Malgré la tendance à critiquer les efforts du Secrétaire d’Etat Américain John Kerry, il faut rendre à César ce qui est à César. Durant le week-end, Kerry a réussi à rendre quelque chose possible au Moyen-Orient : l’unanimité sans précédent.

Israël, l’Autorité palestinienne, l’Egypte, l’Arabie Saoudite et la Jordanie étaient tous d’accord que les efforts de Kerry affaiblissaient la tentative d’imposer un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas le plus vite possible.

De plus, le cadre de Kerry et les idées qu’il a présentées ont conduit à un coup de fil extraordinaire entre un représentant important de l’Autorité palestinienne et son homologue Israélien, au cours duquel les deux ont raillé la naïveté du chef de la diplomatie américaine et son échec à comprendre la réalité de la région.

Les erreurs de Kerry sont embarrassantes. Un important responsable à Washington s’est précipité dimanche pour expliquer aux journalistes Israéliens que la proposition-cadre – les termes clés d’abord publiés par le Times of Israël, et apparus ensuite sur d’autres médias – n’était rien d’autre qu’un brouillon résumant une série de consultations entre Kerry et les Ministres des affaires étrangères du Qatar et de Turquie, Khalid al-Attiyah et Ahmet Davutoglu. Or c’est là qu’intervient la faute : l’administration américaine a parié sur le camp qui soutient le Hamas, qui le finance et le pousse à aller combattre.

Kerry et son équipe ont pris une décision scandaleuse en tournant le dos au cadre égyptien d’un cessez-le-feu pour prendre une position qui encourage le Hamas à poursuivre les tirs de roquettes.

Cette première erreur a été exposée par personne d’autre que le leader politique du mouvement, Khaled Meshaal, qui a expliqué lors d’une conférence de presse à Doha, la capitale du Qatar, que Kerry s’était rallié à al-Attiyah et Davutoglu deux jours après que l’opération israélienne à Gaza a commencé et leur a demandé de tenter d’obtenir un cessez-le-feu.

A ce moment, Kerry savait parfaitement qu’un effort majeur de l’Egypte était en germe pour persuader le Hamas d’arrêter les tirs immédiatement. En se tournant vers Doha et Ankara et se mettant à dos le Caire et Jérusalem, Washington – sans doute involontairement – a renforcé la volonté du Hamas contre l’Egypte et Israël.

Mais les erreurs ne s’arrêtent pas là. La plaisanterie continue avec l’avant-projet d’amateur qui a été immédiatement rejeté par le cabinet de sécurité israélien ; elle a atteint des sommets samedi à Paris, quand Kerry a décidé de participer à un sommet international sur Gaza, où étaient présents ses nouveaux amis al-Attiyah et Davutoglu ainsi que les Ministres des affaires étrangères de l’Union européenne, mais pas quelques protagonistes que Kerry semble percevoir comme marginaux – les représentants de l’Egypte, de l’Autorité palestinienne et, bien évidemment, d’Israël.

Il est difficile de dire ce qui a conduit l’Administration Obama à rallier les Frères Musulmans de tous les endroits – loyalement représentés par la Turquie et le Qatar – et tourner le dos au pire ennemi du mouvement, le gouvernement égyptien. Dans le meilleur des scénarios, cela serait de l’amateurisme ou une mauvaise lecture de la situation.

Dans un scénario moins idéal, Washington aurait décidé de forger une alliance avec des organisations ou entités qui apprécieraient de voir Israël disparaître de la carte. Je préfère parier sur la première option, celle qui a été discutée avec sa dose de ridicule par les diplomates Israéliens et Palestiniens – Kerry n’ayant simplement pas compris qui était contre qui dans ce turbulent Moyen-Orient.

Quel avenir ?

Il est difficile de dire où le Hamas visera dans les prochaines heures. A 14 heures lundi, la « trêve humanitaire » de 24 heures annoncée samedi par l’organisation, a formellement pris fin. Le porte-parole du Hamas Sami Abu Zurhi a déclaré samedi que l’organisation déciderait seulement lundi de comment elle entend procéder, ne fermant pas la porte à la poursuite de la trêve. C’est un indice plutôt flagrant que le Hamas cherche le calme et la tranquillité, au moins pendant la fête de l’Eid al-Fitr qui a débuté lundi et se terminera mercredi.

Et quoi ensuite ? Les options qu’ont Israël et le Hamas sont ambigües – options qui entraineront pour chacun de nombreuses pertes et des gains très limités.

Si le Hamas continue à tirer des roquettes sur Israël, il s’expose à la poursuite de l’opération militaire israélienne à Gaza – et éventuellement sa propre perte. D’un autre côté, si le Hamas accepte d’arrêter les combats sans avantages majeurs, tels que la levée du blocus sur la bande de Gaza, il s’effondrera en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Le Hamas peut se targuer d’un succès important : il a pénétré l’opinion publique arabe et internationale. D’une organisation mineure et marginale, il s’est transformé en une force qui a pris d’assaut la presse internationale. Khaled Meshaal a même été interviewé dimanche dans le « Charlie Rose » show sur CBS, qui reçoit souvent des premiers ministres et présidents – notamment le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Dans le même temps, si Israël intensifie son opération à Gaza, elle risque de devoir lutter contre le chaos à Gaza, s’expose à la nécessité de conquérir le territoire côtier pour une longue période, le tout avec un nombre important de pertes dans l’armée.

Pour le moins, si l’armée israélienne quitte Gaza maintenant, sans accord en ce qui concerne sa démilitarisation, le Hamas se réarmera aussitôt et creusera plus de tunnels – ce qui, à son tour, conduira à une autre confrontation à une date inconnue. La manière dont Israël a exercé sa capacité de dissuasion a causé d’énormes dégâts à Gaza, qui sont rentrés dans les consciences arabes et palestiniennes. Toutefois, il reste à voir combien de temps cette dissuasion va faire effet et quand le Hamas va décider de relancer les hostilités.

Et la prochaine fois, ce sera un Hamas encore plus fort.