Israël se dirige à nouveau vers les urnes. Le pays va se tourner vers l’intérieur et mettre de côté ses soucis diplomatiques pour des discussions autour des sondages, et de tout l’attirail de politique politicienne qui caractérise les campagnes électorales.

Tout ce qui a à voir avec les Palestiniens – y compris les efforts pour enrôler la communauté internationale pour prévenir le réarmement de Gaza et contrecarrer la demande publique d’Etat de l’Autorité palestinienne aux Nations unies – sera en retrait par rapport à la politique intérieure dans les mois à venir. Et personne ne s’attend à ce qu’Israël fasse de quelconques changements sur ce front au milieu d’une campagne électorale.

Ce n’est pas comme si Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas allaient s’asseoir ensemble et négocier.

Mais maintenant, même les appels aux négociations de diplomates bien intentionnés à travers le monde – en particulier lors des visites en Israël – seront réduits au silence.

Les menaces de sanctions, telles que celles récemment lancées par l’Union européenne, vont probablement cesser pendant la durée de cette campagne. Ceux qui s’inquiètent que le temps presse pour la solution à deux Etats regretteront les mois perdus.

« Les nouvelles élections vont probablement nous apporter un certain répit, » a déclaré mardi un haut responsable israélien.

Des Parlements qui ont déjà programmé des votes de reconnaissance de la Palestine – par exemple, le Portugal, le Danemark et la Slovénie – ont peu de chances de les annuler simplement parce qu’Israël entre dans une nouvelle campagne électorale.

Mais les décisions de ces Parlements seront moins remarquées, parce que personne ne s’attend à ce que les Israéliens fassent des concessions sur la question palestinienne avant d’avoir décidé qui sera leur prochain chef.

Plus d’accent sur les questions diplomatiques que dans l’élection de 2013

D’autre part, les élections 2015 seront probablement davantage centrées sur des sujets diplomatiques que les dernières élections datant d’il y a près de deux ans.

Le processus de paix avec les Palestiniens avait été à peine mentionné lors de la campagne précédente. Plutôt, inspiré par les manifestations sociales de l’été de 2011, le vote avait été dominé par des thèmes socio-économiques.

Avant les élections de janvier 2013, Hatnua, nouvellement créé, était le seul parti qui avait fait campagne autour de la question palestinienne, et Tzipi Livni, venait de revenir en politique. Dans la camapgne qui commence, la ministre de la Justice placera probablement sa volonté pour un accord de paix au cœur de sa campagne. (Les sondages n’augurent rien de bon pour Hatnua.)

Avant le dernier cycle de l’élection, la présidente du parti travailliste d’alors Shelly Yachimovich a refusé de répondre à la question palestinienne, en concentrant toute sa campagne sur les questions de justice sociale.

Son successeur à la tête du plus grand parti de centre-gauche d’Israël, Isaac Herzog, est beaucoup plus intéressé par le processus diplomatique et par la position d’Israël dans le monde en général, et répondra certainement à ce qu’il considère comme l’échec du Premier ministre dans ce domaine.

Le chef du Parti travailliste Isaac Herzog (Crédit : Flash 90)

Le chef du Parti travailliste Isaac Herzog (Crédit : Flash 90)

En outre, l’opération Bordure protectrice de cet été est encore fraîche dans les esprits des électeurs. La façon dont cette guerre a été menée, le climat dans lequel elle a été perçue dans le monde, et l’incohérence avec laquelle elle a pris fin, laissant planer le spectre d’une reprise des attaques, pourrait également réactiver les questions diplomatiques et de sécurité au centre des élections.

Pour sûr, ces élections 2015 ne porteront pas seulement sur les questions diplomatiques. Yesh Atid va sûrement essayer de se présenter comme le parti du combat contre la vie chère, avec notamment sa réforme sur la taxe sur le logement pour les primo-accèdants.

Ce que Yesh Atid aspire à être pour les Israéliens ordinaires, Shas l’a longtemps été pour les haredim séfarades.

Le nouveau parti qui reste encore à être formé de l’ancien ministre Likud, Moshe Kahlon, qui pour de nombreux experts devrait être le nouveau Yesh Atid de cette élection, prévoit aussi de hisser le drapeau de la justice sociale.

Mais le répit de la pression internationale sera bref. Dès que les votes auront été comptés et les marchandages de coalition conclus, la communauté internationale va se réveiller de son hibernation.

Les dirigeants du monde recommenceront une fois de plus à faire pression sur le nouveau locataire de la rue Balfour à Jérusalem, pour lui demander de mettre en place activement un accord de paix avec les Palestiniens.

Et nous verrons alors si, dans ce domaine, l’appel aux urnes aura changé quoi que ce soit.