Un porte-parole de la communauté juive de Barcelone a rejeté vendredi les prédictions tragiques du grand rabbin local, et a promis que les Juifs n’abandonneraient pas la ville après l’attentat meurtrier perpétré par des terroristes islamiques.

« Barcelone est une ville où les Juifs vivent depuis cent ans et dont ils sont fiers. Nous, les Juifs, n’abandonnerons pas notre commune », a déclaré le porte-parole Victor Sorenssen dans un courriel adressé au Times of Israël.

Ce week-end, le grand rabbin de Barcelone Meir Bar-Hen a estimé que la communauté était « condamnée », parce que les autorités espagnoles ne veulent pas affronter l’islam radical.

Sans mentionner le nom de Bar-Hen, Sorenssen a expliqué que les Juifs de Barcelone avaient un passé vibrant et un avenir positif et qu’ils font partie intégrante de Barcelone, ville multiculturelle.

« Depuis 1977, avec l’arrivée de la démocratie, la communauté juive a joué un rôle actif dans le tissu social de Barcelone. La communauté juive participe activement à la vie sociale, culturelle et religieuse de la ville et elle entretient des relations avec les institutions de la municipalité, de la Catalogne et de l’Espagne », a-t-il indiqué, notant que l’année prochaine, la communauté fêtera le centenaire de sa renaissance suite à l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492.

« Au cours de ces centaines d’années, les Juifs du monde entier ont pris une part active dans cette reconstruction », a indiqué Sorenssen, qui dit avoir été mandaté pour s’exprimer au nom de la « commission de crise de la communauté juive » en réponse à l’attentat terroriste. « Nous vivons un renouveau de la culture juive. »

Des gens se recueillent auprès des fleurs, des bougies et autres objets posés sur le boulevard Las Ramblas à Barcelone alors qu'ils rendent hommage aux victimes de l'attentat de Barcelone le 18 août 2017. (Crédit : PASCAL GUYOT/AFP)

Des gens se recueillent auprès des fleurs, des bougies et autres objets posés sur le boulevard Las Ramblas à Barcelone alors qu’ils rendent hommage aux victimes de l’attentat de Barcelone le 18 août 2017. (Crédit : PASCAL GUYOT/AFP)

Sorenssen a ajouté que l’attentat terroriste ne changerait pas l’engagement des Juifs envers la ville.

« Le fléau du terrorisme a vivement secoué notre ville, comme il l’a fait dans d’autres villes européennes. Nous vivons des moments de tristesse, des moments très difficiles. Dans ces instants de détresse, la communauté juive pleure et prie pour les victimes. Et plus encore. Notre communauté a offert son aide aux autorités pour tout ce dont elles pourront avoir besoin, » a-t-il précisé.

« Le terrorisme, avec ses vils mécanismes de peur, ne parviendra pas à nous vaincre. Barcelone n’a pas peur, et ses Juifs sont avec la ville dans ce positionnement. Cette lâche attaque nous rendra plus fort. C’est l’heure de la solidarité et de l’engagement social. Pas des gros titres sensationnalistes », a poursuivi Sorenssen.

Dans une interview publiée vendredi matin, le rabbin soulignait qu’il s’exprimait en son nom propre et non en celui de la communauté. Il a néanmoins vivement recommandé aux membres de sa congrégation de quitter une ville devenue au cours des années un « pôle du terrorisme islamiste de toute l’Europe » avant les attentats de jeudi et vendredi.

« Les Juifs ne seront pas là pour toujours », a ainsi dit Bar-Hen en évoquant la ville et la région. « Je dis aux membres de ma congrégation : ne pensez pas être là pour de bon. Et je les encourage à acheter des biens en Israël. Cet endroit est perdu [pour nous]. Ne répétez pas l’erreur commise par les Juifs algériens ou par les Juifs vénézuéliens. Il vaut mieux partir maintenant plutôt que plus tard. »

Le Grand rabbin de Barcelone Meir Bar Hen. (Capture d'écran : YouTube.com)

Le Grand rabbin de Barcelone Meir Bar Hen. (Capture d’écran : YouTube.com)

Jeudi, le conducteur d’une fourgonnette blanche a lancé son véhicule dans la foule à Las Ramblas, un quartier populaire de Barcelone, alors que la rue était remplie d’habitants et de touristes. Plus de 100 personnes ont été blessées et 14 sont décédées. Le chauffeur de la fourgonnette s’est sauvé à pieds. L’Etat islamique a revendiqué l’attentat.

Quelques heures plus tard, la police a tué lors d’une opération à Cambrils cinq hommes qui auraient été des terroristes sur le point de commettre un attentat.

L'assistance quitte la Plaza de Catalunya après avoir observé une minute de silence pour les victimes de l'attentat de Barcelone le 18 août 2017, vingt-quatre heures après qu'une fourgonnette a foncé dans la foule, faisant 13 morts et blessant plus de 100 personnes dans le quartier Las Ramblas de Barcelone (Crédit :  / AFP PHOTO / LLUIS GENE)

L’assistance quitte la Plaza de Catalunya après avoir observé une minute de silence pour les victimes de l’attentat de Barcelone le 18 août 2017, vingt-quatre heures après qu’une fourgonnette a foncé dans la foule, faisant 13 morts et blessant plus de 100 personnes dans le quartier Las Ramblas de Barcelone (Crédit : / AFP PHOTO / LLUIS GENE)

Une partie du problème exposé par les attentats, a estimé Bar-Hen, c’est la présence d’une communauté musulmane importante avec des « franges radicales ». Une fois que ce type de radicaux « vit parmi vous », a-t-il dit en évoquant les terroristes et leurs partisans, « il est difficile de s’en débarrasser. Ils ne font que se renforcer. » Il a également précisé que ses propos s’appliquaient à toute l’Europe. « L’Europe est perdue », a-t-il dit.

La communauté de Barcelone a repris ses activités vendredi, brièvement interrompues suite à l’attentat terroriste.