Au début des années 1990, la bande de Gaza n’était pas un endroit très accueillant pour les dirigeants du Hamas. Le chef de l’Autorité palestinienne d’alors, Yasser Arafat, arrivait triomphalement à la maison depuis Tunis, à bord d’une Mercedes noire et entouré d’une classe dirigeante d’officiels du Fatah, rivaux du Hamas.

Le Premier ministre israélien Itzhak Rabin avait expédié un groupe de 415 dirigeants du Hamas, y compris l’actuel chef Ismaïl Haniyeh, au Liban pour environ un an. Arafat avait signé un document signalant l’amorce de la fin de la résistance, une « résistance » que l’organisation islamiste adoptait non pas comme un moyen pour aboutir à une fin, mais comme un mode de vie.

En outre, comme c’est le cas en Cisjordanie aujourd’hui, l’Autorité palestinienne était infiniment plus puissante que le groupe islamiste.

C’est alors que le chef du Hamas Ibrahim Maqadmeh, dentiste de formation et érudit islamiste, politicien de métier, a plaidé pour une stratégie simple : piquer Israël si souvent et si douloureusement qu’il finirait par reporter sa rage sur l’autorité semi-souveraine dans la bande de Gaza – l’AP, tenue responsable par Israël – et ainsi paver la voie à une prise de contrôle du Hamas.

Aujourd’hui, le Hamas est une puissance presque inégalée dans la bande de Gaza, tandis qu’il reste second en Cisjordanie, derrière le Fatah. Mais avec la promesse de « répercussions » du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour l’enlèvement des trois adolescents, l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah pourrait de nouveau être affaiblie, tant et si bien que le Hamas pourrait opérer une prise de contrôle.

Shlomi Eldar, dans son livre de 2012 Apprendre à connaître le Hamas, explique cette stratégie. Il cite Maqadmeh déclarant, dans un rassemblement du Hamas à Jabalya : « Si nous nous combattons l’AP, nous perdrons. Ils nous anéantirons. Si nous nous en prenons aux Israéliens, Israël attaquera l’Autorité palestinienne, et c’est ainsi que nous abolirons les accords [d’Oslo] ».

Eldar qualifie la stratégie de simple et transparente. Mais quatre ans après l’assassinat de Maqadmeh en mars 2003, rue Shuhada, dans la bande de Gaza, le Hamas – il y a sept ans cette semaine – a pris le pouvoir dans la bande, saisissant violemment les rênes d’une direction de l’AP affaiblie.

À certains égards, nous vivions les débuts de la montée islamiste, qui a coloré une bonne partie du drapeau du printemps arabe.

Mais tandis que des hordes en Irak et dans d’autres pays du Moyen-Orient tombaient dans les mains islamistes, la Cisjordanie, au grand dam du Hamas, est restée paisible. Pas de soulèvement spontané, pas de transfert de pouvoir au peuple.

Il n’est pas impensable, par conséquent, qu’augmenter le terrorisme en Cisjordanie est un bon moyen pour le Hamas de gagner en popularité.

Après tout, la libération des prisonniers est universellement célébrée dans les rues palestiniennes et oppose Israël à l’Autorité palestinienne.

Dans ce contexte, le commentaire de Netanyahu, dimanche matin, en amont de la réunion de cabinet, au siège de l’armée à Tel Aviv, est une source de préoccupation.

« Ce matin, je peux dire ce que je n’ai pas pu dire hier, avant la vague d’arrestations de membres du Hamas en Judée-Samarie », a-t-il affirmé.

« Ceux qui ont perpétré l’enlèvement de nos jeunes étaient des membres du Hamas – le même Hamas avec lequel Abou Mazen [Abbas] a formé un gouvernement d’union ; et cela a de graves répercussions. »

On espère que ces répercussions seront destinées au Hamas et ne contribueront pas à affaiblir son rival, l’Autorité palestinienne, parce que ce qui s’est passé à Gaza, certes sur plusieurs années, pourrait bien se reproduire à Ramallah.