Après avoir vu les résultats des sondages à la sortie des urnes des élections de mardi, les Israéliens sont allés se coucher en pensant que le Likud et l’Union sioniste étaient au coude-à-coude.

Deux sondages télévisés (sur la Première et la Dixième chaînes) ont estimé que le Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’Union sioniste d’Isaac Herzog, les deux plus grands partis du pays, étaient à égalité avec 27 sièges à la Knesset chacun. Le troisième sondage (sur la Deuxième chaîne) a quant à lui annoncé que le Likud devançait l’Union sioniste d’un siège (28 contre 27 sièges).

D’après les estimations, les résultats étaient serrés, et bien que Netanyahu soit nettement mieux placé pour former un gouvernement, on affirmait déjà que les dirigeants des deux partis tendaient la main vers les petits partis dans l’espoir de former une coalition.

Ce fut une toute autre histoire lorsque les citoyens se sont réveillés mercredi. Près de 99 % des bulletins de vote avaient été dépouillés, le Likud avait en réalité gagné 30 sièges et l’Union sioniste 24. Herzog, qui avait promis l’espoir et le changement, a reconnu sa défaite et Netanyahu a commencé à réfléchir à la formation d’un gouvernement de droite.

Et ce n’est pas uniquement aux stratèges de l’Union sioniste à qui on a demandé ce qui avait mal tourné. Des questions ont été soulevées sur les raisons pour lesquelles les sondages de sortie des urnes – dont les estimations ont été annoncées en grande pompe et avec très peu d’indications sur leur faillibilité – ont pu être aussi loin de prédire l’écart de six sièges entre le Likud et l’Union sioniste.

Les sondeurs ont proposé quelques réponses, mais il semblait qu’ils n’étaient eux-mêmes pas complètement sûrs de ce qui s’était passé.

Nombre de sièges par parti à la Knesset (Crédit : TOI)

Nombre de sièges par parti à la Knesset (Crédit : TOI)

Le professeur Camil Fuchs, un expert en statistiques de l’Université de Tel-Aviv qui a dirigé le sondage pour la Dixième chaîne, a déclaré à la radio militaire que l’écart pourrait être attribué au fait qu’un plus grand nombre d’électeurs aient refusé de participer à son sondage sortie des urnes par rapport aux élections passées.

Mina Tzemach, qui était en charge du sondage de sortie des urnes de la Deuxième chaîne avec son partenaire Mano Geva, a insisté sur le fait que son modèle statistique était bon. Elle a également souligné la faible participation à son sondage de sortie des urnes.

« Habituellement, nous avons 7 ou 8 % des électeurs qui n’acceptent pas de participer, mais cette fois-ci, c’était environ 15 % », a-t-elle déclaré à la radio militaire.

Tzemach ajoute que la participation était faible dans les bureaux de vote des lieux qui sont connus pour avoir beaucoup d’électeurs pro-Likud, et notamment parmi les immigrants des pays de l’ex-Union soviétique qui sont réticents à prendre part au sondage à la sortie des urnes. Cette sous-représentation des électeurs du Likud a faussé les résultats, affirme-t-elle.

La sondeuse Stella Karayov de la Première chaîne a rejeté la suggestion selon laquelle les participants au sondage auraient pu mentir au sujet de la liste pour laquelle ils avaient voté.

Selon elle, ce genre de comportement aurait affecté les résultats non seulement pour les grands partis, mais aussi les plus petits partis – dont les estimations se sont avérées être très proches du décompte des voix réelles.

Les Première et Deuxième chaînes ont utilisé des méthodes similaires dans leurs sondages de sortie des urnes. Les deux ont demandé aux électeurs qui venaient tout juste de déposer leurs bulletins de vote réels dans des urnes de voter à nouveau de la même façon pour le sondage de sortie des urnes.

La Deuxième chaîne a mis en place des urnes dans 60 bureaux de vote à travers le pays pour recueillir des informations auprès d’un échantillon de 25 000 électeurs.

Les bureaux de vote ont été choisis en fonction de critères socio-économiques, ainsi q’en fonction des informations réunies lors des deux élections précédentes sur la fiabilité des sondages dans ces sondages. La Première chaîne a utilisé le même nombre d’urnes, mais avec un échantillon total de 30 000 électeurs.

Au lieu d’utiliser des urnes, la Dixième chaîne a demandé aux personnes de s’arrêter et de remplir un questionnaire après avoir voté.

Fuchs a déclaré à Haaretz soupçonner que le taux de participation plus faible que cette approche génère (généralement autour de 80 %) est due à l’absence d’anonymat. Dans le même temps, insiste-t-il cependant, il explique que cette méthodologie est préférable pour ce qui est de la rapidité et de la simplicité logistique.

Graphique combinant les résultats de tous les sondages de sortie des urnes publiés le 17 mars 2015 (Crédit : TOI)

Graphique combinant les résultats de tous les sondages de sortie des urnes publiés le 17 mars 2015 (Crédit : TOI)

La professeure Tamar Hermann, directrice académique du Centre Guttman de l’Institut de la démocratie en Israël, ne donne pas beaucoup de crédibilité aux sondages de sorties des urnes, quelle que soit la façon dont ils sont menés, a-t-elle a déclaré au Times of Israel. Elle préfère étudier les informations que les enquêtes à long terme fournissent.

Dans un rapport qu’elle a écrit pour une enquête pour Peace Index, une semaine avant le jour du scrutin, Hermann avait prédit que le bloc de droite gagnerait, à partir d’une absence de changement dans l’attitude de la population dans les mois qui ont suivi l’annonce des élections fin 2014.

« Les résultats de la présente enquête Peace Index montrent que les événements des dernières semaines et des derniers jours n’avaient aucune influence sur l’évaluation du bloc qui a une plus grande chance de former le prochain gouvernement. Deux semaines avant les élections, 61 % pensaient que les chances de gagner du bloc de droite étaient supérieures (59 % pensaient ainsi en janvier et 60 % en décembre) », écrit-elle.

Faisant écho aux commentaires des sondeurs de ka télévision, Hermann confirme que certaines catégories de la population sont en effet plus difficiles à sonder. Elle explique que les électeurs de droite ont tendance à moins participer aux sondages de sortie des urnes, car ils les perçoivent liés à des médias de gauche.

Et pour d’autres types de sondages et d’enquêtes, dit-elle, d’autres groupes, tels que les jeunes, sont plus difficiles à atteindre en raison des méthodologies qui consistent, par exemple, à appeler les gens chez eux sur les lignes téléphoniques fixes qui par ailleurs sont de moins en moins utiles et fiables à l’ère du numérique.

Le vrai problème avec les sondages de sortie des urnes se situe au niveau de la façon dont les électeurs agissent lorsqu’ils sont interrogés à leur sortie des bureaux de vote, plus encore au niveau de la façon dont ils se comportent à la maison après qu’ils ont voté.

« C’est un problème d’impatience et de cupidité », a déclaré Hermann au sujet de l’inexactitude des sondages de sortie des urnes.

Il y a la question des intérêts commerciaux de l’enquêteur, mais aussi de la volonté des électeurs de connaître les résultats des élections dès que les bureaux de vote ferment (à 22h00).

« Nous agissons comme si cela nous ferait du mal d’attendre pour connaître les résultats », déclare Hermann.

Un utilisateur de Twitter a fait écho à cette analyse : « Si les élections se terminent à 22 heures et que nous avons les résultats définitifs à 6 heures, alors à quoi nous sert le sondage de sortie des urnes ? ».

Les Israéliens moins patients (qui seraient probablement majoritaires si nous devions faire un sondage) préfèrent maintenir la pression sur les sondeurs.

« Si j’avais fait une enquête lorsque je me suis promené sur la plage Gordon [de Tel-Aviv], mon sondage aurait été plus fiable [que les sondages de la télé] » a tweeté un autre utilisateur.

Benjamin et Sara Netanyahu au QG éléctoral du Likud à Tel Aviv - nuit du 17 au 18 mars 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Benjamin et Sara Netanyahu au QG éléctoral du Likud, à Tel Aviv, la nuit du 17 au 18 mars 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)