Les Juifs sont plus en sécurité en Pologne qu’en Europe occidentale, a expliqué le président polonais Andrzej Duda jeudi lors d’une visite d’état en Israël, même s’il a rejeté toute culpabilité historique de son pays durant l’Holocauste.

S’exprimant lors d’une rencontre organisée par le Conseil Israélien des Affaires étrangères de Jérusalem au dernier jour de sa visite, Duda a déclaré que contrairement à la France ou à d’autres pays de l’Union européenne, les Juifs peuvent circuler librement et ouvertement en portant des habits religieux, selon le journal Haaretz.

“La culture juive est populaire aujourd’hui en Pologne parce qu’elle est empreinte de mémoire collective positive”, a indiqué” Duda, affirmant sa conviction que “les porteurs de Kippa dans toutes les villes polonaises sont bien plus en sécurité aujourd’hui qu’en Europe occidentale – en France, par exemple”.

Toutefois, Duda a nié toute culpabilité collective de son pays dans les atrocités de l’Holocauste, affirmant que les Polonais ont eux aussi souffert sous le régime nazi.

“Ce n’est pas nous qui avons envahi la Pologne en 1939,” a-t-il expliqué, se référant à l’occupation qui a déclenché la Seconde Guerre mondiale en 1939. « Nous n’avons pas participé à l’Holocauste. Nous avions été conquis par les Allemands. Nous n’avions pas de liberté de choix ».

Le président a ajouté que les citoyens polonais ont été eux aussi, tout comme les Juifs, des victimes de l’Holocauste. “Six millions de nos citoyens ont été assassinés, la moitié d’entre eux étaient Juifs”, a-t-il dit.

« Hitler voulait anéantir les Juifs mais il avait également programmé de tuer les Slaves. Aux côtés des Juifs européens, il y avait aussi d’autres gens dans les camps, parmi eux des Polonais, qui ont été assassinés et persécutés ».

Le chercheur en sciences politiques Shlomo Avineri a interrogé Duda sur les Polonais qui ont tenu un rôle actif dans le massacre des Juifs.

Le président a minimisé ce phénomène, affirmant qu’il ne s’agissait que de cas particuliers.

“La réalité historique est ce qu’elle est. Elle n’est pas toujours plaisante ou belle”, a-t-il répondu. « Comme dans toutes les nations, il y a des gens qui ont montré de l’héroïsme et risqué leurs vies pour sauver des Juifs. Il y a eu également des individus méprisables ».

Duda a également défendu une législation qui a été récemment adoptée et qui pénalise l’usage de l’expression “camps de la mort polonais” en référence aux camps d’extermination nazis dans la Pologne occupée. Il a indiqué que le monde ne devait pas évoquer Auschwitz, Treblinka, Majdanek, Belzec, Sobibór ou Chełmno comme étant des camps de concentration polonais.

« Ils n’étaient pas des camps polonais. Ce nom absurde ne fait référence qu’à la géographie », a-t-il expliqué.

« Comment vous sentiriez-vous si une attaque terroriste à Tel Aviv était qualifiée d’attentat israélien ? Comment se sentiraient les Japonais si on se référait à la bombe atomique de Hiroshima sous le terme d’attaque nucléaire japonaise ? Ce serait faire mentir l’Histoire ».

Duda, dont le beau-père, Julian Kornhauser, est un poète juif polonais bien connu, a évoqué 1 000 années de bonnes relations entretenues entre Juifs et Polonais, qui n’ont été interrompues que par l’Holocauste.

Mais, interrogé sur les pogroms et sur les attaques contre les Juifs avant et après l’Holocauste, il a affirmé que l’antisémitisme est un mal qui frappe tous les pays et que lutter contre ce phénomène est une nécessité impérative.

“Est-ce que vous connaissez un pays, à part Israël, où il n’y a pas d’antisémitisme et où il n’y a que des gens raisonnables ?” a-t-il demandé. “De tels pays n’existent pas. Ce qui est important, c’est que chacun de nous puisse résister face à ce fléau”.

“Tous ceux qui soutiennent l’antisémitisme en Pologne aujourd’hui”, a-t-il ajouté, “s’excluent de notre communauté par eux-mêmes ».

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à droite) et le président polonais Andrzej Duda lors d'une conférence de presse à Bethléem, en Cisjordanie, le 18 janvier 2017 (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à droite) et le président polonais Andrzej Duda lors d’une conférence de presse à Bethléem, en Cisjordanie, le 18 janvier 2017 (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Duda a rencontré le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas mercredi à Bethléem.