Regarder à travers les vitres d’un appartement poussiéreux n’est pas un passe-temps rare dans ce 8ème arrondissement entaché par le crime de Budapest, avec ses nombreux toxicomanes et les alcooliques en quête de leur prochaine dose.

Mais dans sa visite voyeuriste du quartier au début du moins, Adam Schoenberger ne cherchait pas à voler.

Schoenberger, ce militant qui a récemment décidé de déménager le QG de son organisation juive dans le quartier pour économiser sur le loyer, était en quête de petites synagogues, en dépit du nombre miséreux des habitants juifs.

Il repère enfin une étoile de David accrochée au mur d’un appartement au rez-de-chaussée de la rue Nagyfuvaros. Au coin, il déniche une autre petite synagogue derrière une lourde porte métallique verrouillée.

Les synagogues sont entretenues par Mazsihisz, le groupe de coordination des communautés juives hongroises, qui gère des centaines de biens immobiliers peu usités à travers la Hongrie. La synagogue de la rue Nagyfuvaros sert de congrégation à moins de 20 personnes. Celle à proximité, sur Teleki Ter, ouvre normalement le Shabbat, mais pas toujours avec le quorum de prière nécessaire de 10 hommes juifs [minyan].

« Une partie de l’argent réservé à ces synagogues désuètes et à d’autres patrimoines immobiliers serait beaucoup plus utile s’il était consacré à la vie juive, qui n’a pas les fonds nécessaires pour se développer », observe Schoenberger.

Pour Schoenberger, l’aide apportée par la communauté à ces synagogues – sans parler des quelque 1 300 cimetières à travers le pays – reflète les priorités malavisées du leadership juif hongrois, qui conserve ces bâtisses, tandis qu’il fournit peu de soutien à la jeunesse juive dynamique du pays.

Schoenberger est le fondateur de Marom. Ses 13 employés et son réseau de 100 bénévoles travaillent au bar et au centre culturel de Budapest Siraly. Ils organisent un festival annuel juif et sensibilisent la population sur la minorité rom en difficulté en Hongrie. Pourtant, ils ne reçoivent pas de financement de la communauté juive locale. Marom et d’autres groupes comptent sur les dons de l’étranger pour survivre.

Le président de Mazsihisz, Andras Heisler, a refusé de répondre aux questions du JTA sur les priorités de financement de l’organisation. Mais Rabbi Zoltan Radnoti, de la congrégation Bet Shalom à Budapest et employé de Mazsihisz, affirme que le groupe ne soutient pas Marom car il n’exclut pas les non-Juifs de son programme.

Selon Radnoti, Mazsihisz doit se consacrer aux Juifs.

« Mazsihisz ne peut vérifier un personne à B’nai B’rith ou à Siraly est juive », dit-il. « Il y a des non-Juifs qui entrent chez les Juifs parce qu’ils s’amusent, et c’est très bien. Mais Mazsihisz ne veut allouer de l’argent pour ces activités. »

Depuis la chute du communisme, les Juifs hongrois peinent à gérer des centaines de biens confisqués pendant l’Holocauste, restitués après la chute du régime.

Selon un rapport de 2010 du département de recherche de la Knesset, le gouvernement hongrois a légué à Mazsihisz au moins 100 propriétés après le vote d’une loi de 1991 sur la restitution communale.

Une importante personnalité communale affirme au JTA que l’entretien et les taxes sur les propriétés restituées s’élèvent à quelques centaines de milliers de dollars par an. Mazsihisz n’a pas confirmé ce chiffre.

La Hongrie n’est pas le seul pays post-communiste abritant une population juive relativement pauvre, qui se retrouve à devoir gérer de vastes biens hérités d’une époque où la communauté était beaucoup plus grande. Mais contrairement à la Slovaquie, la Roumanie et d’autres anciens pays communistes qui comptent moins de 10 000 Juifs, la Hongrie elle en renferme 100 000 – c’est la plus grande communauté en Europe centrale – et sa jeune génération exige des investissements plus importants dans des activités qui répondent à ses besoins.

Marom, qui est sur ​​le point de rouvrir Siraly après sa fermeture par la ville l’année dernière parce qu’il opérait sur ​​un squat illégal, est l’un des représentants majeurs de la jeunesse juive de Budapest. Egalement opérationnels dans la capitale, l’Institut culturel israélien, qui favorise l’échange culturel entre Israël et la Hongrie ; la Fondation Haver, une plate-forme informelle d’éducation juive ; et minyanim, qui organise des visites de Budapest, des manifestations culturelles et des conférences pour la jeunesse juive.

Aucun ne reçoit de fonds de Mazsihisz. La réouverture de Siraly a été rendue possible grâce à une subvention de Fédérations juives d’Amérique du Nord à hauteur de 75 000 dollars.

Pendant ce temps, la division de jeunesse de Mazsihisz est largement inactive, selon plusieurs sources. Son ancien directeur, Mate Feldmajer, a dû démissionner l’année dernière après avoir déclaré que les homosexuels n’étaient pas les bienvenus au conseil de Mazsihisz, suscitant des réactions furieuses de plusieurs organisations juives.

Mais Mazsihisz gère de grandes synagogues dans des villes comme Vac et Gyongyos, où très peu de Juifs vivent et où les fidèles rassemblent rarement le minyan [quorum de prière].

« Il est important de montrer une présence dans ces lieux, qui sont une partie de notre identité », déclare Radnoti.

Buchler compte parmi les nombreux jeunes militants juifs hongrois qui prônent un plus grand investissement dans les besoins des jeunes Juifs ainsi que l’ouverture aux non-Juifs, même s’il reconnaît la sensibilité du dilemme.

« Mes propres grands-parents sont enterrés dans des cimetières gérés par Mazsihisz », précise Buchler. « Nos sites patrimoniaux font partie de notre histoire. Et si Mazsihisz ne prend pas soin de nos patrimoines, alors personne ne le fera ».