Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a mis en garde les Etats-Unis de ne pas tenter de négocier un accord de paix israélo-palestinien sur la base de territoire contre la paix sans inclure également un transfert de population, alors qu’un responsable de Washington chargé de relancer les efforts de paix est en chemin pour la première fois pour visiter la région.

Jason Greenblatt, l’envoyé spécial du président américain Donald Trump pour les négociations internationales, doit atterrir lundi en Israël, et devrait rencontrer les dirigeants israéliens et palestiniens dans le cadre d’une entrée en matière pour tenter de reprendre les négociations de paix, à l’arrêt depuis des années.

Sur sa page Facebook, Liberman a déclaré que Greenblatt devait « apprendre les leçons du passé », et a résumé pour le responsable américain sa vieille idée, selon laquelle certaines villes arabes israéliennes devraient faire partie d’un état palestinien, avec de nombreux habitants de ces villes qui prendraient la nationalité palestinienne à la place de l’israélienne.

« La première chose est que toute tentative de résoudre le problème palestinien sur la base de territoire contre la paix sera enterrée dès le départ. Le seul moyen de parvenir à une solution durable est un échange de territoires et des transferts de population dans le cadre d’un accord régional général, a-t-il écrit. Il n’est pas possible qu’il y ait un état palestinien sans aucun Juif, 100 % palestinien, aux côtés d’Israël qui serait un état binational avec 22 % de Palestiniens. »

La députée de la Liste arabe unie Hanin Zoabi est expulsée pendant son discours devant la plénière de la Knesset par la sécurité, le 8 février 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La députée de la Liste arabe unie Hanin Zoabi est expulsée pendant son discours devant la plénière de la Knesset par la sécurité, le 8 février 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le projet controversé de Liberman appelle les villes du la région dite du « Triangle », au sud est de Haïfa, qui sont majoritairement arabes, à faire partie d’un état palestinien dans le cadre de tout accord de paix, en échange de zones d’implantations juives de Cisjordanie qui passeraient sous souveraineté israélienne.

« Il n’y a aucune raison que le cheikh Raed Saleh, Ayman Odeh, Basel Ghattas ou Hanin Zoabi continuent à être des citoyens d’Israël », a ajouté Liberman, citant le dirigeant de la branche nord, interdite, du Mouvement islamique en Israël, et des députés de la Liste arabe unie.

Répondant à cette déclaration, Ghattas a déclaré que le fait que Liberman soit né en Union soviétique et ait emménagé en Israël faisait de lui un « visiteur passif » alors que les « Palestiniens vivant en Israël possèdent l’endroit ».

« Il est certain que Liberman, un immigrant de Moldavie, ne comprenne pas ce que cela signifie d’être né dans votre pays, et dans tout accord futur, il n’y a pas de place pour des colons qui volent les terres de l’Etat palestinien, et pas de place pour des migrants racistes comme Yvette », a écrit Ghattas en utilisant un surnom connu de Liberman.

Odeh a pour sa part déclaré que « le gouvernement colonisateur sait que la minorité arabe sera une partie cruciale de la bataille pour remplacer le gouvernement, et par conséquent, ils sont obsessivement préoccupés à menacer de nous expulser de la citoyenneté. » Il a accusé le gouvernement d’appeler au « transfert forcé d’une population civile ».

Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, pose une question au Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une session de question parlementaire à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, pose une question au Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une session de question parlementaire à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« A l’indignation de Liberman et du reste de la droite folle, la Liste arabe unie continuera à croître et à devenir plus forte aux prochaines élections, jusqu’à ce que nous ayons le poids critique pour renverser le gouvernement actuel », a conclu Odeh.

Le député Youssef Jabareen, qui était avocat, a déclaré que le plan de Liberman équivalait à un crime de guerre.

« D’un point de vue pratique, Liberman appelle à un transfert, ce qui est un crime de guerre. Le destin des criminels de guerre se trouve à la Cour pénale internationale de La Haye », a-t-il déclaré.

Il a également pris à partie le ministre de la Défense en comparant les droits des citoyens arabes d’Israël à ceux des Israéliens vivant en Cisjordanie.

« [Liberman] fait preuve de beaucoup d’ignorance dans la comparaison qu’il fait entre les citoyens arabes et les colons. Les citoyens arabes d’Israël n’ont pas obtenu la nationalité [israélienne] par gentillesse, mais parce qu’ils vivent dans leur patrie […]. C’est un contraste évident avec les colons de Cisjordanie qui y vivent illégalement », a-t-il déclaré.

La visite de Greenblatt sera la première tentative importante de la nouvelle administration de se pencher sur le conflit israélo-palestinien, après deux mois qui ont vu des responsables hésiter sur la solution à deux états, l’emplacement de l’ambassade américaine et l’opposition à la construction dans les implantations.

Selon les médias, Trump et son équipe voudraient intervenir dans une initiative de paix régionale qui comprendra Israël, les Palestiniens, l’Arabie saoudite et d’autres.