Les Juifs de Croatie vont boycotter pour la deuxième année consécutive une commémoration au camp de Jasenovac, l' »Auschwitz croate », déplorant la passivité des autorités face à un regain de l’idéologie oustachie pro-nazie dans le pays.

« Nous n’assisterons pas » à la commémoration officielle organisée par l’Etat le 22 avril, a déclaré vendredi Ognjen Kraus, président de la Coordination des municipalités juives de Croatie, à la télévision N1.

« Rien n’a été fait depuis un an. La relativisation (des crimes) des Oustachis et de leurs symboles se poursuit », a-t-il expliqué.

Les Juifs de Croatie représentent moins de 1 % des 4,2 millions d’habitants du pays. L’an passé, la minorité serbe s’était associée à ce boycott.

« Nous ne pouvons pas et nous n’allons pas admettre une telle politique et une telle relativisation (des crimes) de l’Etat indépendant croate (NDH) », a déclaré M. Kraus.

Mis en place par les nazis, cet « Etat » dirigé par Ante Pavelic, a gouverné le pays durant la Deuxième guerre mondiale. Des centaines de milliers de Roms, de Serbes, de Juifs et des Croates anti-fascistes ont été exterminés par ce régime, dont environ 75 % des quelque 40 000 Juifs de Croatie.

En novembre, à Jasenovac, une plaque commémorative frappée d’un slogan du régime oustachi (« Za Dom Spremni », « Prêts pour la patrie »), avait été dévoilée par des vétérans d’une formation paramilitaire (HOS) à la mémoire de onze des leurs tués pendant le conflit d’indépendance de la Croatie (1991-95). Une initiative vécue comme une provocation par les associations de victimes.

Les représentants de la communauté serbe de Croatie ont pour leur part dit qu’ils allaient assister à la commémoration de Jasenovac seulement si ce slogan était effacé.

Au pouvoir depuis octobre, le Premier ministre conservateur Andrej Plenkovic s’est engagé à instaurer une « atmosphère de tolérance ».

Mais fin février, des dizaines de militants d’un parti d’extrême droite ont défilé dans le centre de Zagreb, entonnant le « Za dom spremni ».

En janvier, le directeur d’un lycée croate à Sibenik (sud) a refusé d’accueillir dans son établissement une exposition sur Anne Frank au motif qu’elle présentait les Oustachis comme des « criminels ».