A Paris, Berlin, Bruxelles ou Londres, les Juifs mettent des mots sur leur émotion après l’affaire Mehdi Nemmouche.

Perpétrés dans un établissement juif, mettant en cause un jeune Français tombé dans l’islam radical, les assassinats de Bruxelles ont réveillé des souvenirs très vifs, liés à l’affaire Mohamed Merah, en mars 2012 à Toulouse dans le sud-ouest de la France.

La répétition de ces attaques meurtrières aux convergences troublantes a semé l’inquiétude bien au-delà des frontières belges et françaises.

Notamment en Grande-Bretagne, où le Community Security Trust (CST), qui oeuvre à la protection de la communauté juive, ne relève pourtant aucune menace précise contre ses membres.

Mais « chaque fois que quelque chose comme ça se produit, cela confirme vos craintes et les met au premier plan dans votre esprit », explique à l’AFP Mark Gardner, le directeur de la communication du CST.

A Bruxelles, le choc a fait place à l’incompréhension, et plus largement aux interrogations sur la banalisation des actes anti-Juifs du quotidien. « Nous sommes une petite communauté tranquille. Pourquoi nos enfants ne peuvent-ils plus sortir dans la rue avec une kippa sans risquer de se faire agresser ? La parole antisémite s’est libérée », accuse Paul Opoczynski, membre de la communauté juive de Belgique.

Constat proche en Allemagne, où « l’antisémitisme s’exprime plus ouvertement et il est devenu plus agressif depuis quelques années », selon un responsable de la communauté juive de Berlin, Daniel Alter.

« Les lettres antisémites que l’on recevait par le passé ne sont plus, désormais, forcément anonymes. Il y a maintenant parfois le nom et l’adresse des gens… », relève ce rabbin.

Cible récurrente

La France n’est pas en reste, où vit la plus importante communauté juive d’Europe avec quelque 500 000 membres, qui observe avec inquiétude les phénomènes de radicalisation islamiste sur son sol, incarnés par Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche.

Pour le directeur exécutif de la Conférence des rabbins européens, le Français Moché Lewin, « jamais on n’aurait pensé qu’en se rendant dans un musée, en se promenant en touriste au coeur de l’Europe, on pouvait se faire abattre ».

« Je ne pense pas que l’on ait atteint un niveau de psychose, on a tout de même confiance dans les pouvoirs publics. Mais le sentiment global est au ras-le-bol parce que la communauté juive est une cible récurrente », explique pour sa part Gad Ibgui, un chef d’entreprise.

« Les habitudes de vie ont un peu changé. Les parents s’organisent pour surveiller la sortie des écoles (juives), les jeunes pour filtrer l’entrée des synagogues. Mais cette remobilisation-là, en général, n’a qu’un temps », estime ce militant parisien de l’association Avenir du judaïsme.

« Ce qui me dérange le plus, c’est la réaction assez banale de la société civile, poursuit-il, ajoutant: « La communauté juive a le sentiment de se débattre toute seule avec ce problème d’islamisme radical ».

Pour l’écrivain français Marek Halter, « les Juifs savent que l’antisémitisme n’a jamais disparu. Quand tout va bien, il n’y a pas de problème. Mais quand il y a la crise, on cherche un bouc émissaire, et il y a un bouc émissaire permanent: le Juif, sur lequel tout le monde peut se mettre d’accord, les jihadistes d’un côté, l’extrême droite de l’autre ».