Le Conseil central des juifs d’Allemagne a réagi « avec une grande tristesse » à l’attentat de lundi, mais a mis en garde de ne pas laisser le terrorisme gâcher l’esprit des fêtes de fin d’année.

« Nous sommes profondément choqués. Particulièrement dans la période qui précède Noël, quand notre société se concentre sur des valeurs comme la charité, la bonté et la paix, notre pays a été une nouvelle fois frappé par cette attaque écœurante », a déclaré dans un communiqué le président du groupe, Josef Schuster.

« Nos pensées sont avec les victimes, leurs proches et leurs amis. Nous leur souhaitons un prompt rétablissement. »

Parallèlement, a déclaré Schuster, « nos pensées et nos actes ne doivent pas être dépassés par la peur et la terreur. » Dans quelques jours, les fêtes de Noël et de Hanoukka commenceront, a souligné Schuster. « Que le message de ces deux fêtes nous donne de la force dans ces moments difficiles. »

La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié mardi d’ « attentat terroriste » l’attaque au camion-bélier la veille sur un marché de Noël de Berlin, et indiqué que son auteur était probablement un demandeur d’asile.

« Je sais que cela serait pour nous particulièrement difficile à supporter s’il se confirme que cet acte a été commis par une personne qui a demandé à l’Allemagne protection et asile », a-t-elle déclaré à la presse dans sa première réaction depuis le carnage de la veille qui a fait 12 morts.

La chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse à Berlin après l'attaque au camion bélier contre un marché de Noël de la ville qui a fait au moins 12 morts, le 20 décembre 2016. (Crédit : John MacDougall/AFP)

La chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse à Berlin après l’attaque au camion bélier contre un marché de Noël de la ville qui a fait au moins 12 morts, le 20 décembre 2016. (Crédit : John MacDougall/AFP)

« Ce serait particulièrement odieux pour tous ces Allemands qui sont engagés jour après jour pour aider les réfugiés et pour tous ces gens qui ont besoin de notre protection chaque jour et s’efforcent de s’intégrer », a-t-elle dit.

Merkel, qui s’est dit « horrifiée, choquée et très triste », a ainsi confirmé implicitement que le suspect arrêté la veille peu après les faits était un demandeur d’asile.

La chancelière a promis que la lumière sera « faite sur chaque détail, et que [le crime] sera puni avec toute la fermeté de nos lois ».

Selon le quotidien Bild, le conducteur du camion ayant projeté son véhicule sur la foule sur l’un des marchés de Noël les plus fréquentés de la capitale allemande est un Pakistanais de 23 ans. Il aurait suivi la route des Balkans pour arriver en Allemagne comme demandeur d’asile en février 2016, en provenance du Pakistan ou d’Afghanistan.

Alors que l’enquête a été confiée au parquet anti-terroriste, la police a mené des perquisitions mardi matin dans l’un des grands centres de réfugiés de Berlin, dans l’ancien aéroport de Tempelhof, rapportent plusieurs médias allemands. Le suspect, arrêté lundi soir peu après les faits, pourrait y avoir séjourné.

Angela Merkel a vu immédiatement les critiques au sujet de sa politique d’immigration généreuse redoubler.

Frauke Petry, responsable du parti Alternative für Deutschland, à Aschaffenburg, le 25 janvier 2014. (Crédit : blu-news.org - CC BY-SA 2.0,  via WikiCommons)

Frauke Petry, responsable du parti Alternative für Deutschland, à Aschaffenburg, le 25 janvier 2014. (Crédit : blu-news.org – CC BY-SA 2.0, via WikiCommons)

« Ce sont les morts de Merkel ! », a dénoncé sur son compte Twitter l’un des responsables du parti de droite populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD), Marcus Pretzell. « L’Allemagne n’est plus sûre » face « au terrorisme de l’islamisme radical », a renchéri la figure de proue de l’AfD, Frauke Petry, en mettant en cause la décision de la chancelière d’ouvrir les portes du pays à l’été 2015 à près de 900 000 réfugiés fuyant la guerre et la misère, originaires pour l’essentiel du monde musulman. Environ 300 000 supplémentaires sont arrivés en 2016.

Merkel a par ailleurs indiqué qu’elle se rendrait dans l’après-midi sur les lieux de l’attaque, un marché de Noël au pied de l’un des monuments les plus célèbres de Berlin.

Tué par balle

Un bilan provisoire du drame de lundi soir fait état d’au moins « 12 morts » et 48 personnes hospitalisées, dont certaines dans un état grave.

Aucune indication n’a été donnée sur l’identité des victimes. L’une d’elles, retrouvée dans la cabine du camion, est un ressortissant polonais « tué par balle », peut-être le chauffeur en titre du véhicule à qui il a été volé, selon un porte-parole du ministère régional de l’Intérieur.

Le camion qui a foncé dans le marché de Noël de Berlin, tuant au moins 12 personnes, le 19 décembre 2016. (Crédit : Tobias Schwarz/AFP)

Le camion qui a foncé dans le marché de Noël de Berlin, tuant au moins 12 personnes, le 19 décembre 2016. (Crédit : Tobias Schwarz/AFP)

Mardi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué qu’un des blessés était Israélien et que son épouse était portée disparue.

Les drapeaux des bâtiments publics ont été mis en berne et une cérémonie du souvenir doit se tenir à 11h00 à la cathédrale Saint-Hedwige, dans le centre de la ville.

« J’ai juste vu ce gigantesque camion noir qui a foncé à travers le marché et renversé tellement de gens, puis toutes les lumières se sont éteintes et tout était détruit », a raconté une touriste australienne, Trisha O’Neill.

Il y avait « du sang et des corps partout », y compris d’enfants et de personnes âgées, a-t-elle ajouté.

« On voyait des gens transportés dans des ambulances, encore et encore, et ça semblait ne jamais devoir finir », a confié de son côté une autre touriste, Sabrina Glinz, à la chaîne britannique Sky News.

Le drame s’est déroulé au pied de l’église du Souvenir, monument phare de l’ouest de la capitale allemande au clocher éventré par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Le camion a été évacué mardi matin.

La police bloque une route menant à une scène où un camion a foncé dans un marché de Noël de Berlin, tuant plusieurs personnes et en blessant au moins 50, le 19 décembre 2016. (Crédit : John MacDougall/AFP)

La police bloque une route menant à une scène où un camion a foncé dans un marché de Noël de Berlin, tuant plusieurs personnes et en blessant au moins 50, le 19 décembre 2016. (Crédit : John MacDougall/AFP)

‘Utiliser un gros véhicule’

Les réactions de solidarité se sont multipliées, de la France aux Etats-Unis, alors que l’Europe est régulièrement la cible d’attentats revendiqués par des groupes jihadistes. Le président russe Vladimir Poutine s’est dit « choqué » par la « brutalité et le cynisme » de l’attaque.

Le drame de Berlin rappelle l’attentat de Nice en France en juillet, lorsqu’un Tunisien avait foncé avec son poids lourd sur la Promenade des Anglais sur près de deux kilomètres. Il avait tué 86 personnes et fait plus de 400 blessés, avant d’être abattu par la police. Cet attentat avait été revendiqué par l’organisation Etat islamique (EI).

L’utilisation de véhicules, notamment de camions, pour foncer dans des foules de « mécréants » et faire le plus de victimes possible est préconisée de longue date par les groupes jihadistes.

Dans son web-magazine Inspire, en septembre 2014, le groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) écrivait que « l’idée est d’utiliser un gros véhicule. Vous pouvez prendre un pick-up, le plus gros est le mieux. Pour faire des dégâts maximum, vous devrez rouler le plus vite possible en gardant le contrôle du véhicule pour avoir le maximum d’inertie et pouvoir renverser autant de gens que possible. »

L’Allemagne avait été jusqu’ici épargnée par des attaques jihadistes d’ampleur, mais plusieurs attentats islamistes ont été récemment commis par des personnes isolées.

L’EI a revendiqué en juillet deux attentats séparés qui ont fait plusieurs blessés, l’un à la bombe et l’autre à l’arme blanche, commis par un Syrien de 27 ans et par un demandeur d’asile de 17 ans, probablement afghan.