Quatre pays auraient posé un ultimatum à l’Egypte, menaçant d’amener eux-mêmes une résolution devant le Conseil de Sécurité de l’ONU sur les activités d’implantation en Cisjordanie si le Caire devait renoncer à réintroduire son projet quelques heures après qu’il a soudainement été mis de côté.

Dans une note, la Nouvelle-Zélande, le Venezuela, la Malaisie et le Sénégal ont donné à l’Egypte jusqu’à la fin de la journée de jeudi pour clarifier ce que le pays désirait faire, rapporte Reuters.

“Dans le cas où l’Egypte décide qu’elle ne pourra pas aller au vote le 23 décembre ou qu’elle ne pourra apporter une réponse avant cette échéance, ces délégations se réservent le droit de présenter le projet… et de le soumettre au vote dans les meilleurs délais », selon le rapport.

Les quatre pays sont membres non-permanents de la puissante instance mondiale, même si seul le Sénégal restera au Conseil après expiration des mandats la semaine prochaine.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Dans une démarche qui a créé la surprise jeudi, l’Egypte a annoncé que le pays renonçait à poser la résolution sur la table après que les Israéliens ont fait pression pour qu’elle soit abandonnée à la suite d’indications révélant que les Etats Unis n’opposeraient pas leur veto à la motion, autorisant de facto son adoption.

Des diplomates et des responsables ont indiqué que l’Egypte avait subi de fortes pressions de la part d’officiels en Israël ainsi que du président élu américain Donald Trump, apparemment sollicité par des hauts-responsables de Jérusalem pour appuyer l’état juif auprès du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi.

Dans la note, les quatre pays ont indiqué qu’ils étaient prêts à libérer le Caire du fardeau diplomatique représenté par l’avancée de cette résolution qui a été écrite conjointement avec les Palestiniens.

“La proposition faite par d’autres délégations de prendre la tête [de cette initiative]… aiderait également l’Egypte en la soulageant du poids représenté par la présentation de cette résolution que le pays porte seul”, indique la note.

Une réunion est prévue vendredi matin. Les diplomates débattront des moyens de procéder.

Ce projet de résolution demande qu’Israël cesse ses activités d’implantation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le pays devra déclarer que toutes les implantations existantes « n’ont aucune validité légale », qu’elles sont une “violation flagrante” de la loi internationale.

Après que l’Egypte a avancé cette résolution, les ambassadeurs arabes ont organisé une rencontre d’urgence aux Nations unies pour pousser l’Egypte à réclamer un vote sur la proposition, mais un comité issu de la Ligue arabe a décidé, après s’être réuni au Caire, de continuer à discuter du sort réservé à la motion.

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi au Caire, le 17 avril 2016 (Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi au Caire, le 17 avril 2016 (Crédit : AFP/Khaled Desouki)

L’envoyé palestinien Jamal al-Shobaki a indiqué aux journalistes au Caire que l’Egypte avait demandé plus de temps et que des débats auraient lieu au cours des deux prochains jours sur la marche à suivre.

Ahmed Abu-Zeid, porte-parole du ministère des Affaires étrangères égyptien, a déclaré dans la matinée sur la chaîne SkyNewsArabia que des débats sur le sort réservé à la résolution se tenaient à New York et au Caire, au siège de la Ligue Arabe et qu’une décision « appropriée » serait prise. Il n’a pas répondu aux appels téléphoniques.

Un haut diplomate du Conseil de Sécurité a suggéré jeudi matin que la motion pourrait être enterrée indéfiniment.

“Une opportunité s’est présentée. Que cette opportunité soit encore là, voilà qui n’est vraiment pas clair”, a expliqué un diplomate occidental.

L’ambassadeur israélien à l’ONU a salué l’initiative visant à reporter le vote, mais s’est inquiété de son éventuelle représentation devant l’instance ultérieurement.

Danny Danon, ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre 2016. (Crédit : Nations unies)

Danny Danon, ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre 2016. (Crédit : Nations unies)

“L’ajournement du vote est une démarche importante”, a commenté l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies Danny Danon. “Nous réalisons toutefois que ce problème n’est pas encore résolu. Nous continuons à mener nos efforts diplomatiques sur tous les fronts pour faire en sorte que cette résolution déshonorante ne passera pas devant le Conseil de Sécurité ».

Alors que les motions critiques d’Israël ne sont pas rares devant le Conseil de Sécurité, elles ont traditionnellement toujours été découragées par le veto des Etats Unis.

Mais des sources ont révélé jeudi que le président américain Barack Obama, frustré par les efforts de paix comateux, avait prévu de retirer son veto et un responsable israélien a accusé la Maison Blanche d’avoir programmé cette initiative de concert avec les Palestiniens.

Après que les efforts visant à faire changer d’avis Washington aient échoué, les officiels israéliens, furieux, ont menacé d’avoir recours à Trump et l’ont fait, ce qui a mené le prochain président des Etats Unis à émettre un communiqué faisant écho à celui précédemment rédigé par le Premier ministre israélien, appelant les Etats Unis à faire usage de leur veto contre la résolution.

Le président égyptien a semblé soutenir l’affirmation selon laquelle le passage d’une résolution telle que celle-là, si peu de temps avant que Trump ne prenne ses fonctions, pouvait lui lier les mains.

“Les présidents se sont accordés sur l’importance d’offrir à l’administration américaine une chance de gérer le cas palestinien dans toutes ses dimensions, avec la vision de trouver une résolution pleine et entière du conflit”, a indiqué le porte-parole de la présidence Alaa Yousef, selon Reuters.