Les dirigeants de l’avant-poste d’Amona pensent que l’évacuation aura lieu en début de semaine prochaine, a affirmé jeudi Avihai Boaron aux journalistes. Il appelle à la résistance passive.

« Il semblerait qu’à droite, ils sont en train de se creuser la tête pour trouver une solution », a expliqué Boaron, qui mène la lutte des habitants.

En attendant, Boaron a appelé « tous ceux qui se sentent concernés par les implantations juives à venir manifester leur soutien jusqu’à l’évacuation. »

Il a cependant demandé que les soldats soient respectés et que la résistance reste « passive ».

Mercredi soir, les habitants d’Amona avaient rejeté un accord qui leur aurait permis de recevoir une parcelle de terrain située sur la même colline que l’avant-poste actuel, avec la possibilité d’y créer une implantation à long terme, en échange de l’évacuation pacifique de leurs maisons, en accord avec une évacuation ordonnée par la Haute cour de justice.

Suite à des discussions marathon qui ont commencé mardi soir, les habitants ont voté contre un projet gouvernemental par 59 voix contre 20.

Amona est le plus grand de la centaine d’avant-postes, érigés sans autorisation du gouvernement mais généralement tolérés, qui parsème la Cisjordanie. En décembre 2014, après de multiples appels et reports, la cour a ordonné que l’avant-poste soit évacué dans les deux années suivantes, et pas plus tard que le 25 décembre 2016. Elle a déjà rejeté une demande de report du démantèlement de l’avant-poste de huit mois.

Le projet gouvernemental, auquel le Times of Israël a eu accès, aurait donné aux habitants la permission de construire des maisons sur un terrain « proche » de l’emplacement actuel d’Amona, avec une garantie que l’Etat chercherait à le transformer en implantation permanente.

 L'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 28 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 28 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Dans le cadre de cet accord, l’Etat aurait accepté d’installer 40 « structures mobiles » sur les terrains proches de l’avant-poste d’Amona, qui auraient eu la permission d’y rester pour au moins deux ans.

Les terrains en question appartiendraient majoritairement à des propriétaires « absents », ce qui désigne dans ce cas des Palestiniens qui seraient partis avant ou pendant la conquête de la région par Israël en 1967, et dont l’identité est inconnue. Ils sont administrés par le Gardien des propriétés des absents de l’Etat, et ont un statut légal qui rendrait, d’après le procureur général Avichai Mandelblit, leur usage temporaire moins problématique légalement.

Pendant ces deux années, l’Etat aurait demandé à la cour des magistrats de Jérusalem de reconnaitre totalement que les terrains ont des propriétaires « absents ». Si cela était accompli, l’Etat pourrait transformer l’avant-poste temporaire en « implantation à long terme », selon l’accord.

L’accord mettait en évidence une période de cinq semaines pour que les habitants puissent emménager sur le terrain, et comprenait également une clause stipulant que l’Etat fournirait des aménagements temporaires dans l’implantation voisine d’Ofra au cas où « il y aurait un retard dans la mise en place. »

De jeunes hommes juifs construisent une structure dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 28 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

De jeunes hommes juifs construisent une structure dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 28 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Pour leur part, les habitants devaient signer une déclaration, contraignante légalement selon des sources du parti HaBayit HaYehudi, où ils s’engageaient à quitter pacifiquement leurs maisons, évitant ainsi une répétition des violences qui ont suivi la démolition de neuf bâtiments à Amona en 2006.

« Nous, habitants d’Amona, acceptons, et le ferons savoir à la Cour, que ce projet est acceptable pour nous et que nous quitterons l’emplacement de l’avant-poste pacifiquement et sans violence, et que nous ne nous opposerons pas à l’accomplissement de l’ordre de la Cour, à une date décidée par l’échelon politique », était-il écrit dans l’accord rejeté.

De plus, l’Etat avait annoncé qu’il demanderait à la Haute cour de Justice un délai de 30 jours pour l’évacuation, qui doit pour l’instant avoir lieu avant le 25 décembre, afin de préparer des logements temporaires pour la quarantaine de familles qui doit être expulsée pendant le démantèlement.

En étant présente dans l’accord, l’extension semblait avoir été utilisée par le gouvernement comme levier de négociation, avec la menace immédiate d’une évacuation imminente si l’accord n’était pas signé.

Bien que des responsables gouvernementaux aient signalé la semaine dernière qu’ils envisageaient de demander une extension, aucune demande officielle en ce sens n’a été présentée. Un porte-parole du ministère de la Justice a déclaré lundi au Times of Israël que des « raisons politiques » retenaient la décision finale.

Naftali Bennett, président du parti HaBayit Hayehudi, pendant une réunion avec ses députés à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Naftali Bennett, président du parti HaBayit Hayehudi, pendant une réunion avec ses députés à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Après le rejet de cet accord, Amona a connu une nuit d’effervescence avivée par les rumeurs propagées sur les réseaux sociaux, chacun s’attendant à l’arrivée de la police pour l’expulsion. Des dizaines de jeunes des environs sont venus dormir sur place pour soutenir les habitants, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les habitants d’Amona refusent leur éviction en invoquant leur présence sur les lieux depuis des années, le soutien apporté en son temps par l’Etat à leur installation et le lien millénaire entre les juifs et ces terres.

Naftali Bennett, le président du parti HaBayit HaYehudi, avait annoncé lundi qu’un nouveau projet avait été formulé pour déplacer les habitants vers un terrain adjacent de la même colline.

« Après des efforts et des négociations intenses avec le Premier ministre et le procureur général, nous avons réussi à former un plan pour garder Amona sur la montagne », avait déclaré Bennett pendant la réunion hebdomadaire des députés de son parti à la Knesset.

« Le nouveau plan a des perspectives plus larges que le précédent, et a même un potentiel d’expansion pour le futur », avait-il ajouté.

Les familles qui vivent dans l’avant-poste, objet de 15 années de bataille juridique, doivent être transférées vers trois parcelles de terrains, situées à quelques dizaines de mètres de l’emplacement actuel de l’avant-poste, où elles auraient pu rester pendant huit mois, le temps que des logements permanents soient trouvés. Mais le projet, conçu par Mandelblit, aurait été abandonné la semaine dernière, quand l’association anti-implantation Yesh Din avait entamé des procédures judiciaires pour deux des trois parcelles potentielles.

Judah Ari Gross et l’AFP ont contribué à cet article.