NEW YORK — Ils auraient facilement pu passer pour des Israéliens : le groupe volubile et enthousiaste constitué de plusieurs centaines de Juifs, dont un grand nombre d’orthodoxes, rassemblés lundi dans le coin d’un hall d’arrivée. Des adolescents qui lancent des ‘au revoir’ frénétiques, chantant ou brandissant des drapeaux. Les olim – ou immigrants en Israël – se sont préparés au départ lors d’une cérémonie d’adieu organisée à l’aéroport international John F. Kennedy International Airport.

Les dignitaires qui se sont adressés à ce groupe constitué de 233 personnes, parrains et partenaires de ce vol de la compagnie El Al, tous désireux de prendre la parole, ont souligné sa diversité – de nombreux couples et des célibataires, des professionnels dans une grande variété de secteurs mais aussi 75 enfants, dont le plus jeune n’était âgé que de seulement huit mois – et ont évoqué le miracle représenté par ce retour sur une terre ancestrale.

« Le spectre entier de notre nation est représenté », a dit le rabbin Rabbi Yehoshua Fass qui, aux côtés de l’homme d’affaires Tony Gelbart, a fondé en 2002 l’organisation Nefesh B’Nefesh qui se donne pour objectif de contourner la lourde bureaucratie en Israël et de faciliter l’intégration – ou comme les Israéliens l’appellent eux-mêmes, l’absorption – des immigrants américains et britanniques.

Fass a fait allusion à ces problèmes administratifs tristement célèbres dans son discours, affirmant que le vol était un « miracle » non seulement parce qu’il a permis de rassembler un groupe diversifié de Juifs américains autour d’une cause singulière mais également parce que les parrains israéliens de ce vol ont été capables de coopérer pour permettre qu’il se réalise. Parmi ces sponsors, le ministère de l’Alyah et de l’Intégration, le Fonds national juif -Keren Kayemet Le’Israel (FNJ-KKL) et l’Agence juive.

Un nouveau immigrant en Israël souffle dans un chophar après l'atterrissage à l'aéroport Ben-Gourion le mardi 15 août 2017 (Crédit : Shahar Azran)

Un nouveau immigrant en Israël souffle dans un chophar après l’atterrissage à l’aéroport Ben-Gourion le mardi 15 août 2017 (Crédit : Shahar Azran)

Un autre sponsor est le programme Garin Tzabar, qui offre un soutien aux jeunes Juifs qui immigrent pour servir au sein de l’armée israélienne. En tout, ce sont 68 soldats solitaires aspirants – 36 femmes et 32 hommes – qui se sont envolés vers l’Etat juif.

Tandis que la majorité des intervenants ont évité le sujet politique, le consul général israélien à New York, Danny Dayan, a expliqué que les nouveaux immigrants représentaient « 233 coups mortels portés à la délégitimation d’Israël » et resteraient l’objet des conversations bien au-delà du hall d’arrivée de JFK.

« On l’a remarqué à Téhéran », a-t-il dit. « Quand le Hezbollah menace Israël, ils savent bien que vous allez les vaincre ».

Se tournant vers les futurs soldats dans la foule rassemblée, il a ajouté que « vous êtes les commandants du peuple juif… Mes jeunes amis, vous êtes sur le point de rejoindre la première armée israélienne en l’espace de 2000 ans ».

L’un de ces futurs soldats, Ron Yitzhak, âgé de 18 ans et originaire de Chicago, a expliqué être désireux de suivre les pas de son père et de ses oncles en devenant parachutiste au sein de l’armée israélienne.

Ron Yitzhak, 18 ans, qui a immigré en Israël pour rejoindre l'armée israélienne, après avoir atterri à l'aéroport Ben-Gourion le mardi 15 août 2017 (Crédit : Elie Leshem/Times of Israel)

Ron Yitzhak, 18 ans, qui a immigré en Israël pour rejoindre l’armée israélienne, après avoir atterri à l’aéroport Ben-Gourion le mardi 15 août 2017 (Crédit : Elie Leshem/Times of Israël)

« Déjà à ma bar mitzvah, j’avais dit à mes cousins que j’irai en Israël faire l’armée », a dit-il, écartant toute notion d’inquiétude sur le fait de risquer sa vie pour faire son service à des milliers de kilomètres de chez lui.

« Ça va bien se passer », a-t-il ajouté, radieux, dans un hébreu impeccable et nonchalant et a annoncé qu’après la fin de son service, il s’établira quelque part dans le sud du pays, très probablement à Eilat, « parce que j’adore la plage ».

De Kennedy à Ben Gourion

Quand l’avion a atterri à l’aéroport Ben-Gurion, les olim ont quitté l’avion sous les applaudissements. Des Israéliens ont ensuite entonné des chants de bienvenue. Après, sur les escaliers descendant de l’avion, un homme s’est arrêté et a soufflé dans un chofar, ou corne rituelle, tandis qu’en bas, les futures recrues de l’armée israélienne échangeaient des accolades, poussant des cris de joie et prenant la pose pour des photos de groupe.

Parmi les personnes présentes sur le tarmac à la descente de l’avion, David Friedman, ambassadeur américain en Israël venu accueillir sa fille de 23 ans, une infirmière qui devrait s’installer à Jérusalem.

« Nous sommes tellement fiers de notre fille Talia. Elle a toujours voulu vivre en Israël et elle est sur le point de réaliser son rêve », a-t-il déclaré aux journalistes après l’avoir chaleureusement embrassée. « Notre famille toute entière est fière d’elle. Nous sommes là pour la saluer, l’embrasser et lui souhaiter behatzlaha raba [beaucoup de réussite] en Israël ».

Il a ajouté : « Nous voulons simplement qu’elle soit heureuse. C’est quelque chose qu’elle avait toujours voulu faire. Notre famille entière adore Israël. Et c’était son rêve. Nous sommes très fiers d’elle ».

A proximité, des chaises de jardin et des rafraîchissements – entre autres, d’excellents cafés et glaces – installés dans l’un des hangars d’El-Al, un groupe de musique a joué un certain nombre de tubes contemporains israéliens et des chansons plus traditionnelles. Là-bas, les nouveaux arrivants ont eu droit à une nouvelle série de discours.

Le politicien le plus célèbre à s’exprimer a été Yair Lapid, qui préside le parti siégeant dans l’opposition de Yesh Atid. Ce dernier a évoqué feu son père, ancien ministre du gouvernement israélien, qui a été lui-même un oleh en Israël il y a 70 ans, décrivant cette immigration au sein de l’Etat juif comme une « expérience profonde de l’âme de la nation ».

« Israël vous accueille avec bonheur », a-t-il dit. « Nous avons besoin de vous parce que sans vous, notre famille est incomplète. Bon retour chez vous. Bienvenue chez vous ».

Natan Sharansky, président de l’Agence juive pour Israël, a évoqué les récents événements survenus aux Etats-Unis, établissant un parallèle entre la manifestation de Charlottesville, en Virginie, durant le week-end – au cours de laquelle des néo-nazis ont scandé « Les Juifs ne nous remplaceront pas » – et où il a été interdit aux participants d’afficher des symboles juifs.

« Il y a des antisémites sur la droite et des antisémites sur la gauche », a-t-il dit. « Notre meilleure réponse, c’est ce que vous faites : Nous continuons de construire ensemble notre foyer, l’Etat d’Israël ».

‘Je veux faire un service’

Comme Yitzhak, Hannah Partney, 22 ans, originaire du Connecticut, a expliqué qu’elle désirait rejoindre une unité de combat même si, contrairement à lui, elle n’a ni famille proche ni racines en Israël.

Hannah Partney, 22 ans, qui a immigré en Israël pour rejoindre l'armée israélienne après son atterrissage à l'aéroport Ben-Gourion le mardi 15 août 2017 (Autorisation)

Hannah Partney, 22 ans, qui a immigré en Israël pour rejoindre l’armée israélienne après son atterrissage à l’aéroport Ben-Gourion le mardi 15 août 2017 (Autorisation)

Elle est venue une première fois en Israël pour faire du bénévolat pendant quelques semaines avec l’organisation WWOOF – Vivre et apprendre dans des fermes biologiques – qui offre la nourriture et le logement en échange de travaux agricoles. Elle a immédiatement commencé à réfléchir à immigrer et à rejoindre l’armée. « Puis je suis revenue et j’ai fait un an d’université à Jérusalem », a raconté Partney, pour décider si elle mènerait à bien son projet.

« Le service militaire m’a toujours intéressé », dit-elle. « J’ai d’abord pensé à l’armée américaine mais finalement, je n’ai pas suivi cette idée. La discipline et les défis m »intéressent. Je ne veux pas vivre en Israël sans rien faire pour le pays. Je veux faire mon service. C’est réellement important pour moi ».

Tandis que ses parents ont accepté sa décision de partir en Israël, ils craignent pour sa sécurité lorsqu’elle sera soldate, a-t-elle expliqué.

« Il y a plus de risques en uniforme, alors oui, ils sont vraiment inquiets », a ajouté Partney. « Je pense que c’est parce qu’ils ne sont pas familiers avec la culture israélienne… Pour eux, voir des soldats marcher avec des fusils d’assaut est vraiment nouveau. Ce n’est certainement pas une vision qu’ils peuvent avoir en ayant le sentiment que c’est normal ».