Les Etats arabes ne changeront pas de cap sur la Palestine, selon les Américains
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Les Etats arabes ne changeront pas de cap sur la Palestine, selon les Américains

Le conflit avec Israël sur le nucléaire iranien ne dissuadera pas Washington de promouvoir le processus de paix, dit un haut fonctionnaire

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (à droite) et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Djeddah, en Arabie saoudite, le 18 juin 2014. (Crédit : AFP/HO/Saudi Press Agency)
Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (à droite) et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Djeddah, en Arabie saoudite, le 18 juin 2014. (Crédit : AFP/HO/Saudi Press Agency)

WASHINGTON – Malgré de nombreuses speculations sur un éventuel rapprochement avec Israël stimulé par l’opposition mutuelle à l’accord sur le nucléaire iranien, les Etats sunnites du Golfe n’ont pas modifié leur position sur la question palestinienne et sont peu susceptibles d’exhorter Ramallah à faire des concessions, a révélé un haut fonctionnaire de l’administration Obama.
 
Rencontrant des journalistes israéliens la semaine dernière à Washington, le fonctionnaire s’est félicité de la collaboration accrue entre Jérusalem et les Etats du Golfe à propos de leur ennemi commun qu’est l’Iran, mais a dementi l’allégation du Premier ministre Benjamin Netanyahu que cette coopération pourrait conduire à une percée dans le processus de paix.

« Nous n’avons pas encore vu une modification de l’approche les Etats du Golfe à l’égard de la question palestinienne, » a dit le fonctionnaire en réponse à une question du Times of Israel. La seule amélioration tangible dans les relations israélo-arabes a été la « plus étroite » coordination avec Jérusalem de l’actuel gouvernement égyptien sur des questions de sécurité que le précédent. « Cela a changé dans la dernière année. Mais nous devons voir que le changement se concrétise dans le Golfe. »

Ces derniers mois, Netanyahou a affirmé à maintes reprises que les intérêts de sécurité convergents d’Israël et des Etats arabes sunnites modérés ont conduit à une alliance sans précédent, bien qu’officieuse. «Nos meilleurs alliés sont en fait ces jours-ci certains de nos voisins arabes, parce qu’ils savent que nous sommes confrontés à une menace commune », avait-il dit lors d’une conférence au mois de mars.

Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies de l’année dernière, Netanyahou avait fait valoir que le « partenariat entre nous peut également aider à faciliter la paix entre Israël et les Palestiniens. » Contrairement à l’opinion communément admise – detaillée, par exemple, dans l’Initiative de paix arabe – selon laquelle les Etats arabes normaliseront les relations avec Israël dès que le conflit avec les Palestiniens sea résolu, Netanyahu a déclaré que «cela peut marcher dans l’autre sens, à savoir qu’un rapprochement entre Israël et le monde arabe peut aider à faciliter la paix israélo-palestinienne. »

Washington soutient l’idée d’une détente israélo-arabe, mais ne croit pas qu’elle puisse remplacer des négociations bilatérales directes avec les Palestiniens.

« Nous accueillerions l’idée qu’il y a des intérêts qui se chevauchent entre certains de nos partenaires arabes sunnites et Israël. Tout ce qui pourrait favoriser une plus grande reconnaissance d’Israël et les possibilités de coopération dans le monde arabe, est à notre avis une bonne chose, » a affirmé le haut fonctionnaire à la délégation de l’Association des correspondants diplomatiques d’Israël.

Il est dans l’intérêt des Arabes de faire plus pour soutenir la paix, et les Etats-Unis les ont encouragés à le faire depuis de nombreuses années, a dit l’officiel. « Ce serait une façon pour eux de clarifier que si leur souci de sécurité principal est l’Iran, la résolution de certains des autres problèmes de la région, dont la question palestinienne, devraient être dans leur intérêt. Nous aimerions les voir plus investis dans l’avancement du processus. »

Cependant, il ne peut se substituer à des négociations directes avec Ramallah, a précisé un deuxième haut fonctionnaire présent lors de la rencontre. « Invariablement, les Arabes viendront au fait qu’il y a un plan sur la table, » a-t-il ajouté en faisant référence à l’Initiative de paix arabe.

Le plan, annoncé en 2002 et réitéré chaque année depuis par la Ligue arabe, appelle à un retrait israélien aux lignes d’avant 1967 et à une « solution juste et négociée » à la question des réfugiés en échange de l’établissement de pleines relations diplomatiques entre Israël et 57 pays arabes et musulmans.

« Les discussions avec les Arabes ne peuvent tout simplement pas être un substitut à des discussions directes avec les Palestiniens, car les Palestinient ont des exigences et il est difficile d’imaginer que les Etats arabes puissent les influencer d’une manière significative, » a dit l’officiel.

La signature d’un accord nucléaire avec l’Iran, et le vif désaccord de l’administration avec le gouvernement israélien à son sujet, ne signifie pas que les États-Unis se désengagent du conflit israélo-palestinien, ont assuré plusieurs hauts responsables américains.

« Nous avons toujours estimé que l’urgence associée à la question palestinienne ne pouvait pas être mise de côté lorsque l’on s’occupe de la question de l’Iran, étant donnée la nature de la démographie en Cisjordanie et à Gaza, étant donnée la nature de l’impasse actuelle entre les parties », a déclaré un responsable. « L’urgence est évidente compte tenue de la situation sur le terrain: la nature changeante de la démographie, la nature changeante des implantations, et la nature changeante de la gouvernance palestinienne. Il y a de bonnes raisons pour accorder un sentiment à cette question ».

Washington est en train de revoir sa politique vis-à-vis du conflit israélo-palestinien et n’a pas encore annoncé ses prochaines étapes. Les fonctionnaires refusent d’écarter l’eventualité d’un soutien à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU définissant les paramètres pour une solution à deux Etats, mais jure de ne rien faire qui mettrait en péril la sécurité d’Israël.

« Des questions externes », tels que de possibles actions palestiniennes à l’ONU ou à la Cour pénale internationale, la situation dans la bande de Gaza ou de changements internes dans la direction palestinienne, ne vont laisser à Washington aucun autre choix que de traiter de la question, a dit l’officiel.

« Je ne pense pas qu’il y ait de scénario dans lequel nous n’aborderions pas la question israélo-palestinienne au cours de l’année prochaine », a dit l’officiel. « Nous sommes à la recherche de différentes approches que nous pourrions adopter. Nous sommes très réalistes sur les perspectives de parvenir à un règlement complet avec cette administration, étant donné ce que sont les parties. Cela dit, le président croit fermement que nous ne pouvons pas nous apparaître comme nous éloignant de cette question et nous devons continuer à faire ce que nous pouvons pour maintenir la question palestinienne comme une priorité de la politique des États-Unis ».

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