Dans le sud d’Israël, la pluie de roquettes de Gaza est en train de transformer l’urgence en routine pour les habitants qui réclament que cette énième escalade de violence avec le Hamas soit la dernière, quitte à réoccuper l’enclave palestinienne s’il le faut.

A Sdérot, la ville emblématique du « quotidien sous les roquettes », où la sirène annonçant l’arrivée ou la chute de projectiles retentit plusieurs fois par heure, la population s’organise pour poursuivre un semblant de vie normale, déplaçant la majorité de ses activités dans des espaces blindés.

Les enfants de Sdérot ont fait d’un immense terrain de jeu entièrement conçu pour résister aux attaques de roquettes leur royaume. Dans la piscine à boules, leur joyeux brouhaha couvre complètement le bruit des sirènes dehors.

« C’est la bulle de Sdérot où les enfants viennent penser à autre chose, s’amuser comme n’importe quels autres enfants au monde et oublier ce qui se passe », explique Yedidia Haroush, l’un des moniteurs de l’aire de jeu blindée, tandis que trois soldats de « l’unité éducative » de l’armée dépêchés à l’arrière-front pour s’occuper des civils, tapent la balle avec les enfants.

Si certains tentent d’échapper au stress des alertes en se réfugiant sous une épaisse couche de béton, d’autres habitants du Sud semblent avoir développé un blindage interne.

A Yad Mordechai, à quelques kilomètres seulement de l’enclave palestinienne, un café est devenu le point de ralliement des « chasseurs de roquettes », ces amateurs qui à chaque « alerte rouge » dégainent leurs caméras vers le ciel pour tenter de capturer les interceptions de roquettes par le système de défense anti-missile Iron Dome.

D’ailleurs dans cet établissement, pourtant entièrement vitré, plus personne ne prend la peine de courir dans un abri quand le haut-parleur lance sa mélopée et chaque « boum » dans le ciel, qui signifie l’explosion en vol d’une roquette, est applaudi chaudement.

Ce café et son parking est le point de ralliement des réservistes de Tsahal (l’acronyme hébreu de l’armée), reconnaissables à leur uniforme peu ajusté ou incomplet, qui ont été appelés à rejoindre le front sud depuis que le cabinet de sécurité israélien a ordonné le rappel de 40 000 d’entre eux.

« Moi, j’étais content quand ils m’ont appelé, cette fois-ci j’ai vraiment l’impression qu’on va faire le travail, pas comme pendant l’opération « Pilier de Défense » en 2012. Si on doit rentrer et si on doit rester deux mois, ou même plus, on le fera », assure Haïm, 35 ans, réserviste au sein d’une unité combattante, dont les camarades arrivent au compte-goutte sur le parking.

D’autres Israéliens se projettent déjà de retour dans l’enclave palestinienne.

Pour la famille Haddad, d’anciens habitants du Gush Katif à Gaza relogés avec des centaines d’autres à Nitzan, un village de préfabriqués près d’Ashkélon (sud), la nostalgie de Gaza et la colère d’avoir été évacués de force se renforcent à chaque cycle de violence avec le voisin palestinien.

« A mon grand remord, quand nous avons évacué Gaza, nous leur avons donné (aux Palestiniens de Gaza) la possibilité de vivre tranquillement en paix et aujourd’hui ? Nous voyons des ‘Qassam’ (le nom d’une roquette de fabrication palestinienne, ndlr) et des sirènes jusqu’à Jérusalem », remarque, amer, Oded Haddad.

En attendant l’hypothèse peu probable de revenir un jour dans ce qu’il reste de sa maison de Gaza, il a élu domicile avec ses quatre enfants en bas âge dans un énorme tube de béton posé devant son préfabriqué. C’est son abri.