Une série de récents assassinats et de frappes, conduites à plusieurs kilomètres des frontières israéliennes, souvent en plein jour, ont fait apparaître quelques-unes des ombres qui entourent la guerre du Hezbollah contre Israël.

Ils ont aussi mis en lumière le rôle régional de l’Iran et souligné une question persistante au sujet des alliances du Hezbollah : se structurent-elles avec l’Iran, un État soutien et coreligionnaire, ou avec le Liban, le pays où le Hezbollah est implanté ?

Les révélations sont particulièrement pertinentes maintenant, alors qu’Israël observe depuis la touche, l’Iran et les six puissances mondiales – connues comme « P5+1 » – entrer dans la dernière ligne droite des négociations qui ont soigneusement évité d’aborder le rôle de déstabilisateur régional de l’Iran.

Ils ont aussi évité de mentionner la volonté constante de Téhéran de se débarrasser de ‘l’entité sioniste’ au Moyen-Orient. Pour beaucoup d’Israéliens, il deviendra réellement possible pour l’Iran de mettre en oeuvre cette volonté lorsque ce pays disposera de la bombe.

Revenons sur les faits : le 18 janvier, Israël aurait fait face à une situation qui invitait ou exigeait l’action.

Une équipe d’agents de haut rang du Hezbollah, accompagnée par des officiers iraniens de la Force Quds, se déplaçait dans un convoi de deux voitures à proximité de la frontière d’Israël avec la Syrie.

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon a clairement exprimé la semaine dernière, sans pour autant revendiquer l’opération, qu’Israël savait très bien qu’il y avait un général dans le convoi. Il a aussi déclaré qu’une « coproduction iran-Hezbollah » établissait un réseau afin d’attaquer Israël depuis le sol syrien.

Un appareil israélien aurait ciblé le convoi, tuant Jihad Mugniyeh, un haut responsable du Hezbollah, le général iranien, et le reste de l’équipe – 12 personnes en tout.

Le commandant de la Force Quds de l’Iran, le major général Qassem Soleimani, certainement l’agent sous couverture le plus influent au Moyen-Orient aujourd’hui, a positionné deux officiers sur la ligne de front du Hezbollah au Liban pour faciliter une vengeance rapide.

La frappe de réponse s’est produite le 28 janvier lorsque le Hezbollah a tiré cinq missiles anti-tanks contre un convoi de l’armée israélienne descendant du mont Dov.

La cible, les soldats, et le lieu, le long du flanc ouest d’une ligne de crête contestée, ont été choisis avec grand soin.

La chance et l’action peu efficace du Hezbollah n’ont entraîné la mort que de deux soldats israéliens. Des tirs directs sur les cinq véhicules, ou une réponse plus lente des soldats, qui ont quitté les véhicules civils, auraient pu entraîner la mort de 12 soldats, presque la totalité des officiers du Batallion Tsabar de la brigade Givati.

Soleimani, à peu près au même moment, s’est agenouillé devant la tombe de Mughniyeh, il était à la fois proche de Jihad et de son père, Imad Mughniyeh, dont la mort en 2008 a été détaillée au cours du week-end dans un article du Washington Post, et il a lu solennellement le Coran.

Le geste, au milieu de convulsions régionales décrit dimanche par le chef de l’armée israélienne comme « un passage entre des périodes historiques », souligne également combien les liens régionaux sont de plus en plus religieux et ethniques – plutôt que nationalistes.

Il semblerait que le Hezbollah soit l’agent de l’influence iranienne, une relation qui se base davantage sur la foi partagée que sur la citoyenneté.

En 1990, l’ayatollah Ali Khameni, dans sa deuxième année en tant que guide suprême de l’Iran, déclarait que la mission de la Force Quds est « d’établir des cellules populaires du Hezbollah partout dans le monde », selon un article de 2013 du magazine The New Yorker.

Yaalon, qui considère depuis longtemps que la concentration sur les négociations nucléaires avec l’Iran est beaucoup trop étroite, a déclaré la semaine dernière à la radio de l’armée, plusieurs jours après la frappe à Qouneitra, que « nous devons regarder tout cela à travers un large cadre ».

Dans sa description, l’axe Hezbollah-Iran, qui a été temporairement contrecarré sur la partie syrienne du plateau du Golan, fait partie d’une initiative plus large et globale, qui est également à l’oeuvre en Syrie, au Yemen, au Liban et dans le Golf.

« A côté des discussions sur le nombre de centrifugeuses, a-t-il déclaré, on retrouve un effort de l’Iran d’ouvrir des fronts terroristes contre les intérêts israéliens et occidentaux au Moyen Orient. »

En 2013, lorsque le président du Guatemala, Otto Fernando Perez Molina, est venu en Israël, il a déclaré que la but de l’Iran est l' »hégémonie régionale et globale, aujourd’hui à travers la terreur et la subversion », et ensuite, une fois protégé par la bombe, d’une manière beaucoup plus directe et accélérée.

Bassem Eid, un militant des droits de l’homme basé à Jérusalem Est et analyste du Moyen-Orient, a déclaré que si l’influence iranienne « augmentait » certainement dans la région, sa préoccupation principale, agitée par les récentes révélations, était les liens partiellement renouvelés entre le Hezbollah et les organisations terroristes palestiniennes. La récente pression de l’Iran pour rapprocher le Hamas du Hezbollah – malgré la lutte majeure entre les populations chiites et sunnites – est une décision guidée par l’idée que même l’aide « du diable » est légitime dans la guerre contre Israël, qui « nous met », a-t-il déclaré « Israéliens et Palestiniens, dans un danger encore plus grand ».

Au cours des récentes semaines, deux délégations du Hamas ont rencontré les dirigeants du Hezbollah et ont voyagé vers Téhéran. Mahmoud a-Zahar, un dirigeant du Hamas interdit par l’Egypte de quitter Gaza, a appelé Téhéran à fournir au Hamas des fonds et des armes.

En outre, a-t-il déclaré, le Jihad islamique palestinien et le Hamas ont tenu des fausses funérailles de grande ampleur en soutien aux hommes du Hezbollah tués à Quneitra. « Je n’ai jamais rien vu de tel dans le passé », a-t-il déclaré.

Pourtant, le professeur Shlomo Shpiro, un universitaire spécialiste du Hezbollah, assure que malgré le mélange des ombres révélant l’implication iranienne dans la région, le Hezbollah reste principalement libanais.

L’organisation, explique-t-il, maintient « ses propres intérêts, sa propre identité et ses propres politiques », et n’est pas seulement un bras avancé de la révolution iranienne au Levant.

« Je ne veux pas faire trop de comparaison, mais je me souviens très bien de la venue d’un président américain en Israël pour les funérailles d’un Premier ministre [Yitzhak Rabin], il avait dit : ‘Cela ne veut pas dire qu’Israël est la marionnette américaine dans la région’. »