ROTA, Espagne (JTA) – C’est en installant une synagogue à la base navale américaine où elle travaille qu’Ahuvah (Amanda) Gipson a fait une découverte douce-amère.

En fouillant dans une zone de stockage de l’immense complexe militaire américano-espagnol en 2012, Gipson, ancien agent naval, a trouvé trois rouleaux de Torah poussiéreux et une Hanoukkia démontée d’un mètre de haut.

Les objets étaient les vestiges d’une communauté établie par des Juifs américains de Rota il y a plusieurs années, mais qui s’est désagrégée après leur embarcation.

Installer une congrégation durable sur une base militaire est difficile en raison des rotations fréquentes, mais près de trois ans plus tard, la communauté Bet Januka forte de 15 membres de Gipson – en référence à la Hanoukkia trouvée – est toujours aussi forte, en grande partie parce que de nombreux fidèles sont aujourd’hui des Juifs locaux.

« Nous sommes petits, mais nous sommes ici pour rester », déclare Gipson. « C’est un peu comme faire partie de la grande histoire, mais sur une plus petite échelle. »

La grande histoire est la rapide croissance de la vie juive en Espagne, jadis le foyer des communautés juives les plus florissantes au monde, qui a connu une présence juive beaucoup plus modeste depuis leur expulsion aux 15e et 16e siècles.

Nulle part ailleurs la croissance n’était plus forte qu’à Madrid, qui abrite la plus grande communauté juive d’Espagne – quelque 12 000 âmes – et où six des sept synagogues de la capitale ont ouvert dans la dernière décennie. Bet Januka est l’une des six communautés réformistes fondées à travers le pays depuis 2007.

« [Nous observons] une régénération phénoménale, non seulement de l’intérêt pour le judaïsme, mais aussi de la participation active du gouvernement », déclare Leslie Bergman, présidente de l’Union européenne du judaïsme libéral.

Selon les habitants, un certain nombre de facteurs y ont contribué, y compris un gouvernement favorable et l’arrivée de milliers de Juifs argentins qui ont rejoint l’Espagne suite à la Guerre sale – le règne du terrorisme politique en 1970 – et à la crise financière des années 2000. Avant leur arrivée, la communauté juive était constituée majoritairement d’un petit groupe de Juifs orthodoxes d’origine marocaine.

« La petite communauté de Juifs marocains qui vit ici et dirige la synagogue orthodoxe reste assez discrète », déclare David Perez Pozo, président de la congrégation réformiste Beit Rambam à Séville, qui est né en Espagne et est marié à une Argentine.

« Ils n’adhèrent pas vraiment aux activités culturelles chères aux Juifs argentins. Et le désir des Argentins de recréer un tel environnement a fortement encouragé la mise en place de cadres sociaux, d’activités mais aussi de synagogues. »

Mais la renaissance juive espagnole est également alimentée par des processus étrangers à la communauté juive.

Suivant l’exemple du Portugal, l’Espagne a présenté cette année une loi accordant le statut de citoyen à de nombreux Juifs de descendance séfarade, une mesure que certains qualifient de forme d’expiation pour l’expulsion des Juifs pendant l’Inquisition. Accompagnée d’une multitude d’initiatives publiques pour célébrer le riche patrimoine juif espagnol, la loi a favorisé l’expansion des communautés juives locales.

« Si elle n’affecte pas directement la croissance des communautés, elle aide certainement à générer un climat plus positif pour le judaïsme et à renforcer les collectivités », explique David Hatchwell, président de la communauté juive de Madrid.

« Lorsque des municipalités rurales qui ne comptent pratiquement pas de Juifs célèbrent Hanoukka et Souccot dans des festivals, cela encourage les Juifs de célébrer leurs traditions plus fièrement que jamais. »

Les initiatives visant à valoriser le patrimoine séfarade espagnol attirent également les Anusim, les descendants de Juifs forcés à se convertir au christianisme pendant l’Inquisition.

Si seulement quelques-uns se sont convertis, beaucoup assistent à des événements autour de thèmes juifs dans les campagnes espagnoles et portugaises. Les festivals ruraux facilitent pour les petites communautés juives comme Rota l’accès aux ressources municipales.

La municipalité de Rota, par exemple, permet à Bet Januka d’utiliser un centre communautaire au centre-ville.

Tous les processus de régénération de la vie juive en Espagne étaient réunis lors d’une cérémonie de Havdala au centre.

« Cette cérémonie n’aurait probablement pas été possible il y a 15 ans », observe José Manuel Fernandez, un agent de police à la retraite qui s’est converti au judaïsme avec sa femme après avoir appris qu’il était descendant d’Anusim.

« Les Argentins n’étaient pas encore là, dit-il, et je ne suis pas sûr que la municipalité aurait autorisé notre présence. »