Israël cherche à donner à ses citoyens une plus grande part du succès de la nation de start-up alors qu’il lance quatre fonds d’investissements pour la haute technologie qui seront négociés en bourse et qui bénéficient de la protection de l’État pour limiter les pertes. L’initiative fait des vagues dans les domaines de la technologie et de l’investissement. Certains ont accueilli favorablement cette nouvelle, mais d’autres sont plus sceptiques quant à sa signification.

Le ministère israélien des Finances et l’Autorité israélienne des valeurs mobilières (ISA) ont annoncé dimanche que l’industrie israélienne de haute technologie recevrait « une injection d’énergie » sur la question d’un appel d’offres pour la mise en place des quatre nouveaux fonds d’investissement, dont chacun totaliserait au minimum 400 millions de shekels.

Pour chaque fonds, le gouvernement fournira des garanties allant jusqu’à 50 millions de shekels. En outre, ces fonds seront en mesure de générer des crédits soutenus par l’Etat qui pourront aller jusqu’à 100 millions de shekels par fonds, indique le communiqué.

Les nouveaux fonds combineront des investissements dans des entreprises technologiques dont les actions sont négociées en bourse, mais aussi des « investissements significatifs » d’au moins 30 % dans les entreprises privées, a déclaré le ministère. Cet investissement pourrait atteindre jusqu’à 50 %, voire 75 %, avec un permis spécial de l’ISA, a précisé un responsable du ministère des Finances au Times of Israel.

Le ministère des Finances et l’ISA ont déclaré avoir lancé un appel pour nommer les gestionnaires des fonds et les candidats potentiels ont un mois pour soumettre leurs candidatures.

La plupart des capitaux investis dans les starts-ups israéliens proviennent de fonds étrangers et beaucoup de ces entreprises sont récupérées par des entreprises étrangères à un stade relativement précoce, a précisé le ministère et l’ISA dans un communiqué conjoint.

Les nouveaux fonds aideront les investisseurs israéliens, y compris les investisseurs institutionnels, à profiter des retombées de l’industrie technologique israélienne, dans un cadre relativement sécurisé, l’État participant à toute perte éventuelle, a indiqué le communiqué.

« Les nouveaux fonds combinent deux objectifs importants, a déclaré le ministre des Finances Moshe Kahlon dans un communiqué, l’ouverture d’un nouveau boulevard pour l’investissement des épargnants à la retraite aux côtés d’une nouvelle source de capital pour la haute technologie israélienne, qui dépend aujourd’hui principalement de sources étrangères ».

Les Israéliens ne profitent pas du boom des starts-ups

Le but de l’initiative est en fait double : permettre aux ménages israéliens, par l’intermédiaire de leurs fonds de pension et des investisseurs institutionnels locaux, de participer au succès de la haute technologie d’Israël dont ils sont largement absents, et d’injecter davantage d’actions dans les volumes d’échange faibles du Tel Aviv Stock Exchange grâce au lancement des nouveaux fonds négociés.

L’absence d’investisseurs institutionnels israéliens dans la scène technologique israélienne a été mise en évidence récemment lors de la vente de Mobileye à Intel Corp. pour 15 milliards de dollars, où la part du lion du produit devrait être destinée aux investisseurs institutionnels étrangers et aux fonds investis dans la compagnie. Il n’y a pas d’investisseurs institutionnels israéliens parmi les principaux actionnaires, ce qui signifie que les retraités israéliens seront largement exclus de cette aubaine.

Plus tôt cette année, les représentants de l’Israel Advanced Technology Industries (IAITI), une organisation rassemblant les intervenants technologiques en Israël et un lobbyiste pour l’industrie technologique, ont rencontré des responsables du ministère des Finances pour trouver de nouvelles façons d’inciter les institutions locales à investir dans la technologie israélienne en supprimant les obstacles réglementaires.

Un rapport de l’IATI présenté lors de la réunion a mis en évidence le fait qu’il y a un « très faible ratio d’investissements » dans les sociétés israéliennes de capital risque par les investisseurs israéliens, par rapport au ratio beaucoup plus élevé d’investisseurs américains et européens dans les fonds de capital-risque américains et européens.

Les sociétés locales de capital risque sont « trop dépendantes » du capital d’investissement international, avec un investissement intérieur proche de zéro, a précisé le rapport, ajoutant que ce modèle est non viable et que les fonds institutionnels israéliens « ne remportent presque rien du succès de l’industrie des starts-ups israéliennes ».

La mise en place de fonds de capital-risque cotés en bourse a également été l’une des recommandations publiées en 2014 par une commission mise en place par l’ISA pour donner une nouvelle vie aux volumes d’opérations faibles de la bourse de Tel Aviv.

L’initiative des nouveaux fonds a déjà fait l’objet de critiques sévères, le site Web TheMarker a cité lundi des sources non identifiées de l’industrie du capital-risque qui a déclaré que les fonds étaient inutiles car la scène israélienne de la haute technologie est déjà inondée d’argent – les starts-ups israéliennes ont réuni un chiffre record de 4,8 milliards de dollars en 2016 – et les chances pour que les fonds obtiennent de bons rendements sont très faibles, car elles seraient gérées par des personnes ayant moins d’expérience que les gestionnaires de fonds de capital risque.

Mais Eldad Tamir, fondateur et le PDG de Tamir Fishman, une maison d’investissement israélienne avec 3 milliards de dollars sous sa gestion, a salué l’initiative et a déclaré que son cabinet envisageait de participer à l’appel de candidature et étudiait ses termes.

Eldad Tamir, fondateur et PDG de Tamir Fishman, un fond d'investissement israélienne (Crédit : Autorisation)

Eldad Tamir, fondateur et PDG de Tamir Fishman, un fond d’investissement israélienne (Crédit : Autorisation)

« Il n’y a aucun outil public pour investir dans la haute technologie israélienne en ce moment, par opposition à d’autres industries, comme les marchés de l’énergie et de l’immobilier dans lesquels la majeure partie du financement provient des marchés des capitaux », a-t-il déclaré dans une interview accordée au Times of Israel. Aujourd’hui, « il n’y a rien qui relie le marché des capitaux à l’une des plus grandes forces d’Israël ».

Tout comme dans le passé, le gouvernement a soutenu la mise en place des premiers fonds de capital-risque israéliens et de ses premiers incubateurs technologiques, de même « cet outil peut changer la réalité » et amener tout un groupe de nouveaux investisseurs locaux dans l’arène, ce qui leur permet d’investir autant ou aussi peu qu’ils le veulent, a déclaré Fishman.

L’une des clés du succès de ces fonds sera les gestionnaires qu’ils attireront, a déclaré Jonathan Irom, associé au département International et de la Haute technologie aux GKH Law Offices à Tel Aviv.

Jonathan Irom, associé chez GKH Law Offices. (Crédit : Autorisation)

Jonathan Irom, associé chez GKH Law Offices. (Crédit : Autorisation)

« Si ce sont des gestionnaires professionnels qui font un bon travail et qui ont un bon accès, ils obtiendront les meilleures offres », a précisé Irom.

« L’une des valeurs ajoutées des sociétés de capital risque est qu’ils ont des partenaires, de bonnes connexions et peuvent aider en termes commerciaux et ne pas simplement apporter de l’argent. Si ces fonds peuvent attirer de bons gestionnaires et aussi une valeur ajoutée, ils réussiront également ».

Ces fonds, qui pourraient également être considérés comme un nouveau type de plate-forme de financement participatif pour la population, a-t-il estimé, et pourraient également aider à apporter des fonds dans des domaines qui sont aujourd’hui négligés par les fonds de capital-risque, a-t-il ajouté, comme le financement de série A.

La plupart des accords sur les investissements en 2016 ont été signés avec des entreprises en phase avancée, selon les données compilées par le Centre de recherche IVC d’Israël.

Jonathan Medved, fondateur et le PDG du fonds d’investissement en financement participatif ChrisC, a déclaré que les fonds et les investissements d’OurCrowd sont ouverts uniquement aux investisseurs accrédités, ceux qui ont une valeur nette de quelque 2 millions de dollars. Les nouveaux fonds, proposés par le ministère des Finances et l’ISA, permettront à n’importe quel Israélien lambda d’aller à la banque ou voir un courtier et d’investir dans les starts-ups israéliennes, a-t-il déclaré.

« Il ne s’agit pas de concurrence, plus on est de fous, plus on rit », a déclaré Medved. Le montant total que les nouveaux fonds investiront dans les starts ups israéliennes n’est pas énorme, a-t-il souligné, compte tenu de la taille du marché local de la technologie. L’initiative « est plus un signal ou un tournant plutôt qu’un changeur de donne », a-t-il déclaré. « C’est une indication sur la direction que le gouvernement voudrait que l’industrie prenne ». Si, globalement, le gouvernement est favorable à la stimulation des investissements des investisseurs nationaux dans les starts-ups israéliennes, alors « c’est une bonne chose » que les détails réels de l’initiative marchent ou non, a-t-il indiqué.

Le calendrier de la mise en place des fonds peut être problématique, a déclaré Yaniv Pagot, l’économiste et responsable de la stratégie pour le groupe Ayalon, un investisseur institutionnel israélien, qui vient tout juste de commencer à étudier les détails décrits dans les documents du ministère. Les prix des actions et des évaluations technologiques sont déjà très élevés à l’échelle mondiale, a-t-il déclaré, et cela pourrait signifier que les fonds sont presque condamnés à faillir, « en raison des investissements réalisés à des niveaux de prix incroyables », a estimé Pagot.

Yaniv Pagot, économiste et responsable de la stratégie pour le groupe Ayalon (Crédit : Autorisation)

Yaniv Pagot, économiste et responsable de la stratégie pour le groupe Ayalon (Crédit : Autorisation)

Il a ajouté que, en raison de la taille relativement faible des fonds, ils pourraient potentiellement attirer des investissements de qualité inférieure, et les gestionnaires pourraient vouloir investir en eux de toute manière, afin de s’assurer qu’ils obtiennent les frais de gestion issus des commissions du flux de transaction.

« Il est clair que les bonnes entreprises continueront d’aller vers des fonds de capital-risque qui ont les poches profondes, une expérience et un bilan. L’inquiétude ici est que ces fonds reçoivent la gestion des start-ups des crus plus faibles », a déclaré Pagot. « Alors, les gens pensent que leur investissement leur procurera le prochain Mobileye, mais en fait ils pourraient acheter dans la partie la moins attrayante de l’industrie ».

Le ministère des Finances espère que les gestionnaires des nouveaux fonds soient idéalement une combinaison d’experts, une coentreprise entre les spécialistes du monde de la haute technologie et les experts en investissement avec un bon bilan de gestion des fonds communs de placement, a déclaré un cadre dans une interview accordée au Times of Israel.

Les fonds seront rentables, a-t-il ajouté, et ne devront probablement pas recourir aux protections du gouvernement, car les gestionnaires seront choisis en fonction de leurs compétences avérées dans ces types d’investissements, a déclaré le responsable.

L’appel aux candidatures indique comment les évaluations des start-ups devraient être calculées, a-t-il ajouté, et un système de freins et de contrepoids sera mis en place pour s’assurer que les actifs du portefeuille ne sont pas sur ou sous-évalués. Les protections du gouvernement ne seront lancées que si les fonds montrent une perte, huit ans après leur création, a déclaré le responsable.

« Nous pensons que ces fonds feront gagner beaucoup d’argent » et les protections du gouvernement ne devront pas être utilisées, a-t-il déclaré. Et même si le gouvernement devra intervenir avec son aide, ce sera un prix qui « vaudra le coup » pour l’économie israélienne, a-t-il déclaré.

« Les fonds inciteront à investir », at-il ajouté. Beaucoup de personnes savent comment valoriser la technologie en Israël, mais le lien entre les personnes qui comprennent les investisseurs de la haute technologie et les investisseurs institutionnels « n’est pas toujours clair. Nous savons que les connexions seront faites en raison de cette offre ».