ATHENES (JTA) – Les groupes juifs ont déclaré cette semaine que le vote de la loi interdisant le négationnisme et imposant des peines plus sévères pour les discours de haine est une étape importante dans la lutte contre la percée du parti néonazi grec l’Aube dorée.

« Cela arrive très tard, mais pas trop tard », affirme au JTA le président du Congrès juif mondial Robert Singer.

Le parlement grec a voté la loi mardi après plus d’un an de discussions politiques.

Surfant sur la vague de la peur et du désespoir amené par la dévastatrice crise économique grecque – à laquelle on doit ajouter un flux d’immigrants illégaux venus d’Asie et d’Afrique – l’Aube dorée est sortie de l’ombre en 2012 pour devenir le troisième parti politique grec, avec 18 membres au Parlement.

L’Aube dorée, qui a recours à l’imagerie nazie, a été accusée par le gouvernement, les procureurs généraux et les forces de l’ordre d’être à l’origine de centaines d’attaques xénophobes.

Les incidents incluent les meurtres d’au moins quatre immigrants pakistanais et l’assassinat de Pavlos Fyssas, un célèbre rappeur grec antifasciste connu sous le nom de Killah P.

Cette nouvelle loi augmente la durée d’emprisonnement à trois ans pour les délits d’incitation à la violence raciste et prévoit d’assortir la peine à une amende de qui peut aller jusqu’à 26 000 euros si le crime est commis par une personne seule et jusqu’à 100 000 euros pour les groupes condamnés pour « incitation à des actes discriminatoires, de haine ou de violence ». Cette loi pénalise aussi la négation de l’Holocauste et les autres génocides reconnus qui est assortie des mêmes peines.

Cette mesure permettra au gouvernement de viser les groupes politiques comme l’Aube dorée et d’empêcher les organisations qui encouragent le racisme d’obtenir des fonds étatiques. Cependant, cette loi n’est pas rétroactive.

Les lois antiracistes qui datent de 1979 ne permettent pas de poursuivre les groupes ou les partis qui incitent à commettre des crimes motivés par la haine ou les préjugés.

« Nous avions déjà des lois antiracistes, mais elles n’étaient pas appliquées car les immigrants, par exemple, avaient peur de dénoncer ces crimes car ils n’avaient pas les visas appropriés, vivaient illégalement ici et craignaient d’être expulsés », a expliqué le ministre de la Justice Haralambos Athanasiou au Parlement avant le débat sur le projet de loi.

Il n’y avait pas non plus de dispositions contre le négationnisme. De ce fait, il n’y avait que peu de choses que le gouvernement pouvait faire contre l’Aube dorée quand il a fièrement affirmé être un négationniste ou quand le dirigeant du parti a, dans une interview télévisé, nié l’existence des chambre à gaz dans les camps de la mort nazis.

Nikolaos Michaloliakos, (debout) le leader du parti néo nazi Aube dorée durant son procès (Crédit : LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Nikolaos Michaloliakos, (debout) le leader du parti néo nazi Aube dorée durant son procès (Crédit : LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Après le meurtre de Fyssas, les procureurs ont mis ce meurtre sur le compte des militants de l’Aube dorée. De nombreux dirigeants et de législateurs du parti ont été arrêtés et accusé de faire partie d’une organisation criminelle. Leurs procès se tiendront en décembre.

Alors même que les hauts-responsables du parti sont emprisonnés, dont Michaloliakos, l’Aube dorée a réussi à maintenir sa popularité lors des récentes élections municipales.

« Nous espérons vraiment que cette loi limitera les déclarations racistes et antisémites et qu’elle dissuadera les négationnistes, qui se sont multipliés ces deux dernières années, même à l’intérieur du parlement », indique Victor Eliezer, le secrétaire général de la Commission centrale de juif Communautés en Grèce.

Plus de 5 000 Juifs en Grèce aujourd’hui. La communauté d’avant-guerre comptait 78 000 Juifs. La plupart de cette communauté vivait dans la ville portuaire de Thessalonique. Elle a presque été entièrement décimée pendant l’Holocauste.

On espère aussi que cette loi endiguera les manifestations de l’antisémitisme. Selon un sondage récent de l’Anti-Defamation League [ligue anti-diffamation : ADL], la Grèce est le pays le plus antisémite d’Europe avec 69 % de sa population qui partagent des points de vue antisémite.

Cette nouvelle loi permet à la Grèce de s’aligner avec les autres pays de l’Union européenne, qui interdisent le négationnisme et condamne l’incitation à la haine raciale ou à la violence ethnique à des peines de prisons similaires.

Un projet de loi précédent n’avait pas réussi à obtenir le nombre de vote nécessaire suite à la proposition des membres de droite du parti Nouvelle démocratie, parti du Premier ministre Antonis Samaras, aient proposé d’exclure la possibilité de poursuivre l’Eglise orthodoxe, les militaires et la police.

L’autre problème résidait sur le fait de savoir quel génocide reconnaître. On se demandait s’il fallait étendre les dispositions de la loi à la violence homophobe. Il y a aussi eu une pétition signée par 139 académiciens contre la disposition sur le négationnisme au nom de la liberté d’expression.

En plus de l’Holocauste, cette nouvelle reconnait le massacre des arméniens, des Grecs de la mer Noire et d’autres Chrétiens tués en Asie mineure pendant les derniers jours de l’Empire Ottoman. En vertu de cette loi, inciter à la violence ou à la discrimination homophobe est illégale mais les dispositions autorisant les unions civiles pour les couples gays ont été retirées.

Pour démontrer à quel point le vote de cette a été problématique, seuls 99 des 300 des membres du Parlement étaient présents lors du vote final. Seuls 55 députés ont voté en sa faveur.

« Qu’est-ce que la xénophobie ? Les grilles de ma maison qui empêchent un Pakistanais, ou tout autre étranger, de violer ma femme et de me tuer ? », a déclaré le député de l’Aube dorée Michail Arvanitis au Parlement, selon Reuters. « La discrimination fait partie de la vie ».

Mais les Juifs du pays, ses dirigeants juifs et les autres qui soutiennent la loi voient les choses différemment.

« Nous espérons [que la loi] sera appliquée avec rigueur par les cours de justice », indique Singer du WJC.

« Cependant, on doit faire plus d’efforts si on veut que la lutte contre les forces extrémistes comme l’Aube dorée soit un succès », a-t-il ajouté, mais il n’a pas donné plus de précision.