LONDRES – Peut-on, en tant que Juif facilement identifiable, déambuler dans les rues de Londres en 2015 ? Un nouveau rapport publié jeudi semble indiquer que certains Juifs britanniques peuvent légitimement considérer ôter leurs kippas ou leurs pendentifs chai avant de sortir de chez eux.

 

Les chiffres de l’antisémitisme en Grande-Bretagne sont en hausse de 53 % pour les six premiers mois de l’année 2015. Mais le Community Security Trust (CST), qui a rassemblé les statistiques, explique cette hausse par une augmentation des signalements d’incidents, plutôt que par une augmentation réelle de l’antisémitisme au Royaume-Uni.

 

Entre janvier et juin 2015, la CST a enregistré 473 incidents antisémites au Royaume-Uni, soit une hausse de 53 % par rapport à la même période en 2014.

Dans l’année civile complète de 2014, qui comprend la période compliquée de la guerre menée par Israël à Gaza, la CST a enregistré 1 174 incidents antisémites, c’est-à-dire le total annuel le plus élevé jamais enregistré par l’organisation.

 

Cependant, en plus des 473 incidents du premier semestre de 2015, 333 incidents potentiels ont été signalés au CST qui, après enquête, ne seraient pas antisémites.

Les incidents rejetés comprennent des rondes possiblement hostiles ou des comportements suspects à proximité de lieux juifs ; des attaques non antisémites mais touchant à des propriétés ou des personnes juives ; ou des activités anti-Israël qui ne comportaient pas de langage, image ou cible antisémite.

Le CST dit que l’augmentation des incidents antisémites concerne surtout les trois premiers mois de l’année, dans le sillage des attentats à Paris et Copenhague.

« Quand il y a un événement déclencheur, l’augmentation des incidents antisémites se produit habituellement ce jour-là, et les deux jours suivants, puis cela va à la baisse. Cela n’a pas été le cas avec Paris et Copenhague toutefois, car nous avons vu une augmentation qui a duré environ une semaine et demi après ces événements.

 

Et normalement, quand il y a un événement déclencheur – tel que la bande de Gaza, par exemple – l’incident antisémite, qu’il soit physique, verbal ou des tags – contiendra une référence à cet incident.

Encore une fois, les incidents en janvier et février ne se réfèrent pas à ce qui est arrivé à Paris et Copenhague » décrit au Times of Israel le directeur adjoint du CST Mark Gardner.

 

Et normalement, quand il y a un événement déclencheur – tel que la bande de Gaza, par exemple – l’incident antisémite, qu’il soit physique, verbal ou des tags – contiendra une référence à cet incident

Gardner a déclaré que l’évaluation du CST était liée à « l’anxiété partagée » après les attaques françaises et danoises, qui ont conduit à une augmentation des plaintes.

Les incidents vont de ceux classés comme « violence extrême » – deux événements distincts – à 88 incidents antisémites qui ont eu lieu sur les médias sociaux, comprenant 19 % du total de 473 incidents. « La violence et la violence extrême » représentaient 9 % du total global.

Le CST classe les incidents antisémites en six catégories : violence extrême ; les attaques ; dommages à la propriété et la profanation juive ; menaces ; comportement abusif ; et les écrits antisémites.

On compte 35 cas de dommages et profanation envers des biens enregistrés par la CST dans les six premiers mois de 2015, soit une augmentation de 30 % par rapport à la même période de l’année dernière. Ces 35 incidents constituent le plus haut total pour cette période depuis 2011.

 

Les menaces et les comportements abusifs représentaient 389 incidents distincts

Les menaces et les comportements abusifs représentaient 389 incidents distincts entre janvier et juin 2015, y compris la violence directe, les agressions verbales, les graffitis antisémites, les menaces sur les médias sociaux et les courriers haineux. Cinq autres incidents sont liés à la production de masse ou à des courriels de masse d’écrits antisémites.

178 incidents antisémites ont été signalés au CST dans les six premiers mois de 2015 dans lequel les victimes étaient des personnes juives dans l’espace public.

Dans au moins 66 de ces incidents, les victimes étaient ostensiblement juives, en raison de vêtements religieux ou traditionnels, des uniformes scolaires juifs, ou des bijoux portant des symboles religieux.

206 incidents antisémites dans toutes les catégories impliquaient de la violence verbale. Dans 74 incidents, il s’agissait d’une attaque verbale ou visuelle depuis une voiture.

Un juif ultra-orthodoxe, dans le quartier de Stamford Hill, dans le nord de Londres. (Crédit : AFP/Niklas Halle’n)

Un juif ultra-orthodoxe, dans le quartier de Stamford Hill, dans le nord de Londres. (Crédit : AFP/Niklas Halle’n)

Vingt incidents antisémites ont été enregistrés dans les écoles juives, comparativement à huit pour la même période en 2014. 14 autres incidents impliquaient des élèves ou du personnel juif sur leur chemin vers ou à partir de l’école (10 au cours de la même période en 2014), tandis que 10 incidents visaient des écoliers juifs ou du personnel dans les écoles non-confessionnelles (13 dans la première moitié de l’année 2014).

On recense aussi 11 incidents antisémites touchant les élèves juifs, les universitaires, les syndicats d’étudiants ou d’autres organismes d’étudiants, comparativement à neuf au premier semestre de 2014.

Neuf de ces onze incidents antisémites ont eu lieu sur le campus, l’un dans le cadre d’activités politiques étudiantes.

On compte également une profanation antisémite d’un cimetière juif dans la première moitié de 2015, comparativement à cinq dans la première moitié de 2014, et quatre cas de sites juifs piratés dans des circonstances qui impliquaient la preuve de l’antisémitisme (pas de tel incident enregistré dans la première moitié de l’année 2014).

Soixante et un pour cent des victimes de l’antisémitisme étaient de sexe masculin ; 30% étaient des femmes et dans 23 incidents (neuf pour cent), les victimes étaient des groupes mixtes.

 

Un peu plus de trois quarts des incidents ont eu lieu dans le Grand Londres ou à Manchester

Sur les 473 incidents antisémites signalés au CST au cours des six premiers mois de 2015, le ou les auteurs ont utilisé une forme de discours politique dans 170 incidents, soit 36 % du total.

Parmi ceux-ci, il y avait 122 incidents au cours desquels le discours d’extrême-droite a été utilisé ; 32 cas dans lequel a été fait référence à Israël, au sionisme ou au Moyen-Orient ; et 16 cas pour lequel le discours islamiste a été utilisé. Dans 15 incidents, plus d’un type de discours a été utilisé.

Un peu plus de trois quarts des incidents ont eu lieu dans le Grand Londres ou à Manchester. D’autres ont eu lieu ailleurs en Grande-Bretagne et au moins un a eu lieu dans un train et a été pris en charge par la police des transports britannique.

Les incidents ont été signalés au CST par la police, en vertu de programmes d’échange de données sur les incidents à Londres et à Manchester, pour lequel le CST et la police partagent les rapports d’incidents antisémites.

Ceux-ci sont entièrement anonymes, conformément aux exigences de protection des données, afin que les deux organismes possèdent une image aussi complète que possible du nombre et du type d’incidents signalés. Tous les incidents signalés à la fois au CST et à la police ont été exclus de ce processus, pour s’assurer qu’il n’y a pas de « double comptage » des incidents.

En réponse au rapport, la Ministre britannique de l’Intérieur Theresa May a assuré : « L’antisémitisme n’a pas sa place en Grande-Bretagne, et nous devons faire tout notre possible pour l’éradiquer partout où il se trouve ».

La Ministre des Communautés, la baronne Williams de Trafford a également publié une réponse, en déclarant : « Même si chaque incident antisémite est un incident de trop, il est positif que les membres de la communauté juive se sentent maintenant plus en mesure de dénoncer ces crimes pernicieux, car ils savent que leur gouvernement entend leur voix et agit de manière décisive pour les protéger ».

Mais, cette année, les attaques du supermarché casher de Paris et de la synagogue de Copenhague ont été dans les esprits de tous les juifs Britanniques.

« Les attaques terroristes contre les Juifs d’Europe du début d’année, après les niveaux élevés de l’antisémitisme en 2014, ont constitué une expérience difficile et troublante pour notre communauté juive » a déclaré David Delew, le directeur exécutif de CST.

« Nous nous félicitons de l’augmentation apparente des dépôts de plainte contre les incidents antisémites, mais regrettons l’inquiétude et l’anxiété à propos de l’antisémitisme que cela reflète. Nous allons continuer à collaborer avec la police, le gouvernement et d’autres partenaires pour réduire l’antisémitisme et pour protéger notre communauté juive », a poursuivi Delew.