La demande palestinienne de libération de prisonniers arabes israéliens parmi le contingent de 26 détenus qu’Israël s’est engagé à relâcher le week-end prochain, dans le cadre des négociations ouvertes sous l’égide des Etats-Unis provoque la colère du sein du gouvernement israélien.

Le ministre de la Sécurité Intérieure, Yitzhak Aharonovitch, a affirmé dimanche qu’il était hostile à de telles libérations.

« Nous nous opposerons à tout prix, mon parti et moi, à la libération de terroristes arabes israéliens », a déclaré à la radio publique M. Aharonovitch, un membre du parti Israël Beiteinu.

« Pour le moment, aucune décision (du gouvernement) n’a été prise », a précisé M. Aharonovitch, un des cinq ministres de la commission chargée de valider l’élargissement des prisonniers, alors que les prochaines libérations doivent avoir lieu le 29 mars.

Le vice-ministre de la Défense Danny Danon, a déjà prévenu qu’il démissionnerait « immédiatement » si ces Arabes israéliens étaient inclus dans la liste des détenus à libérer.

Le parti Habayit Hayehudi menace aussi de quitter le gouvernement de Benjamin Netanyahu si des Arabes israéliens ou des Palestiniens de Jérusalem Est sont libérés.

Israël considère les Arabes israéliens — descendants des Palestiniens restés sur place après la création de l’Etat hébreu en 1948 — comme des ressortissants israéliens et non palestiniens.

Israël établit aussi une distinction entre Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, d’une part, et ceux qui résident à Jérusalem Est, de l’autre, détenteurs d’une carte d’identité israélienne.

Le président palestinien Mahmoud Abbas insiste pour que 14 Arabes israéliens et des Palestiniens de Jérusalem Est figurent dans la dernière vague de libération.

Lors de la reprise des négociations de paix en juillet 2013 sous l’égide des Etats-Unis, Israël s’est engagé à relâcher 104 prisonniers palestiniens en quatre phases, dont les trois premiers contingents de 26 détenus chacun ont déjà été libérés.

En échange, M. Abbas a promis de suspendre toute démarche d’adhésion de la Palestine aux organisations internationales, un engagement sur lequel il pourrait revenir en cas de « violation de l’accord convenu avec Israël et les Etats-Unis ».

Ce litige risque de faire capoter les négociations de paix censées s’achever le 29 avril, à l’issue d’un délai de neuf mois fixé d’un commun accord entre Israéliens, Palestiniens et Américains.

Selon la radio publique, les Etats-Unis s’efforcent de trouver une « solution créative » pour éviter que les pourparlers, déjà en grande difficulté, ne déraillent pour de bon.

L’envoyé spécial américain Martin Indyk a rencontré samedi à Jérusalem la ministre israélienne de la Justice Tzipi Livni, chargé du dossier des négociations et considérée comme l’élément le plus modéré du gouvernement Netanyahu.

M. Indyk a également rencontré samedi le chef négociateur palestinien Saeb Erakat et s’est entretenu dimanche avec le président Abbas à Ramallah, en Cisjordanie, sans déblocage apparent de l’impasse.

Les médias israéliens évoquaient à nouveau dimanche l’hypothèse d’une libération de Jonathan Pollard, un espion israélien condamné à la prison à vie aux Etats-Unis, dans un geste de bonne volonté américain pour tenter de sauver les négociations israélo-palestiniennes.

Selon la radio publique, la grâce de Jonathan Pollard, qu’Israël réclame en vain depuis des années, pourrait amener M. Netanyahu à accepter la libération de prisonniers arabes israéliens. Mais il n’est pas certain que le président américain Barack Obama accepte ce marché.

Le contentieux sur les prisonniers est loin d’être la seule pomme de discorde mettant en péril le processus de paix.

La multiplication des annonces israéliennes de projets de colonisation –condamnés par la communauté internationale, y compris Washington — et la mort de neuf personnes tuées par les forces israéliennes en Cisjordanie depuis le début de l’année ont déclenché la colère des Palestiniens.

Et le climat s’est envenimé entre les Etats-Unis et Israël après une nouvelle harangue du ministre israélien de la Défense Moshé Yaalon contre l’administration Obama, accusée de laxisme à l’égard de l’Iran.

« Nous sommes déçus par l’absence d’excuses suite aux commentaires du ministre Yaalon », a regretté vendredi la porte-parole du département d’Etat.