Les chercheurs de l’Université Hébraïque de Jérusalem ont annoncé jeudi qu’ils avaient trouvé des preuves attestant que le surpoids pendant l’adolescence pouvait engendrer des capacités cognitives amoindries à la cinquantaine, en particulier parmi les individus issus de familles à bas revenus.

Les résultats complets de cette recherche, menée par l’Ecole de Santé Publique et de Médecine Communautaire Hadassah Braun, seront publiés dans le Journal of Alzheimer. Les scientifiques estiment que les conclusions apportées sont particulièrement significatives en raison des preuves qui font déjà la liaison entre des fonctions cognitives réduites en milieu de vie et l’apparition de démence à un âge avancé.

Pour mener cette étude, l’équipe a tracé la taille et le poids d’un groupe de 507 individus sur une période de 33 ans, commençant à l’âge de 17 ans. Lorsque les participants ont atteint leurs 48e à 52e années, leur position socio-économique a été évaluée et ils ont été soumis à une évaluation cognitive.

Les chercheurs ont noté un lien entre les indices de masse corporelle – une mesure effectuée par la comparaison de la taille et du poids d’une personne – lorsqu’ils étaient jeunes, et leurs capacités cognitives des décennies plus tard.

Un IMC plus élevé durant l’adolescence, correspondant à un corps en surpoids, ont-ils découvert, peut avoir un impact sur les fonctions cérébrales lorsqu’un individu avance en âge, et ce même si ce poids – et l’IMC en conséquence – change.

« Nous avons découvert qu’un IMC élevé à la fin de l’adolescence et le fardeau cumulatif à long terme de l’IMC peuvent prédire des fonctions cognitives plus médiocres plus tard dans l’existence », a expliqué le chercheur principal Jeremy Kark.

« Et, de manière importante, l’étude montre que l’impact de l’obésité sur les fonctions cognitives autour de la cinquantaine peut déjà s’amorcer dès l’adolescence, indépendamment des changements dans l’IMC durant l’âge adulte ».

Tandis que des recherches antérieures ont identifié un lien entre l’enfance vécue par un individu et le développement ultérieur de son intelligence, cette recherche israélienne met en lumière l’influence spécifique que le surpoids peut avoir sur les personnes issues des foyers considérés comme appartenant aux catégories socio-économiques inférieures.

“Nos résultats sont pertinents avec l’hypothèse selon laquelle les conditions de vie durant l’enfance – qui se reflètent également par la taille – influencent les fonctions cognitives plus tard dans la vie. Toutefois, notre étude est unique en cela qu’elle démontre qu’une association défavorable entre un IMC élevé et les fonctions cognitives apparaît pour commencer à l’adolescence et qu’il semble également qu’elle se limite aux adultes issus des catégories socio-économiques inférieures à la moyenne”, note Kark.

L’étude a aussi constaté des indications selon lesquelles les individus grands sont plus intelligents et que les femmes – mais pas les hommes – qui ont eu une poussée de croissance à la fin de leur adolescence ont connu une stimulation plus importante du cerveau.

“Nos résultats montrent aussi qu’une stature plus grande est associée à des fonctions cognitives globales meilleures, indépendamment de l’enfance et de la position socio-économique, et que la taille gagnée à la fin de l’adolescence, qui reflète une croissance tardive, confère un effet conservatoire mais parmi les femmes uniquement », dit Irit Cohen-Manheim, étudiante en doctorat et auteur principal de l’article pour le journal.

“La preuve de l’association entre des fonctions cognitives détériorées à la cinquantaine et une démence qui s’en suit vient soutenir la pertinence clinique de nos résultats,”, continue-t-elle.

« Les conclusions portant sur la relation entre l’IMC pendant l’adolescence et un statut cognitif affaibli en milieu de vie, en particulier à la lumière de l’épidémie continue d’obésité infantile, exigent une confirmation.”