La rébellion chiite des Houthis est un mouvement politico-religieux au Yémen qui est devenu la cible d’une opération militaire arabe après avoir conquis de vastes territoires dans ce pays voisin de l’Arabie saoudite.

Qui sont les Houthis ?

C’est un mouvement politico-religieux armé, fondé en 1992, puis rebaptisé Ansaruallah (Partisans de Dieu).

Ces militants – issus du zaïdisme, branche du chiisme majoritaire dans le nord du Yémen, alors qu’à l’échelle nationale, les sunnites sont prédominants – sont connus sous le nom de Houthis, en référence à leur guide spirituel Badreddine al-Houthi et à son fils, Hussein, tué par l’armée yéménite en 2004.

Depuis leur fief de Saada (nord), ils ont été engagés, de 2004 à 2010, dans six guerres contre le régime d’Ali Abdallah Saleh, contraint de quitter le pouvoir en 2012 mais devenu en 2014 leur allié et principal moteur derrière leur surprenante montée en puissance.

Le 21 septembre 2014, ils sont entrés, sans résistance de l’armée (fidèle à M. Saleh), dans la capitale Sanaa où ils ont pris en janvier le palais présidentiel avant de dissoudre le Parlement et d’installer de nouvelles instances dirigeantes en février.

Après avoir élargi leur influence dans l’ouest et le centre du Yémen, les Houthis ont progressé vers le sud et resserré cette semaine l’étau autour d’Aden, deuxième ville du pays, où était retranché le président Abd Rabbo Mansour Hadi, considéré comme légitime par l’ONU.

Quelles sont leurs relations avec l’Iran ?

Même si les liens entre les Houthis et l’Iran sont nettement raffermis ces dernières années, les observateurs divergent sur l’ampleur de ces relations.

Après la fermeture en février par plusieurs pays arabes et occidentaux de leurs ambassades à Sanaa, les Houthis ont brisé leur isolement international grâce à l’Iran.

Ils ont ainsi établi des liaisons aériennes directes avec Téhéran, qui a promis de les approvisionner en pétrole et de les doter de centrales électriques, alors que les dirigeants iraniens apportaient leur soutien à « la révolution populaire » au Yémen.

Leur jeune chef, Abdel Malek al-Houthi, a des ressemblances avec Hassan Nasrallah, dirigeant du Hezbollah chiite libanais, grand pourfendeur, comme lui, de « l’Amérique et Israël ».

Quels sont leurs objectifs ?

Les Houthis se veulent les héritiers des imams zaïdites qui ont gouverné le nord du Yémen durant un millier d’années jusqu’à leur renversement en 1962 par une révolution civile à dominante sunnite. Le conflit entre les partisans de l’imamat zaïdite et les républicains s’est poursuivi dans les années 1970.

Leurs adversaires les accusent de vouloir rétablir l’imamat zaïdite, même si cela ne se reflète pas dans leur discours politique, axé sur « la lutte contre la corruption » et contre « l’extrémisme sunnite ».

L’offensive des Houthis dans le nord du pays a été d’abord perçue comme un moyen d’élargir leur zone d’influence dans le futur Etat fédéral qui était en négociation dans le cadre d’un processus politique, devenu aujourd’hui moribond.

Mais en élargissant leur opération, ils ont été accusés de vouloir contrôler le pays et de faire le jeu de M. Saleh contre M. Hadi.

Quelle pourrait être la riposte des Houthis à l’intervention militaire ?

Outre le renforcement des positions qu’ils contrôlent dans le nord, les Houthis pourraient provoquer l’Arabie saoudite à sa frontière sud, comme ils l’avaient fait en 2010 lorsque certains de leurs combattants s’étaient infiltrés en territoire saoudien.

Mais le royaume aurait mobilisé, pour l’opération « Tempête décisive », 150 000 hommes, massés notamment à la frontière avec le Yémen, où son armée a indiqué jeudi être intervenue contre une tentative des Houthis de créer des troubles.

Une intervention directe de l’Iran aux côtés des Houthis est peu probable.

Est-il possible de mater la rébellion ?

L’opération militaire, conduite par l’Arabie saoudite, ne pourra pas venir à bout totalement de la rébellion chiite, d’autant que son objectif est de confirmer « la légitimité » du président Hadi et d’empêcher les Houthis de contrôler le Yémen.

Pour l’analyste saoudien Khaled al-Batarafi, « l’opération va au moins contenir les Houthis et les amener à un règlement pacifique », en relançant le processus de transition politique parrainé par les monarchies du Golfe.

Mais le Yémen est aussi confronté à un mouvement séparatiste dans le sud, à l’essor d’Al-Qaïda et à l’émergence du groupe Etat islamique (EI).

L’expert libanais Abdelwahab Badrakhan prévient que si « Tempête décisive » ne change pas la donne sur le terrain, le Yémen risque « la désintégration ».