Paris (AFP) – L’augmentation des départs de djihadistes français, belges ou britanniques vers la Syrie pour rejoindre les rangs de la rébellion inquiète les gouvernements de leurs pays d’origine qui craignent leur retour, une fois aguerris.

Ces djihadistes européens, dont plusieurs dizaines ont été tués au combat, blessés ou faits prisonniers par l’armée syrienne, sont de plus en plus nombreux à tenter de gagner la Syrie, soulignent des experts interrogés par l’AFP.

Ce pays avait récemment affirmé que « de nombreux » services de renseignements occidentaux s’étaient rendus à Damas pour demander une coopération sur la sécurité et les combattants islamistes dans le pays. Aucune confirmation officielle des chancelleries occidentales n’a été offerte sur ces contacts.

Selon le ministre de l’Intérieur français Manuel Valls, 250 Français combattent actuellement sur place et 21 y sont morts. De la même manière, une vingtaine de Belges ont été tués en Syrie, sur les quelque 200 présents, a annoncé le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders.

Des combattants rebelles à Alep, le 7 janvier 2014 (Crédit AFP - Archives Medo Halab)

Des combattants rebelles à Alep, le 7 janvier 2014 (Crédit : AFP/Archives Medo Halab)

Plus de 270 djihadistes sont aussi partis d’Allemagne pour la Syrie, où au moins 15 ont probablement été tués, selon les services de renseignements allemands.

« Pourtant, ces djihadistes européens sont un fardeau et un embarras pour l’opposition syrienne modérée qui s’est engagée auprès des gouvernements européens à ne pas les accueillir », affirme Mathieu Guidère, universitaire et islamologue.

« Mais, poursuit-il, ils sont accueillis à bras ouverts » par le Front Al-Nusra, branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie, et par l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), également lié à Al-Qaïda, « qui les encadrent ». Même si, affirme Mathieu Guidère, les djihadistes français « ne leur sont pas utiles sur le plan militaire, leur médiatisation renforce la visibilité de ces deux mouvements ».

Eric Denécé, directeur du Centre français de recherches sur le renseignement (CF2R), confirme : « Les groupes non radicaux, plutôt nationalistes, en ont assez des étrangers, notamment tchétchènes, qui affluent dans leur pays ».

Selon lui, « les djihadistes français ne sont pas des foudres de guerre et les risques de mourir au combat sont encore plus élevés en raison des affrontements entre les factions de la rébellion ».

Par ailleurs, note Mathieu Guidère, « la plupart des Français partis combattre en Syrie reviennent parce qu’ils ont été refoulés par les rebelles ». Mais, assure-t-il, « tant que la France ne change pas radicalement de politique sur le dossier syrien, ils ne représentent pas un vrai danger à leur retour ».

Usama Hasan, de la Quilliam Foundation, institut de recherches sur l’islamisme basé à Londres, évalue les effectifs des djihadistes britanniques en Syrie entre 200 à 1 200 qui ont, en majorité, rejoint l’EIIL et Al-Nusra à part quelques-uns d’origine syrienne qui vont dans les groupes modérés.

« C’est très tentant pour un jeune, même dans la vie active ou universitaire, et a fortiori s’il a décroché de l’école ou s’il a un travail peu valorisant, de se dire « je quitte tout et je vais faire le glorieux djihad » »

Usama Hasan

Pour cet expert, la plupart des combattants veulent d’abord débarrasser la Syrie de Bachar al-Assad plutôt que d’importer les techniques jihadistes en Grande-Bretagne. « Le gouvernement est très inquiet et il peut l’être », affirme Usama Hasan, car certains sont entraînés au maniement des armes et « à des techniques plus sophistiquées comme la fabrication de bombes et de vestes suicides ».

La police britannique a annoncé lundi une cinquième arrestation impliquant une personne revenant de Turquie ou sur le point de se rendre dans ce pays frontalier de la Syrie.

Thomas Pierret, membre du Réseau multidisciplinaire d’études stratégiques (RMES, Belgique), ne veut « pas être alarmiste mais plus de 200 pour un pays comme la Belgique, c’est beaucoup. Statistiquement, la probabilité est donc plus élevée que certains posent problème à leur retour ».

« Certains vont en Syrie pour en découdre, d’autres se retrouvent à conduire des camions mais vu le nombre de gens qui ont une réelle expérience des combats dans la région, on peut imaginer qu’on ne met pas directement sur le front un gars venu de Belgique sans expérience ».

Un membre du groupe djihadiste Al-Nosra à Alep, le 11 janvier 2014 (Crédit AFP - Aleppo Media Center/AFP/Archives Baraa al-Halabi)

Un membre du groupe djihadiste Al-Nusra à Alep, le 11 janvier 2014 (Crédit : AFP/Aleppo Media Center/AFP/Archives Baraa al-Halabi)

Pour autant, ajoute-t-il, « il y a ces dernières semaines des attentats suicides commis contre les rebelles et on peut imaginer qu’il y ait des étrangers parmi les auteurs. Ces missions suicides demandent une grande détermination, pas forcément une grande expertise militaire ».

« Même s’ils reviennent sans être des experts, explique Thomas Pierret, ils pourraient être capables de constituer une cellule d’accueil en Europe, dans quelques années, pour des gens déterminés, et de leur apporter une aide logistique ».