Il n’y a pas si longtemps, les gazelles se faisaient rares dans la vallée qui porte leur nom, Emek Hazevaim.

En fait, il n’en restait qu’une du troupeau d’origine qui peuplait l’étendue de 64 acres (26 hectares), située à l’une des intersections les plus fréquentées de Jérusalem.

Pourtant, une lutte de 15 années pour épargner l’espace vert des projets des promoteurs résidentiels débouche sur un repeuplement et une rénovation d’Emek Hazevaim, première réserve de faune urbaine d’Israël. C’est là le succès majeur d’un groupe de militants écologistes et urbains, déterminés à faire battre un cœur vert dans la ville.

Le parc, qui s’étend sur 250 dunams (26 hectares) entre l’intersection Pat et la route Begin, doit ouvrir officiellement lundi 30 mars 2015.

En termes hiérosomomytains, c’est la taille de la Vieille Ville.

Divisé en trois sections – 90 dunams (9 hectares) pour les gazelles, 130 dunams (13 hectares) pour les visiteurs et 60 dunams (6 hectares) comme zone-tampon entre les humains et les animaux – le parc, comparé aux « poumons urbains » d’autres villes (tels que Central Park à New York, avec ses 340 hectares), comprendra des étangs, des ruisseaux, des oiseaux et des petits habitats de créature, et, enfin, des dizaines de gazelles en liberté.

Les gazelles auront leur propre espace de liberté, sans accès aux visiteurs humains (Crédit : Amir Balaban)

Les gazelles auront leur propre espace de liberté, sans accès aux visiteurs humains (Crédit : Amir Balaban)

Emek Hazevaim « est l’archétype de toutes les gazelles », déclare Amir Balaban, champion de la faune, coordinateur de paysage urbain à la Société pour la Protection de la Nature israélienne [SPNI] et moteur de la rénovation de la vallée. « Il s’agit de la gazelle biblique, celle mentionnée dans les Psaumes et le Cantique des Cantiques ; elle a la beauté et la force. Jérusalem et les gazelles allaient toujours de pair. »

Dans la vallée, cependant, où elles étaient indigènes depuis si longtemps, les gazelles ont presque toutes disparu. Il n’en restait que quelques-unes, dont une femelle, connue par ses fans sous le nom de Madame X, en raison de ses cornes croisées.

Le troupeau est maintenant composé de gazelles provenant de collections privées et de zoos, mais seulement de cette espèce, précise Balaban, car c’est une population très protégée et très vulnérable, la dernière de l’espèce au Moyen-Orient.

« Elle n’a pas eu la vie facile en raison principalement du développement, du braconnage et des prédateurs, » dit-il. « C’est l’idée du parc, créer une atmosphère éducative qui montre aux gens comment se comporter dans la nature. »

Après l’ouverture officielle du parc lundi, les visiteurs pourront arpenter les sentiers de randonnée et les pistes cyclables, pique-niquer dans les endroits ombragés (éventuellement acheter des paniers pique-nique dans le parc), et observer les gazelles à bonne distance (à l’aide des jumelles fournies par le parc).

Le parc proposera des visites guidées, des activités scolaires éducatives sur l’environnement et la durabilité, des prières communes du vendredi soir pour Shabbat, de petits concerts de musique classique, et, pour l’instant, l’entrée gratuite pendant le processus d’élaboration.

Géré par la SPNI et un corps de volontaires composé d’élèves d’écoles secondaires locales, de groupes d’éducation spéciale et de retraités, le parc est un mélange « très beau et complexe » de bonnes gens qui soignent les gazelles et préservent l’habitat, dit Balaban.

Il espère que le parc deviendra aussi important et central que d’autres sites de la ville. Avec une différence majeure : il offre un accès direct et pur à la nature.

Le parc ressemble, à bien des égards, à il y a 70 ou 80 ans, quand il était rempli de pommiers et de cerisiers plantés par les kibboutzim voisins de Maale Hahamisha et Kiryat Anavim.

Les deux communautés agricoles avaient été chargées par le gouvernement de l’époque pré-étatique de cultiver des fruits dans les limites de Jérusalem pour que la ville perchée sur la colline y ait accès, même quand elle était en état de siège dans les mois de combats de 1948.

« Il y avait des vergers partout à travers Jérusalem », raconte Balaban.

Lorsque l’agriculture fut moins subventionnée, et que la vallée était prise d’assaut par les routes et nouveaux quartiers, les vergers ont été négligés par les kibboutzim, dit Balaban.

« C’était le soupir d’agonie la vallée », dit-il.

La nature a finalement dominé la vallée, poursuit Balaban. Des essaims de fourmis moissonneuses ont commencé à disperser des semences, qui ont enrichi la terre et attiré les oiseaux. L’activité des oiseaux a transformé le verger agonisant, faisant pousser des fleurs sauvages et des arbustes.

« Un des atouts de la vallée est qu’elle renferme toute une collection d’habitats », dit Balaban. « Vous avez la typique prairie ouverte, de beaux buissons épineux, de denses forêts méditerranéennes et des vergers traditionnels. »

Dans les années 1980, cependant, les promoteurs locaux ont reniflé le lopin de terre idéalement placé, espérant construire au moins 1 400 unités de logement dans ce qui était devenu une importante jonction de la capitale.

À l’époque, Naomi Tsur, ancienne adjointe au maire et écologiste férue, était directrice de la branche de Jérusalem de la SPNI. Avec Balaban et d’autres locaux de la communauté, elle a entamé la longue bataille pour épargner la superficie du développement résidentiel.

Dans le même temps, le projet résidentiel Holyland était approuvé pendant le mandat de l’ancien maire de Jérusalem, Ehud Olmert. Le gigantesque complexe, situé sur la colline en face d’Emek Hazevaim, et visible de la plupart des endroits de la ville, est emblématique de ce que Balaban, Tsur et consorts tentaient d’éviter.

« Emek Hazevaim est aux antipodes du projet Holyland », dit Balaban. « Tout ce qui s’est mal passé à Holyland s’est bien passé avec Emek Hazevaim. […] Emek Hazevaim est un diamant urbain. Il s’agissait de créer un site unique typique, de renouveler et de réaménager toute une partie de la ville. »

« Il y avait très peu de jeux de pouvoir ici », dit Balaban. « Seulement beaucoup de travail, et une idée très claire. »

Mélange de flore et de faune dans la vallée (Crédit : Amir Balaban

Mélange de flore et de faune dans la vallée (Crédit : Amir Balaban)

Les travaux de rénovation de la vallée ont été financés par la municipalité de Jérusalem, qui a investi 22 millions de shekels dans le projet et ajouté 70 millions supplémentaires au cours des prochaines années, puisés dans le budget de la ville et dans des dons recueillis par la Fondation de Jérusalem.

« Nous avons connu des sites urbains de faune,» dit-il. « Mais cette fois, nous nous surpassons. »

L’ouverture festive de la faune du parc urbain Gazelle Valley se tiendra lundi 30 mars, de 16h00 à 18h30, avec des ateliers d’observation d’oiseaux, de la musique et du théâtre, ainsi que des projets artistiques. Parking à l’intersection Pat, Beit Hanoar Haivri et aux Jardins botaniques. Transport public recommandé.