Les principales organisations juives d’Afrique du Sud ont critiqué mardi le gouvernement israélien pour avoir refusé l’autorisation d’entrée à un ministre d’Afrique du Sud. Les organisations ont affirmé préférer l’interaction et le dialogue.

Cette rare critique est survenue après que le ministre de l’Enseignement supérieur de Prétoria, Blade Nzimande et ses trois assistants se sont vus refuser l’autorisation d’Israël pour rendre visite à leurs homologues palestiniens à Ramallah via la Jordanie.

Faute d’avoir obtenu les documents nécessaires pour passer à travers le passage Allenby, contrôlé par Israël, les fonctionnaires ont été contraints d’annuler leurs plans de voyage.

« Ceci est très regrettable », déplorent le Conseil juif sud-africain des députés et la Fédération sioniste du pays dans une déclaration conjointe, notant leur « préoccupation » face à la décision de Jérusalem.

Les deux organisations ont « longtemps soutenu que l’interaction régulière entre Israël et l’Afrique du Sud et des visites mutuelles des dirigeants politiques, des parlementaires et des représentants du gouvernement, ainsi que des hommes d’affaires, des médias, des touristes et des visites de famille, sont à l’avantage de l’Afrique du Sud et d’Israël et favorisent une plus grande compréhension entre les deux pays », peut-on lire dans la déclaration.

« Nous sommes persuadés que les deux pays devraient encourager une plus grande interaction à tous les niveaux et lever les restrictions à cet égard, dans l’intérêt des relations entre Israël et l’Afrique du Sud et dans l’intérêt plus large de la paix et de la stabilité. »

Malgré l’interdiction israélienne, Nzimande ira « certainement » à Ramallah, mais il ignore encore comment, a déclaré son porte-parole Alex Mashil au Times of Israel lundi.

Pretoria pourrait « prendre des mesures » si l’interdiction n’est pas levée, a-t-il menacé.

« Nous ne permettrons pas à Israël de déterminer à notre place quel ministre du cabinet peut ou ne peut pas visiter la Palestine. Cela mine notre souveraineté et l’autodétermination nationale et nous ne le permettrons pas », a déclaré Mashil.

Nzimande a réagi furieusement au refus d’Israël d’octroyer un visa, le qualifiant de « déclaration d’agression diplomatique sur notre gouvernement » et promettant d’intensifier les efforts à l’échelle nationale de boycotter Israël.

Le chef du Parti communiste d’Afrique du Sud, Nzimande, est connu pour être un critique sévère d’Israël, mais d’autres hauts fonctionnaires sud-africains avec des vues similaires ont reçu des visas ces derniers mois, y compris le maire de Johannesburg Parks Tau et le ministre adjoint Obed Bapela, le chef de la commission des relations internationales de l’ANC.

Dans leur déclaration, les deux organisations juives ont également précisé qu’il était « très regrettable » que l’Afrique du Sud ait récemment « imposé des restrictions sur la libre circulation des fonctionnaires entre ce pays et Israël, et donc sur les possibilités d’engager des consultations et un dialogue régulier dans l’intérêt de la paix et de la stabilité » entre les Israéliens et les Palestiniens.

La déclaration faisait probablement référence à une interview datant de 2013 de la ministre sud-africaine des Relations internationales, Maite Nkoana-Mashabane, dans laquelle elle déclarait que la politique de Pretoria serait dorénavant que les ministres du gouvernement ne se rendent pas en Israël.

« Nos amis palestiniens ne nous ont jamais demandé de nous désengager avec Israël [en réduisant les relations diplomatiques]. Ils nous avaient demandé lors de réunions formelles de ne pas coopérer avec le régime », avait déclaré Nkoana-Mashabane à l’époque. L’Afrique du Sud a « accepté de ralentir et de limiter le contact avec la haute direction de ce régime jusqu’à ce que les choses commencent à aller mieux », avait-elle conclu.

Les commentaires de la ministre avaient fait sensation. Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a accusé Pretoria de « créer une atmosphère de sentiment anti-israélien et d’antisémitisme qui fera du pogrom contre les Juifs dans le pays juste une question de temps ». Le gouvernement sud-africain avait plus tard affirmé qu’il n’avait pas imposé « une interdiction sur les voyages en Israël de ces responsables gouvernementaux ».

« La culture du dialogue et de l’engagement est quelque chose qui est profondément ancrée dans l’histoire récente de la transition démocratique pacifique de l’Afrique du Sud, et nous savons que toute résolution future des problèmes entre les Palestiniens et les Israéliens ne sera efficace et durable que s’il y a un dialogue et une compréhension mutuelle », pouvait-on lire dans le communiqué publié mardi.

« La pratique de décourager les interactions entre les responsables sud-africains et leurs homologues israéliens est contradictoire avec la façon traditionnelle de faire de l’Afrique du Sud dans la résolution des conflits, tant au niveau national que dans sa politique étrangère en général. »

L’année dernière, l’ambassadeur de l’Afrique du Sud à Tel-Aviv, Sisa Ngombane, a déclaré au Times of Israel avoir effectivement exercé une « pression » sur Pretoria pour qu’il envoie des ministres en Israël. « L’Afrique du Sud a toujours eu le point de vue que, parfois, il est préférable de parler aux gens, même les gens avec qui vous n’êtes pas d’accord sur tout… Pour nous, il est important que nous gardions l’engagement et poursuivions les discussions. »

Nzimande, le ministre de l’Enseignement supérieur, devait rencontrer son homologue palestinien, Khawla Shksheer, pour discuter de la mise en œuvre d’un protocole d’entente entre Ramallah et Pretoria signé en novembre par les présidents Jacob Zuma et Mahmoud Abbas, a déclaré Mashilo, son porte-parole.

« Cet accord de coopération doit être poursuivi, que ce soit le ministre palestinien qui vienne en Afrique du Sud ou le ministre sud-africain qui vienne en Palestine. Mais nous ne renoncerons pas à notre quête d’exiger le droit de visiter la Palestine », a déclaré Mashilo.

Nzimande et ses trois assistants avaient tenté de se rendre à Ramallah via la Jordanie, mais comme Israël contrôle les passages frontaliers en Cisjordanie, la délégation sud-africaine avait demandé des permis de visa. Le ministre n’avait pas l’intention de rencontrer des responsables israéliens, a confirmé Mashilo.

« Israël n’a pas le droit de déterminer qui s’associent aux Palestiniens », a-t-il déclaré au Times of Israël. « Nous avons connu l’apartheid dans le passé. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire à nouveau. » Les restrictions à l’accès aux territoires palestiniens constituent une violation du droit international, que Pretoria ne souhaite pas accepter, a-t-il ajouté, en menaçant de « prendre des mesures » si Israël maintenait sa politique.