censé representer le même attrait pour ceux qui sont venus en Israël en provenance de l’ancienne Union soviétique – un groupe qui surpasse les immigrants éthiopiens dans un rapport de 10 à 1.

La décision a également été motivée par les derniers sondages, qui ne donnent au parti à majorité russe Yisrael Beytenu guère plus que 4 sièges, même si la moyenne des six sondages les plus récents lui donne 5 sièges, et que le Projet 61 utilisant les erreurs de données lors des elections passées fait passer le chiffre à 7.

Même 7 sièges marqueraient une forte baisse par rapport aux 13 députés d’Yisrael Beytenou de la Knesset sortante ou aux 15, qu’il a remporté en 2009.

Comme Yisrael Beitenu a chuté ces derniers jours, Kahlon a utilisé les dernières heures dans lesquelles il pouvait former sa liste pour dérober une des étoiles montantes du parti. Yisrael Beitenou avait fortement fait campagne pour Ploskov à Arad – et s’est amèrement plaint jeudi de sa décision de passer à Koulanou.

Yisrael Beitenu a déclaré jeudi dans un communiqué tout en colère que Ploskov a rejoint Koulanou, seulement après « que sa demande de faire partie de la liste Yisrael Beytenu pour la Knesset ait été rejetée. »

Ploskov aurait « abandonné la ville d’Arad au milieu d’une grave crise, quelque chose qui les dirigeants de Yisrael Beytenu considéraient comme irresponsable, et a donc rejeté sa candidature ».

La critique n’est guère sérieuse. Comme le blogueur Tal Schneider a remarqué jeudi en plaisantant, « Est-ce qu’Yisrael Beytenu a publié une déclaration à propos de la décision du maire de Safed Ilan Shohat d’abandonner sa ville afin de figurer en quatrième place sur la liste Yisrael Beytenu ? »

Pertes de dernière minute à HaBayit HaYehudi

Naftali Bennett a mené un assaut tous azimuts sur le centre-droit au cours des dernières semaines, poussant son parti HaBayit HaYehudi et sa base nationale-religieuse à afficher un niveau sans précédent d’ouverture aux Israéliens laïcs ou moins pratiquants.

Naftali Bennett à Ramat Gan le 15 janvier 2015 (Crédit : Ben Kelmer/Flash90)

Naftali Bennett à Ramat Gan le 15 janvier 2015 (Crédit : Ben Kelmer/Flash90)

Bennett ne se considère pas comme un politicien de carrière. Sa carrière politique est consacrée à effectuer un seul changement fondamental dans la conscience publique israélienne. Les Israéliens doivent se « réveiller », dit souvent Bennett, du processus d’Oslo, avec ses théories de territoires-contre-la-paix et l’objectif d’un Etat palestinien.

« HaBayit HaYehudi sera un parti au pouvoir, » jure-t-il à chaque occasion, en remplaçant le Likud, qui a une longue histoire de retraits territoriaux, y compris en Cisjordanie et à Gaza.

Cette semaine, Bennett a placé l’ancienne star de football et ex-partisan Likud Eli Ohana sur la liste HaBayit HaYehudi conduisant à une rébellion à part entière parmi les militants et les députés du parti. Ohana a démissionné de la liste jeudi, assénant à Bennett le camouflet le plus important de l’intérieur depuis sa prise du contrôle du parti il y a plus de trois ans.

La justification de Bennett dans la nomination était tactiquement bonne. Ohana est un centriste. Comme il l’a reconnu dans les vidéos de HaBayit HaYehudi produites ces derniers jours, il avait soutenu le retrait de Gaza d’Ariel Sharon en 2005. Mais ensuite, il « a ouvert les yeux, » a-t-il dit cette semaine.

Bennett voit la mission de HaBayit HaYehudi comme la tête d’un processus national d’ «ouverture des yeux » du coup de tête de chercher à tout prix un arrangement avec les ennemis d’Israël par le biais de retraits territoriaux. L’histoire de Ohana – un enfant d’immigrants pauvres qui fait bien, un centriste qui a appris à se méfier des retraits – correspond parfaitement à la nouvelle vision de Bennett pour son parti.

Mais la base n’est pas d’accord. HaBayit HaYehudi est encore à sa base un parti religieux. Les matchs de football sont joués le Shabbat et Ohana n’est pas observant. L’idée a été perçue par de nombreux rabbins nationaux-religieux et leurs nombreux étudiants dans cette communauté comme un compromis aux idéaux fondateurs du parti pour l’amour du gain politique.

Ce que Bennett a perdu avec le retrait de Ohana n’était pas seulement une célébrité. C’était le geste le plus audacieux dans ses efforts pour faire appel au centre-droit politique – et a été rejeté. Le chemin de HaBayit HaYehudi vers le grand public a été bloqué, au moins pour l’instant.

Ayelet Shaked serre la main du juge Salim Joubran de la Cour suprême le 29 janvier 2015 lors du dépôt de candidature pour les élections de mars 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ayelet Shaked serre la main du juge Salim Joubran de la Cour suprême le 29 janvier 2015 lors du dépôt de candidature pour les élections de mars 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Par la même occasion, HaBayit HaYehudi a également perdu l’ex-Likudnik et ancien leader du mouvement des colons Danny Dayan, qui a quitté le parti en colère suite à sa piètre performance aux primaires et le refus de Bennett de lui offrir une meilleure place sur la liste.

Dayan ayant quitté, HaBayit HaYehudi a sorti jeudi un communiqué genre Yisrael Beytenu: « Dani Dayan a écrit il y a quelques jours qu’il allait quitter pour un autre parti après qu’il n’ait pas été élu » à une place réaliste aux primaires. « Après avoir été refusé [par les autres partis], il a demandé à retourner à HaBayit HaYehudi à un place plus élevée sur la liste, mais ne s’est vu proposer que la 17e »

Les gains de dernière minute du Likoud

La baisse constante d’Yisrael Beytenu dans les sondages, la poussée en dernière heure de Koulanou dans l’électorat russophone et la perte de HaBayit HaYehudi de son plus célèbre ex-Likudnik (Ohana) et son moins célèbre collègue (Dayan) sont autant de bonnes nouvelles pour le Likud.

En fait, les nouvelles étaient tellement bonnes que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé qu’il pourrait renoncer à son plan d’inclure deux femmes dans la liste du parti dominée par les hommes. Dr Anat Berko rentre quand même en tant que numéro 23. Mais en 11e, le Premier ministre a placé son propre confident, le conseiller et ancien ministre Benny Begin.

L’échec de Begin aux primaires pour les élections de 2013 est souvent cité comme la preuve que la base du Likud se déplaçait vers la droite.

La nomination de Benny un modéré du centre-droit, fils du fondateur vénéré du Likud Menachem Begin, envoie un message sans équivoque du point de vue de Netanyahu : il ne fait plus campagne contre HaBayit HaYehudi à sa droite, mais se concentre à combattre sur sa gauche le Camp sioniste dirigé par les travaillistes pour les électeurs centristes.

Une gauche ordinaire et brillante

Il y avait moins de nouvelles jeudi chez les partis de gauche de la liste de Camp sioniste (parti travailliste et Hatnua) ou du Meretz pour la simple raison que tous deux avaient terminé leurs primaires et la formation de leurs listes avant jeudi.

En général, quand il est question de la gestion de la logistique de leurs primaires et, jusqu’ici au moins, de leurs campagnes, la gauche a tout simplement fait un meilleur travail. C’est, au moins, l’avis unanime du personnel de campagne politique à droite.

Alors que le Likud a vu la bataille pour la 20e place entre Avi Dichter et Tzipi Hotovely durer jusqu’à jeudi, forçant des recomptages de dernière minute et atteignant jusqu’à la Haute Cour de Justice, le Camp sioniste effectivement réussi à présenter sa liste à la Commission électorale centrale un jour avant.

En fait, la liste de centre-gauche a présenté ses noms mercredi à 11h, à la minute même où la Commission a commencé à accepter des listes à son quartier général de la Knesset.

Le secrétaire général Hilik Bar du parti travailliste, qui a officiellement présenté la liste du Camp sioniste mercredi, n’a pas pu résister à souligner la différence entre son parti et la droite.

« Sur un plan personnel, » a-t-il plaisanté de manière sarcastique dans un communiqué de presse, « Je tiens à souhaiter beaucoup de succès au Likud pour conclure tous ses problèmes internes avant la date limite de soumission demain à 22 h. Espérons qu’ils n’aient pas à venir déposer leur liste accompagnés par les juges de la Haute Cour ».

« Bonne chance à tout le monde, » a-t-il conclu.