Un responsable américain a défendu lundi l’association israélienne de défense des droits de l’Homme B’Tselem, alors que l’organisation est très critiquée en Israël. Il a déclaré que Washington appréciait les informations fournies par l’association sur la situation en Cisjordanie, et que la liberté d’expression devait être protégée, a annoncé Haaretz.

B’Tselem a été critiquée en Israël pour sa participation vendredi à une session spéciale du Conseil de sécurité des Nations unies, pendant laquelle le directeur de l’ONG a critiqué la politique d’implantation israélienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré dimanche que l’association avait rejoint les « chœurs du dénigrement » d’Israël avait dénoncé une organisation « marginale et déconnectée de la réalité ». Il a également menacé de modifier une loi pour interdire aux volontaires du service national de travailler avec l’ONG, mais le groupe a souligné qu’il n’avait eu qu’un seul volontaire par an, et qu’il n’y avait personne en ce moment.

Itzik Shmuli, député de l’Union sioniste, a déclaré que l’association permettait de promouvoir la « diffamation et la diabolisation d’Israël ». Un militant travailliste a même porté plainte pour trahison contre l’organisation.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 octobre 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 octobre 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

Interrogé lundi sur le sujet, le porte-parole du département d’Etat des Etats-Unis, John Kirby, a déclaré que « nous pensons qu’une société civile libre et sans entrave est un élément critique de la démocratie […]. Nous pensons qu’il est important que les gouvernements protègent la liberté d’expression, et créent un climat où toutes les voix peuvent être entendues. »

« Nous sommes préoccupés par les exemples où ces principes sont menacés, n’importe où dans le monde », a-t-il ajouté.

Pendant un entretien dimanche avec la radio publique israélienne, Hagai El-Ad, le directeur de B’Tselem, a défendu sa présence au Conseil de sécurité, affirmant que les organisations israéliennes ne devraient pas être empêchées de critiquer les politiques du gouvernement sur la scène internationale.

« Je ne me suis pas exprimé contre mon pays, mais contre l’occupation, a-t-il déclaré. Les actions déterminées des centaines de milliers d’Israéliens contre une occupation qui aura bientôt 50 ans sont le meilleur moyen de porter un changement. »

Vendredi, El-Ad avait appelé les Nations unies à prendre des mesures contre les implantations de l’Etat juif, déclarant aux membres du Conseil de sécurité qu’Israël créait des faits sur le terrain avant tout accord de paix avec les Palestiniens. El-Ad a parlé de la « violence bureaucratique quotidienne et invisible » qui domine la vie des Palestiniens « du berceau à la tombe », notamment par le contrôle israélien sur les entrées et les sorties des territoires, et même sur les droits agricoles.

B’Tselem, ainsi que d’autres ONG de gauche, a déjà été accusé d’ébranler la légitimité d’Israël sur la scène internationale, et est à présent soumise à la loi dite de financement des ONG, qui obligent certaines associations à déclarer tous leurs financements provenant de l’étranger.

La loi, votée en juin par la Knesset, oblige les organisations non gouvernementales qui reçoivent plus de la moitié de leurs financements de gouvernements étrangers ou d’agences publiques à rendre ce fait public dans tous leurs rapports publics, leurs documents et leurs interactions avec des responsables gouvernementaux, ou à payer une amende de 29 000 shekels (environ 6 900 euros).

Le gouvernement a défendu sa loi comme moyen de hausse de la transparence des interventions gouvernementales étrangères dans les affaires israéliennes, mais a été largement cloué au pilori par ses détracteurs en Israël et à l’étranger, qui affirment qu’ils ciblent les groupes de gauche et met à mal la liberté d’expression.

Pendant le débat sur la législation, le dirigeant de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, depuis nommé ministre de la Défense, avait déclaré que B’Tselem trahissait le pays, l’accusant d’être financés par les mêmes personnes qui financent le Hamas.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.