Les nostalgiques du IIIe Reich à la manoeuvre en Autriche
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'Le national-socialisme avait aussi eu ses bons côtés'

Les nostalgiques du IIIe Reich à la manoeuvre en Autriche

Wolfgang Zanger et nombre de ses collègues du FPÖ, mené par Heinz-Christian Strache, et qui font partie des Burschenschaften, sont en pourparlers avec Sebastian Kurz

Le président du FPO, Heinz-Christian Strache assiste à une conférence de presse au siège du FPO à Vienne, en Autriche, le 8 septembre 2017 (Crédit : AFP Photo / Joe Klamar)
Le président du FPO, Heinz-Christian Strache assiste à une conférence de presse au siège du FPO à Vienne, en Autriche, le 8 septembre 2017 (Crédit : AFP Photo / Joe Klamar)

Avec leur goût des défilés aux flambeaux et des duels à l’épée, ils ont l’air d’appartenir à un autre siècle. Les membres des corporations nationalistes autrichiennes sont pourtant au coeur des négociations en cours à Vienne en vue d’une entrée de l’extrême droite au gouvernement.

Député du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), Wolfgang Zanger est l’un des élus à pied d’oeuvre depuis un mois pour donner forme au prochain exécutif après la victoire des conservateurs (ÖVP) de Sebastian Kurz aux législatives du 15 octobre.

Arrivée troisième, la droite populiste et anti-islam incarnée par le FPÖ est en pourparlers exclusifs avec le parti de M. Kurz, actuel ministre des Affaires étrangères âgé de 31 ans. Wolfgang Zanger est l’une des chevilles ouvrières de ces négociations. Sans que ses interlocuteurs ne s’offusquent qu’il ait déclaré, en 2006 à la télévision, que le « national-socialisme avait aussi eu ses bons côtés ».

La presse s’est chargée de le rappeler, soulignant que l’élu de 48 ans et un nombre record de ses collègues parlementaires FPÖ appartiennent à la galaxie des corporations d’étudiants pangermanistes (Burschenschaften) régulièrement épinglées pour leurs nostalgies néo-nazies.

Sebastian Kurz, au centre, à Vienne, en 2014. (Crédit : Bundesministerium für Europa, Integration und Äusseres/Creative Commons/Wikimedia)

Dans la nouvelle assemblée, 20 députés FPÖ sont membres d’une Burschenschaft, sur un total de 51 élus, et dans l’équipe du parti qui négocie la coalition, la proportion monte à un sur deux, selon le Centre de documentation et d’archives sur la Résistance (DÖW).

Noyau dur

Avec leurs nom évocateurs (Vandalia, Teutonia, Gothia, Saxona, Olympia…), ces corporations masculines, nées au 19e siècle, ont toujours été un rouage essentiel de la droite extrême en Autriche mais elles ont opéré au sein du FPÖ dirigé par Heinz-Christian Strache, lui-même « Burschenschafter », une « prise de pouvoir silencieuse », affirme l’ancien journaliste Hans-Henning Scharsach, auteur d’un livre sur le sujet paru à l’automne.

« Lorsque le FPÖ s’est scindé en 2005, les libéraux sont partis avec Haider », le charismatique ancien leader débordé sur sa droite par M. Strache, a expliqué récemment l’avocat Michael Krüger, qui a quitté le parti à cette époque.

« Les membres des Burschenschaften ont maintenu le parti en vie après la scission », abonde Bernhard Weidinger, chercheur au DÖW, institut de référence dans la recherche sur l’extrême droite. « M. Strache a retenu la leçon qu’il fallait s’appuyer sur des gens fiables politiquement et idéologiquement ».

Et quoi de plus stable que ce milieu de corporations fermées et hiérarchisées, auxquelles des étudiants se lient pour la vie, qui pratiquent la « Mensur », le duel à l’épée, comme rite initiatique ? Leurs membres ne sont pas plus de 4 000 en Autriche mais « ils donnent le ton » au sein du FPÖ actuel, souligne l’hebdomadaire Profil. Alors même que M. Strache a modéré son discours, cherchant à éviter tout dérapage extrémiste.

« La dimension libérale a disparu, remplacée par le nationalisme allemand et par un antisémitisme de plus en plus virulent »

Patrick Moreau

Les Burschenschaften se sont développées dans le contexte des « révolutions » nationales du 19e siècle contre les armées napoléoniennes, face auxquelles elles revendiquaient une identité culturelle allemande faisant fi des frontières, sur un mode pangermaniste.

Rapidement, écrit le politologue Patrick Moreau dans une note sur l’extrême droite autrichienne, « la dimension libérale a disparu, remplacée par le nationalisme allemand et par un antisémitisme de plus en plus virulent », qui a abouti à l’introduction de critères « aryens » interdisant aux juifs d’intégrer une Burschenschaft.

Rendez-vous au cimetière

Après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle de nombreux Burschenschafter ont été acteurs de la machine nazie d’extermination, « les corporations se sont reconstituées et pas un de ces meurtriers n’en a été exclu », constate Hans-Henning Scharsach.

Marine Le Pen en campagne au Zénith de Nantes, le 26 février 2017. (Crédit : Jean-Francois Monier/AFP)

Ces corporations, qui ne se considèrent pas d’extrême-droite, ont pignon sur rue à Vienne et leur bal annuel, organisé sous protection policière au palais impérial de la Hofburg, attire le gotha nationaliste, dont la Française Marine Le Pen en 2012.

Si elles répondent rarement aux sollicitations de la presse, les Burschenschaften postent sur leurs sites internet des images de leurs rassemblements, où leurs membres arborent notamment le calot distinctif de leur corporation.

En 2010, M. Strache avait provoqué un scandale en visitant le mémorial de la Shoah à Yad Vashem coiffé de son calot de Burschenschafter.

Il s’y était rendu en 2016 à l’invitation de députés du Likud, mais il avait été boycotté par le président israélien de l’époque, Shimon Peres. L’état d’Israël ne reçoit pas de formations politiques d’extrême droite surtout si elles flirtent de près ou de loin avec les théories néo-nazies.

En 1987, le bras droit d’Adolf Hitler, Rudolf Hess, avait été proposé par une fédération autrichienne de Burschenschaften pour le prix Nobel de la paix. Mi-novembre, plusieurs Buschenchafter se sont retrouvés au cimetière central de Vienne pour leur hommage annuel à un ancien pilote emblématique de la Luftwaffe, décoré par le dictateur nazi.

Le chef d’Etat Alexander Van der Bellen, à qui il reviendra d’investir le gouvernement, a prévenu qu’il se réservait un droit de regard sur sa composition.

M. Kurz a assuré une « tolérance zéro » envers l’antisémitisme.

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