Il y a quelques années, chaque fois qu’il s’envolait de son Israël natal pour retourner aux Pays-Bas, Serge Lypcyz s’encombrait d’une lourde charge de livres en hébreu.

Lypcyz et ses amis israéliens installés à Amsterdam étaient très attachés à ces expéditions. Pas seulement pour pouvoir lire dans leur langue maternelle mais aussi pour se sentir connectés à l’endroit qui les a vus naître.

« Contrairement aux Juifs hollandais, nous sommes des Israéliens de la vieille génération qui fréquentons très peu la synagogue locale », affirme Lypcyz, qui a déménagé en Hollande dans les années 1990.

« Nous n’avons pas grandi ensemble dans un mouvement de jeunesse. Nous nous sommes tous rencontrés ici par hasard, donc nous avions besoin des livres pour créer notre lien social ».

Heureusement pour Lypcyz, ces jours sont révolus depuis longtemps. Aujourd’hui, il peut jeter un oeil à Facebook pour échanger des livres sur Shookbook, une foire du livre en hébreu lancée en 2003.

Il peut profiter de films en hébreu – et acheter leurs versions en DVD – pendant le festival FilmIsrael d’Amsterdam, qui est né en 2008. Et depuis septembre, il peut s’informer sur le site web en hébreu Dutchtown.nl, qui a été lancé par Mokum Ivri, une organisation à but non lucratif destinée aux Israéliens locaux qui a été fondée en 2011.

Au cours des six derniers mois seulement, des activistes israéliens en Europe ont lancé AGIV, un groupe de lobbying et de plaidoyer basé en Grande-Bretagne ; Good Deeds Day, une organisation caritative israélienne fondée en Hollande ; et une conférence à Londres qui a été la première en son genre : le Sommet mondial israélien leadership, qui, en mars a réuni des militants israéliens du monde entier.

De telles initiatives se sont agrégées à plusieurs autres lancées ces dernières années dans le but de construire une communauté pour les Israéliens d’Europe. Le club social Israeli Salon existe en Angleterre depuis 2011.

En Allemagne, la première publication de langue hébraïque à destination des Israéliens, Spitz Magazine, a été lancée en 2010. Et en 2011, les Israéliens néerlandais ont initié un mouvement scout hébraïque, sur le modèle du très populaire mouvement Tzofim qui existe en Israël. L’initiative remporte un grand succès chez les parents israéliens.

Une foire aux livres en hébreu pour Israéliens aux Pays-Bas (Courtesy of Tsavta/JTA)

Une foire aux livres en hébreu pour Israéliens aux Pays-Bas (Courtesy of Tsavta/JTA)

« Ils sont venus [en Europe] quand ils étaient jeunes, ont eu des enfants puis ont travaillé pour se bâtir une carrière » explique Yisroel Pupko, le fondateur de Mishelanu, une organisation à but non lucratif basée en Israël qui soutient les communautés d’expatriés israéliens.

« Ils n’avaient pas le temps pour l’activisme communautaire. Désormais, leurs enfants ont grandi, et beaucoup ont réussi, financièrement parlant. Ils ont ainsi plus de temps pour se construire leur propre communauté ».

Selon Pupko, les Israéliens d’Europe restent à la traîne de leurs homologues en Amérique du Nord dans le domaine communautaire. Aux États-Unis, où le recensement américain compte 100 000 Américains nés en Israël, le Conseil israélien américain a recueilli des millions de dollars depuis sa création en 2007 en tant que groupe de coordination national.

Le conseil, qui vise à intégrer les Israéliens dans une communauté juive américaine plus large, possède désormais des antennes à New York, New Jersey, Los Angeles, Miami, Boston et dans le Nevada. En novembre dernier, le conseil a attiré 750 participants de 23 États pour sa première conférence nationale.

Mishelanu, qui a été fondée en 2011, et le Congrès juif israélien font partie des différents groupes bâtis au cours des dernières années pour aider les communautés en Europe, mais pas seulement, à suivre l’exemple nord-américain.

Et les communautés juives européennes y ont tout intérêt, selon Anat Koren, qui édite le journal de langue hébraïque de Londres et a fondé le groupe AGIV londonien.

« La communauté juive en Grande-Bretagne, qui compte 250 000 personnes, est en baisse en raison de l’assimilation et de l’émigration » détaille Koren, qui sert également de liaison entre la communauté israélienne et le Conseil des députés des Juifs britanniques.

« Mais en même temps, le contingent israélien augmente ou reste stable. Pour les Juifs britanniques, les Israéliens constituent une réserve de qualité pour reconstituer les rangs ».

‘Pour les Juifs britanniques, les Israéliens constituent une réserve de qualité pour reconstituer les rangs’

Edwin Shuker, vice-président de la division internationale de la commission, confirme le fait que le déclin numérique est une incitation à construire des ponts entre les Israéliens et les Juifs britanniques, mais il insiste sur l’idée que ce sont la solidarité et le patrimoine commun qui constituent l’idée principale du processus.

Les Israéliens en Europe ont été au centre d’une controverse l’an dernier après qu’un expatrié à Berlin a relevé qu’un produit laitier semblable à un dessert populaire israélien était vendu en Allemagne pour une fraction du prix israélien.

Ce qui a attiré l’attention sur le grand nombre d’Israéliens vivant à l’étranger : une question délicate dans un pays construit sur le rassemblement des exilés au sein d’un Etat juif.

Mais pour Koren, l’épisode de Berlin n’est pas vraiment représentatif de la réalité des expatriés israéliens dans les autres pays d’Europe.

« La communauté de Berlin est un cas unique à plusieurs niveaux, » relève Koren en notant que la capitale allemande figure parmi les villes d’Europe les moins chères. « Personne ne vient à Londres, où la vie est plus chère qu’en Israël, pour augmenter son pouvoir d’achat ».

« Personne ne vient à Londres, où la vie est plus chère qu’en Israël, pour augmenter son pouvoir d’achat »

À Amsterdam, où les Israéliens constituent 24 % de la population juive du pays, selon les estimations de la communauté, l’organisme de bienfaisance juif local JMW a établi un petit département israélien, Tzavta, qui organise des activités avec un budget annuel d’environ 25 000 dollars. Le mois dernier, pour la première fois, le groupe a recruté des dizaines d’Israéliens pour faire du bénévolat dans une maison de retraite juive.

« Les communautés israéliennes ne se fondront jamais dans les communautés juives existantes parce que les différences culturelles sont trop profondes, » affirme Tzippy Harmsen-Seffy, qui dirige Tsavta. « Mais en raison de circonstances, ces deux communautés collaborent entre elles plus étroitement que jamais ».