A l’approche de la visite historique de la ministre australienne des Affaires étrangères en Iran, plusieurs organisations juives et sionistes locales ont déclaré espérer qu’elle va profiter du voyage pour clarifier l’opposition de l’Occident concernant le soutien du régime au terrorisme et à sa rhétorique antisémite.

Néanmoins, malgré le scepticisme quasi-unanime sur l’accord nucléaire provisoire que les six puissances occidentales ont conclu avec la République islamique – un accord dont Israël affirme qu’il compromet son existence et légitime un régime meurtrier – les groupes pro-israéliens d’Australie n’ont pas bruyamment protesté contre la visite d’avant-garde de Julie Bishop.

Bishop – une fervente amie d’Israël – se rendra samedi à Téhéran, faisant d’elle la deuxième haut fonctionnaire occidentale visitant la République islamique ces dernières années, et la première d’un ministre australien depuis plus d’une décennie.

Lors du voyage, la ministre des Affaires etrangères discutera de l’accord sur le nucléaire, des efforts communs pour vaincre le groupe terroriste Etat islamique, et les questions bilatérales telles que le retour des Iraniens qui demandent l’asile en Australie.

Bishop a « un certain nombre de questions bilatérales et multilatérales à aborder avec le gouvernement iranien », a déclaré jeudi au Times of Israel Dave Sharma, l’ambassadeur d’Australie à Tel Aviv. « Concernant la question nucléaire, l’Australie continuera d’être la nation leader en termes de sanctions tant que l’Iran viole les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies. »

Certains observateurs craignent que la valeur symbolique de la visite soit un signal de bienvenue prématuré du retour du régime dans la famille des nations, mais ni le gouvernement israélien ni les organisations pro-israéliennes en Australie n’ont protesté publiquement contre la décision de Bishop.

« J’ai hâte de visiter l’Iran le 18 avril pour discuter de la question nucléaire et d’autres questions bilatérales et régionales importantes avec le ministre des Affaires étrangères [Javad] Zarif et d’autres dirigeants iraniens », a déclaré Bishop dans un communiqué il y a quelques jours.

Elle a salué l’accord-cadre que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et l’Allemagne ont conclu avec l’Iran à Lausanne, en le qualifiant « d’étape importante vers un accord final, qui répondra aux préoccupations internationales sur le programme nucléaire de l’Iran ».

Le président de la Fédération sioniste de l’Australie, Danny Lamm, est ouvertement un critique acerbe de l’accord : « N’oublions pas que l’Iran parraine encore la terreur, non seulement en aidant financièrement le Hamas … mais en fournissant un soutien logistique au Hezbollah au Liban et au régime d’Assad en Syrie », a-t-il dit la semaine dernière, selon le Australian Jewish News.

Et pourtant, il ne semblait pas perturbé par la visite de l’évêque à Téhéran.

« Julie Bishop a toujours été et reste un fervente partisan de l’Etat d’Israël. Je n’ai aucun doute que dans toutes les questions qu’elle abordera lors de son voyage en Iran elle prendra en considération Israël et son peuple », a déclaré Lamm au Times of Israel.

Le président du Conseil exécutif de la communauté juive australienne, Robert M. Goot, était lui aussi mécontent de l’accord avec l’Iran, affirmant dans un communiqué la semaine dernière que « les préoccupations légitimes » de Jérusalem doivent être prises au sérieux, « d’autant plus que le régime iranien continue ses appels à l’élimination d’Israël et sa rhétorique grossièrement antisémite ».

Goot a déclaré jeudi au Times of Israel qu’il espère que Bishop profitera de son voyage à Téhéran « pour exprimer l’opposition de l’Australie au terrorisme parrainé par l’Iran, aux fréquents appels du régime pour l’élimination d’Israël, son utilisation grotesque de forums publics pour se moquer et nier l’Holocauste et les choquantes violations des droits de l’homme qu’il commet ».

Le Australia/Israel and Jewish Affairs Council, qui était également très critique sur l’accord nucléaire, a déclaré que, connaissant les « opinions de principe » de Bishop, le groupe espère qu’elle exprimera à Téhéran « sa désapprobation dans les termes les plus forts possible de la poursuite des appels des dirigeants iraniens pour la destruction d’Israël, leur promotion du terrorisme et leur propagation de l’antisémitisme fanatique ».

Dans un communiqué, l’organisation demande à la ministre des Affaires étrangères de « souligner l’importance que la direction iranienne reconnaisse le droit d’Israël à exister dans le cadre de tout accord final ».

Il est également impératif, poursuit le communiqué, que Bishop dise à ses hôtes iraniens que « l’Occident veut et est capable de défendre ses valeurs et ses intérêts, et que l’armement nucléaire ne l’Iran n’est acceptable en aucune circonstance ».

Bishop comprend bien que les implications de ambitions nucléaires de Téhéran « sont d’une telle portée, et les conséquences d’un accord mauvais et inefficace si désastreuses – relançant l’économie et la force d’un régime radical islamiste et le rendant encore plus menaçant pour ses voisins derrière son bouclier nucléaire – qu’il est crucial pour notre propre intérêt national que tout accord prive Téhéran de toute voie vers une capacité ou une bombe atomique », conclut le communiqué.

Michael Danby, un député juif au Parlement australien, a déclaré que Bishop doit demander à ses hôtes iraniens le sens de leurs menaces persistantes pour éliminer Israël.

Vers la fin du mois de mars, un général iranien avait déclaré que l’éradication de Israël était « non négociable », a rappelé Danby. « Ce sont ces menaces persistantes pour détruire un Etat souverain de huit millions de personnes qui sapent la confiance de l’opinion publique en Occident- y compris en Australie – que le programme nucléaire de l’Iran a une intention pacifique ».

Le ministère israélien des Affaires étrangères et le bureau du Premier ministre sont mécontents de la visite prévue de Bishop à Téhéran. Mais les responsables refusent de le dire ouvertement, car ils ne veulent pas mettre en péril les bonnes relations avec Canberra. Plutôt que de contrarier publiquement Canberra, Jérusalem exprimera sa désapprobation par la voie diplomatique, a déclaré au Times of Israel un haut fonctionnaire.

Bishop est connue pour ses prises de positions soutenant la politique israélienne actuelle ; en janvier 2014, elle avait fait les manchettes quand elle avait déclaré au Times of Israel que les implantations juives de Cisjordanie ne devraient pas être qualifiées d’illégales.

Certains Australiens condidèrent le prochain voyage en Iran de Bishop comme « extrêmement important ». Pour un expert du Moyen-Orient, Canberra cherche à tirer parti des énormes possibilités économiques qu’une détente avec l’Iran pourrait offrir.

« S’il y a un accord global [sur le nucléaire], l’Iran va s’ouvrir, et il va être un grand marché pour l’Australie et une énorme source de revenus pour notre pays, y compris par la participation par d’entreprises australiennes dans un grand nombre de projets » a estimé en février Amin Saikal, le directeur du Centre d’études arabes et islamiques et professeur de sciences politiques à l’Australian National University, quand le voyage de Bishop a été rendu public.

Mais la visite de la ministre n’est pas du tout axée sur le rétablissement des liens commerciaux, avait déclaré à l’époque au Times of Israel un haut fonctionnaire australien.

« Nous n’essayons pas d’être les premiers devant la porte, ce n’est pas la façon dont nous faisons des affaires. Si les Iraniens rentrent au bercail, bien sûr, nous aimerions reprendre des relations commerciales normales, comme tout autre pays. Mais ce n’est pas l’objet du voyage. Ce n’est pas notre priorité en ce moment ».

En revanche, le but principal du voyage est de discuter des personnes s’introduisant chez nous clandestinnement, a dit l’officiel. « L’Iran est l’un des plus grands pays d’origine des personnes qui tentent de nous rejoindre par bateau. Nous avons peu de coopération avec les autorités iraniennes pour y mettre fin et permettre leur retour ».

Bishop a déclaré cette semaine qu’elle prévoyait de discuter avec son homologue iranien du retour possible des citoyens iraniens dont les demandes d’asile ont été rejetées.

Environ 30 % des demandeurs d’asile illégaux en Australie viennent d’Iran mais jusqu’ici, Téhéran a refusé d’accepter le retour de ses ressortissants qui rêvent d’une nouvelle vie au pays des kangourous.

« C’est une conversation que j’ai avec le ministre des Affaires étrangères Zarif depuis quelque temps. Une des raisons pour lesquelles je me rends en Iran est pour faire progresser ce dossier », a-t-elle dit, selon un journal australien.

Bishop a aussi l’intention de discuter des points de vue de l’Iran sur l’État islamique. Des centaines de citoyens australiens ont rejoint le groupe terroriste en Irak et en Syrie, et l’armée australienne est impliquée dans la coalition internationale pour le combattre.

L’Australie et l’Iran partagent « un objectif commun » dans le renforcement des forces irakiennes confrontées à l’État islamique, a déclaré Bishop mardi.

« L’Iran est profondément impliqué dans … la lutte contre l’EI, c’est donc une occasion de discuter de nos intérêts communs dans la lutte contre cette forme de terrorisme particulièrement violente et brutale ».

Contrairement à d’autres pays occidentaux tels que les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, l’Australie n’a jamais coupé ses liens diplomatiques avec l’Iran, « parce que nous avons toujours cru à l’importance de garder les canaux de dialogue ouverts » a ajouté le responsable.