Une conférence a été organisée alors que les dirigeants européens commémorent les 70 ans de la libération du camp de concentration d’Auschwitz, commémoration qui a lieu sur fond de retour de l’antisémitisme en Europe.

Au cours de cette conférence, on a présenté une législation à niveau européen pour lutter contre l’antisémitisme.

Le président tchèque et le Premier ministre ont rappelé l’urgence de mettre en place « des actions concrètes » pour combattre la vague de haine anti-juive qui balaie l’Europe, qui émerge de l’idéologie djihadiste et de l’extrême droite, sans qu’aucune mesure spécifique ne soit prise.

La nouvelle législation – rédigée par le professeur de Droit international de l’université de Tel-Aviv, Yoram Dinstein, un juge de la Cour suprême italienne, et trois autre professeurs d’Allemagne, d’Estonie et de Suisse – pénalisera, entre autres, l’incitation à la violence et la « diffamation d’un groupe », qui inclut les stéréotypes négatifs, qui vise l’intolérance de groupe, et bannit les néo-nazis et les autres organisations discriminatoire en Europe.

Dershowitz au débat organisé par la conférence 'Let our people live' (Crédit : Autorisation de l'EJC)

Dershowitz au débat organisé par la conférence ‘Let our people live’ (Crédit : Autorisation de l’EJC)

Lors du débat organisé lundi, le chercheur en droit de l’université d’Harvard, Alan Dershowitz, était l’un des experts qui s’est opposé à cette législation. Il affirme que le « plus grand test pour une démocratie est d’être tolérant face à l’intolérant », à condition que l’intolérance ne se transforme pas en violence, ou n’encourage pas la violence.

« La grande majorité des personnes qui vivent dans le monde est intolérante. Chaque instant que nous passons à essayer de légiférer sur la tolérance plutôt que d’éduquer sur l’intolérance est une mauvaise utilisation des ressources », a-t-il expliqué.

Le philosophe Juif français, Bernard-Henri Lévy, a critiqué l’inclusion de l’antisémitisme dans la définition de l’intolérance ou du racisme.

« La réponse à l’antisémitisme n’est pas la tolérance », a-t-il argué en soulignant le côté péjoratif de ce mot.

Lévy a aussi fait la distinction entre le racisme et l’antisémitisme. Il affirme qu’en réalité ce sont deux termes « opposés » car le racisme s’oppose à la visibilité d’un groupe indésirable, alors que l’antisémitisme se concentre sur l’invisibilité diabolique des Juifs.

Dinstein a reconnu la rigueur de cette proposition de loi, affirmant que si cette loi avait été en vigueur, les dessinateurs du magazine satirique Charlie Hebdo « auraient dû être poursuivi », pour la diffamation d’un groupe en raison de leurs caricatures anti-musulmanes.

Lévy s’est insurgé contre les mesures qui limiteraient la liberté d’expression, défendant Charlie Hebdo, qui a été inondé par une haute marée de soutien en Europe suite à l’attaque terroriste qui a tué 12 personnes dans les bureaux parisiens du magazine. Il a ajouté que ces caricatures ne pouvaient pas être qualifiées d’incitation à la haine.

La négation de la Shoah, a-t-il maintenu, est « la seule forme légitime » du discours criminel.

Dershowitz a aussi défendu ce « magazine raciste, bigot et horrible », qui ne devrait pas être interdit, malgré le fait qu’il n’est pas d’accord avec son contenu.

Alors que de nombreux participants au débat insistaient sur le fait que des mesures juridiques, seules, ne permettraient pas la suppression de l’antisémitisme, un expert en droit de l’homme et ancien ministre de la Justice canadien, Irwin Cotler a expliqué qu’en 2004, le Canada avait été frappé par une vague d’attaques antisémites. Celle-ci a été contenue avec succès grâce à des mesures juridiques. « Nous avions notre mini-France à l’époque », conclut-il.

Cependant, il n’a pas spécifiquement soutenu la législation proposée lundi.

Dinstein n’a cependant pas été découragé par ces critiques. Il a affirmé qu’il continuerait à promouvoir cette législation aux gouvernements européens, en espérant que comme la pénalisation de la négation de la Shoah, qui n’était qu’ « une chimère » à l’origine et qui est devenue réalité, la loi sur la tolérance prendra aussi racine.