A 8h57 mardi matin, peu après qu’un Sukhoi-24 ait pénétré de quelques centaines de mètres l’espace aérien israélien sur le plateau du Golan, l’armée de l’air israélienne a abattu l’appareil.

Toute l’affaire, du moment où la décision a été prise jusqu’à l’éjection des deux pilotes sur le sol syrien, n’a pris qu’une minute, selon l’armée de l’air.

Sa capacité à endommager des sites israéliens et une doctrine très ferme de la défense des frontières israéliennes ont conduit à la décision d’abattre l’avion syrien avec un missile sol air Patriot, même s’il semblait clair que l’avion ne se dirigeait pas vers Tibériade ou Tel Aviv.

« Nous ne pouvons tolérer aucune violation de l’espace aérien israélien », a déclaré le général de Brigade Ramm Shmueli, ancien chef des services de renseignements de l’armée de l’air, dans une visio-conférence. L’avion, a-t-il déclaré, aurait survolé Israël à proprement parler « 10 à 20 secondes » plus tard. Il était potentiellement à une minute de la mer de Galilée et à quatre minutes de Tel Aviv.

Shmueli a déclaré que l’appareil était « armé », une déclaration que l’armée à refusé de commenter. Il a ajouté qu’Israël croit que « l’intention de l’appareil n’était pas de nous attaquer », mais s’inscrivait plutôt dans le combat mené par le régime contre les forces rebelles qui se cachent à l’ombre de déploiement militaire israélien sur le plateau du Golan. Néanmoins, a-t-il ajouté, « un avion rapide, chargé de munitions, peut lâcher une charge directement contre Israël, alors on ne peut prendre aucun risque ».

Le vent, a-t-il déclaré, a repoussé les pilotes et les débris sur la frontière syrienne.

La dernière fois qu’Israël a descendu un avion syrien remonte à novembre 1985, lorsqu’une formation de F-15 israéliens ont abattu deux MiG-23 syriens. Pourtant, depuis que la guerre en Syrie a commencé à s’installer dans la région frontalière, il y a eu « une augmentation de 10 % » du nombre de décollages d’urgence d’avions de l’armée de l’air pour protéger l’espace aérien israélien, a-t-on déclaré à l’armée de l’air.

L’armée de l’air a ajouté que la procédure de prise de décision d’abattre un avion dans l’espace aérien israélien correspond à « une procédure régulée et fréquemment testée ».

Cela ne fait aucun doute. Si l’on essaie de tracer une doctrine des 18 mois de mandat au ministère de la Défense de Moshe Yaalon, cela s’articulerait autour de la clarté des déclarations d’Israël et de la volonté affichée pour les appliquer.

Par le passé, de telles déclarations n’ont pas été mises en œuvre. En 2000, après le retrait israélien du Liban, le Premier ministre Ehud Barak aurait déclaré que si un des cheveux de la tête d’un soldat israélien venait à tomber, « la terre du Liban s’enflammerait ». Plusieurs mois après, au milieu de la seconde Intifada, le Hezbollah a tué et capturé trois soldats le long de la frontière et le Liban est resté intact.

Le Premier ministre Ariel Sharon avait promis quelque chose de similaire après le retrait de 2005 de Gaza. Peu de temps après, les tirs de roquettes sur le sud d’Israël ont recommencé et les ripostes n’ont pas été très conséquentes.

Yaalon, semble-t-il, a fait de cela un pillier central de la politique de défense.

Israël définit clairement ses lignes rouges et agit pour les faire respecter, que ce soit le moment propice ou non. Israël a déclaré qu’il répondrait à tous les tirs depuis Gaza, même s’ils sont tirés par des groupes pas totalement sous le contrôle du Hamas.

Sur la frontière syrienne, Israël aurait ordonné plusieurs frappes aériennes en Syrie lorsque le régime avait autorisé le tranfert d’armes technologiques vers le Hezbollah, et il a demandé à l’armée de répondre à toutes les violences intentionnelles sur le Plateau du Golan et à toutes les menaces du régime.

Par deux fois au cours des trois dernières semaines, Israël a abattu un appareil syrien dans le ciel. Le 31 août, l’armée de l’air a abattu un drône syrien tournant autour de la région de Quneitra. Il était apparemment en train de collecter des renseignements sur les positions de rebelles et a clairement traversé l’espace aérien d’Israël, selon des sources militaires.

Là encore, il semblait certain que le drone n’allait pas pour une mission suicide en Israël. Mais dans une période d’incertitude intense, une période où les Etats s’affaiblissent et Al-Qaida a pris position à quelques mètres de pommiers du Plateau du Golan, la position d’Israël, dictée par Yaalon, est l’un des seuls facteurs stabilisants.