Les « Monuments Men », rendus célèbres par le récent film de George Clooney, ont remis jeudi aux Archives Nationales américaines à Washington un des derniers « album Hitler » retrouvés, qui recense des oeuvres d’art volées en France par les nazis.

L’album, le dernier des 43 jusqu’à présent connus, a été remis par la Fondation des Monuments Men pour la préservation de l’Art à l’occasion du 8 mai, jour anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.

La cérémonie a eu lieu en présence de Harry Ettlinger, 88 ans, un des six derniers survivants de ce groupe de soldats américains dont la mission était de récupérer les milliers d’oeuvres d’art pillées par les nazis.

L’album, un gros livre relié de cuir qui porte sur chaque page la photographie en noir et blanc d’une oeuvre d’art assortie d’un numéro d’inventaire, avait été trouvé dans la maison de villégiature d’Hitler à Berchtesgaden.

A la fin de la guerre, l’armée américaine avait découvert 39 de ces albums, remis en 1947 aux Archives américaines. Ils avaient servi de preuve des pillages au procès de Nuremberg des dirigeants nazis.

Quatre autres ont depuis émergé, dont ce dernier album resté dans la famille d’un ancien soldat qui l’avait emporté aux Etats-Unis comme souvenir et en a fait don.

Il aurait existé une centaine de ces albums, a indiqué devant la presse Robert Edsel, président de la Fondation et auteur du livre « The Monuments Men », dont a été tiré le film de George Clooney.

C’était « des albums de présentation que (Alfred) Rosenberg, le chef nazi en charge de ce pillage, donnait à Hitler. C’était un homme faible, il essayait ainsi de dire à son patron ‘Regardez, mon Führer, quel bon boulot on est en train de faire' », a-t-il ajouté.

« Ces albums soulignent l’implication personnelle d’Hitler dans ce vol massif prémédité », selon M. Edsel. Il « les utilisait comme des catalogues d’achat par correspondance, en les feuilletant pour choisir celles qu’il accrocherait à son musée » de Linz, en Autriche, qui n’a jamais vu le jour.

L’album numéro 6 remis jeudi était consacré à des peintures françaises, des Watteau, Fragonard, Van Loo ou Largillierre, volés à des familles ou des marchands en France.

Dans les mines de sel

L’album Hitler « montre jusqu’à quel point ils sont allés pour documenter leurs actes diaboliques », a ajouté l’archiviste Greg Bradsher, chargé des pièces liées à l’Holocauste.

Le président de la Fondation s’est par ailleurs félicité de la « visibilité » donnée par le film pour rechercher les légitimes propriétaires.

« Cela a provoqué un effort renouvelé dans le monde », a-t-il ajouté, et particulièrement en France qui a annoncé l’an dernier qu’elle « allait redoubler d’efforts pour retrouver les propriétaires » des 2 000 oeuvres sans propriétaire identifié rapportées par les Monuments Men, a-t-il dit.

Harry Ettlinger s’est de son côté affirmé « très heureux d’avoir participé à ce groupe ». Juif allemand, il avait quitté son pays en 1938 pour les Etats-Unis. Il avait été recruté par les monuments Men pour sa connaissance de la langue allemande.

A la fin de la guerre, il a ainsi passé dix mois dans les mines de sel où les nazis cachaient les oeuvres pillées, pour remonter les milliers de boîtes qui contenaient les oeuvres.

« La première à sortir contenait les vitraux de la cathédrale de Strasbourg », dit-il, « Eisenhower en faisait toute une affaire, moi, mon boulot c’était de descendre avec les mineurs pour remonter les boîtes et les charger dans des camions ».

Souriant devant une photo d’époque où on le voit devant un autoportrait de Rembrandt, il poursuit : « Cet autoportrait, c’était le tableau le plus important du musée à côté duquel j’habitais, il était à trois pâtés de maison de chez moi mais je n’avais pas le droit d’y aller parce que j’étais juif. Finalement, grâce aux Monuments Men, j’ai pu le voir », s’amuse-t-il.

Son rôle dans le film, sous le nom de Sam Epstein, est joué par Dimitri Leonidas.