Gaza, tout comme les villes israéliennes, revient tout doucement à la normale. Enfin, presque.

Il y a des voitures sur les routes et les clients envahissent les marchés. « Nous nous sommes rapidement habitués à la guerre – mais nous nous sommes habitués encore plus rapidement à la paix », explique Sameh, un éminent analyste politique à Gaza, au Times of Israel mercredi.

Mais le calme, affirme-t-il, est trompeur. « Ce n’est pas encore fini. Le Hamas est sous beaucoup de pression, on veut qu’il reprenne les combats si l’Egypte et Israël n’autorisent pas la levée du blocus », explique Sameh.

Il ajoute que les résidents de Gaza sont partagés entre la volonté de voir le combat se poursuivre et celle de le voir prendre fin.

« Ceux qui ont perdu leurs enfants et des membres de leurs familles veulent, en fait, que les combats se poursuivent. Comme ceux qui ont eu leurs maisons détruites », déclare-t-il. « Ils n’ont plus rien à perdre, ils mettent la pression [sur le Hamas] pour qu’il ne s’arrête pas là, à moins que le blocus ne soit complètement levé. D’un autre côté, il y a ceux qui ont leur maison qui tient encore debout et ceux-là veulent que ça s’arrête ».

Sameh ajoute, « vous avez complètement tort si vous pensez que c’est fini. Avez-vous vu les hauts-gradés du Hamas sortir de leurs bunkers ? Que ce soit de la branche politique ou militaire ? Hier, ils ont clairement déclaré : nous en sommes à un stade intermédiaire, pas à la fin de la guerre. Ils se préparent déjà à un renouvellement des affrontements. Ils ne peuvent pas s’arrêter maintenant sans un résultat significatif au Caire ».

Je lui ai demandé si un assouplissement des mouvements au passage frontalier avec Israël empêcherait le Hamas de reprendre les affrontements.

« Oubliez-ça », m’a-t-il indiqué. « S’ils n’obtiennent pas l’ouverture du passage de Rafah ou un accord pour construire un port, ils vont recommencer à tirer des roquettes – et ensuite nous aurons une guerre plus difficile qui nous attendra ».

D’autres analystes se sont montrés plus hésitants. L’un d’eux explique que Gaza ressemble à un soldat blessé sérieusement pendant les combats, mais dans le feu de l’action, continue à attaquer. « Maintenant que les affrontements se sont arrêtés, Gaza va commencer à se tordre de douleur. Et je doute qu’elle puisse encore se tenir debout suffisamment longtemps pour un autre affrontement ».

En effet, la majorité de Gaza est en ruine. En particulier, les quartiers comme Shajaiya, Beit Hanoun et Hiza. Comme beaucoup de Gazouis, Bassem est allé voir ce qu’il restait de sa maison détruite à Shajaiya mardi – ou plutôt, ce qui ne restait pas de sa maison.

« Il n’y avait rien à voir », m’a-t-il raconté. « Des décombres. J’ai essayé de voir quel amas de décombres appartenait à ma maison et quel tas de murs en ruine était celle du voisin ».

Il a réussi à louer un petit appartement dans un autre quartier de la ville de Gaza. Là-bas, lui et sa famille vivent avec 45 autres Gazaouis sans électricité et sans toilettes.

Ce n’est pas un cas inhabituel. Les journalistes à Gaza estiment que près de 300 000 Gazaouis ont été déplacés pendant la guerre. Leurs maisons ont été complètement détruites ou trop endommagées pour qu’ils y retournent vivre.

« Qui va reconstruire la maison ? », ai-je demandé à Bassem.

« Je n’en ai aucune idée », m’a-t-il répondu. « Personne ne sait. C’est une question à laquelle tout le monde à Gaza aimerait avoir la réponse aujourd’hui. On essaie de voir ce qui ressortira [des négociations] du Caire. Peut-être que nous aurons notre réponse de là-bas. Autrement, je ne sais pas quoi répondre ».

Bassem et sa famille sont relativement chanceux. Tout le monde n’a pas la capacité de louer une autre maison ou un appartement. La plupart des Gazaouis déplacés qui sont allés voir les ruines de leurs maisons mardi sont rentrés chez leur famille, ou dans les écoles de l’UNWRA, où ils ont été accueillis ces derniers jours.

Imad, un de mes amis à Gaza, m’a raconté qu’au moins 50 personnes vivaient actuellement dans sa maison dans le district de Sheikh Radwan de la ville de Gaza.

« Il n’y a rien d’autre à faire ; on doit s’aider les uns les autres. Va voir le terrain [de l’hôpital] de Shifa. Tu vas vraiment voir à quoi ressemblent des personnes misérables. Il y a des tentes de la ville là-bas, une vraie ‘nakba’ [catastrophe] – des centaines de familles qui vivent dans des tentes et qui n’ont nulle part où aller pour le moment ».

Imad, non plus, ne sais pas qui va réhabiliter [la ville], qui va reconstruire.

« Nous savons qu’un sommet international sur la réhabilitation de Gaza doit se tenir en Norvège début septembre. Peut-être que nous aurons des réponses à ce moment-là », m’a-t-il indiqué, il semblait tout sauf convaincu [par ses propres paroles].