WASHINGTON – La victoire écrasante et la réélection du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont dominé les Unes des médias américains mercredi matin.

De nombreux médias ont repris les déclarations de Netanyahu faites au cours des derniers jours de la campagne électorale – et suggéré que les relations israélo-américaines pourraient atteindre le fond.

Alors que les résultats commençaient à tomber, les chaînes comme CNN ont été obligées de changer rapidement leurs bandeaux, qui sont passés de « Netanyahu va-t-il perdre ? » à « Netanyahu remporte la victoire ».

Avec sa Une : « Bibi, le retour », le Huffington Post a confirmé un certain nombre de titres parus dans les médias, y compris un article du New York Times qui décrit la récente campagne comme « brutale » et qui souligne que Netanyahu avait « offensé de nombreux électeurs et aliéné des alliés » sur son chemin vers sa surprenante victoire.

Le Washington Post a également joué sur la carte du retour inattendu de Netanyahu, en soulignant que « les experts avaient commencé à rédiger les premières ébauches de l’éloge funéraire de la vie politique de Netanyahu » avant même que les résultats ne soient annoncés mardi soir.

De nombreux médias importants ont tenté d’expliquer le processus de création d’une coalition qui va maintenant s’ensuivre avec des lecteurs habitués à un système bipartite.

Au-delà de son triomphe, un axe majeur de la couverture des élections israéliennes a été le prix international que coûtera le virage à droite de la campagne de Netanyahu – ils ont fait référence à son rétropédalage sur la création d’un Etat palestinien et au renouvellement de son engagement à étendre la construction dans des zones de Jérusalem qui se trouvent au-delà des lignes de 1967.

Fox News – qui avait aussi comme Une « Bibi, le retour » – a noté que Netanyahu « qui a déjà une relation tendue avec le président Barack Obama, a pris un virage à droite toute dans les derniers jours de la campagne, avec une série de prises positions radicales qui le mettra en porte-à-faux avec la communauté internationale ».

Les manœuvres politiques de Netanyahu – couplés avec ses tentatives de dernière minute pour sortir ses propres partisans de la complaisance en avertissant que les Arabes israéliens se rendaient aux urnes en nombre record – lui ont valu de se faire égratigner par un certain nombre de journalistes éminents ainsi que par le comité de rédaction du New York Times.

Dans un éditorial cinglant, le journal a déclaré que le « rejet pur et simple [de Netanyahu] d’un Etat palestinien et sa diatribe raciste contre les électeurs arabes israéliens mardi ont montré qu’il a perdu toute prétention à représenter tous les Israéliens ».

Décrivant Netanyahu comme étant « désespéré et suffisamment lâche pour faire tout ce qui est en son pouvoir » [pour gagner les élections], l’éditorial poursuit en affirmant que « son comportement au cours des six dernières années – la construction agressive de maisons israéliennes sur des terres qui seraient probablement dans les limites d’un Etat Palestinien et le fait de ne jamais s’être sérieusement investi dans les négociations – a depuis longtemps convaincu beaucoup de gens qu’il n’est pas intéressé par un accord de paix ».

L’éditorial, comme l’article de Fox News, a souligné que le récent rétropédalage de Netanyahu sur la création d’un Etat palestinien, « rendra encore plus difficile pour lui de réparer ses relations empoisonnées avec le président Obama, qui a beaucoup investi dans la promotion d’une solution à deux Etats ».

Le chroniqueur Roger Cohen du New York Times a également averti qu’« un gouvernement de droite dirigé par Netanyahu devra faire face à un isolement international croissant, en particulier en raison de l’engagement du Premier ministre à empêcher l’émergence d’un Etat palestinien. Réparer ses relations avec le président Obama sera [une tâche] ardue. Un durcissement de la position de l’Amérique sur Israël aux Nations unies ne peut être exclu, [surtout] si les implantations de Cisjordanie continuent à s’étendre ».

Benjamin Netanyahu a été similairement égratigné par le journaliste Jonathan Chait du New York Magazine. L’avertissement de dernière minute lancée par Netanyahu au sujet des électeurs arabes arrivant en masse dans les bureaux de vote a aussi été mis en exergue pour souligner le virage à droite de Netanyahu.

Thomas Friedman du New York Times a poussé son analyse en critiquant Netanyahu pour sa « course à l’appât » qui s’est traduit par des commentaires « déplacés » et l’électorat israélien qui a suivi – mais cette critique rentre dans le cadre d’une critique plus large de la politique américaine qui ne reconnaît pas l’évolution des faits sur le terrain au sujet d’Israël, de l’Irak et de l’Iran.

Avec ces nombreux articles critiquant le virage à droite de Netanyahu, ce récit populaire au sujet de l’élection pourrait prendre des allures de prophétie, ce qui rendra encore plus difficile pour la Maison Blanche et Netanyahu de trouver un terrain d’entente dans les deux prochaines années – ce sera du moins l’avis de ceux qui lisent les médias américains.