Alors que les bénévoles s’activaient avec frénésie à recouvrir les fenêtres extérieures du temple Beth Shalom de San Juan à l’aide de film en plastique et à placer les rouleaux de Torah de la synagogue en lieu sûr, le rabbin en visite dans la congrégation a prié pour un miracle de la nouvelle année 5778 qui permettrait d’épargner Puerto Rico, menacé par l’ouragan Maria.

Cet ouragan de catégorie cinq, avec des vents jusqu’à 257 kilomètres/heures, a déjà entraîné de nombreuses destructions sur les îles voisines de la Guadeloupe et de la Dominique. Alors qu’il poursuit son chemin vers Puerto Rico — qui abrite la plus grande communauté juive des Caraïbes – les trois synagogues de l’île ont annulé leurs offices pour Rosh HaShana et demandé avec insistance à leurs membres de ne pas s’aventurer dehors.

« Nous devions assister à des offices mercredi soir. Ils n’ont pas eu lieu », explique Yadhira Ramírez Toro, à la tête du comité rituel du Temple Beth Shalom, une congrégation du mouvement réformé qui, le mois prochain, avait prévu de fêter son 50e anniversaire avec un dîner de gala et un concert. « Personne n’est supposé quitter son habitation. Au moment présent, nous sommes simplement en veille ».

Le service de météorologie national a qualifié Maria de « potentiellement catastrophique », avertissant que la tempête pourrait entraîner 63 centimètres de pluie sur ce territoire américain qui se trouve encore sous le choc après le passage de l’ouragan Irma, la semaine dernière, et qui doit faire face de surcroît à une infrastructure électrique affaiblie par les 70 milliards de dettes de l’île. Le service de météorologie a annoncé que Maria pourrait détruire même des structures bien conçues, laissant certains lieux « inhabitables durant des semaines ou durant des mois ».

En pratique, les quelque 2 000 Juifs de Puerto Rico vivent à San Juan ou dans ses environs.

La congrégation Shaare Zedek, une synagogue conservatrice située dans le quartier de Miramar, à San Juan, est la plus grandes des trois synagogues de Puerto Rico. (Crédit : Larry Luxner)

La congrégation Shaare Zedek, une synagogue conservatrice située dans le quartier de Miramar, à San Juan, est la plus grande des trois synagogues de Puerto Rico. (Crédit : Larry Luxner)

Shaare Zedek, qui accueille également le centre communautaire juif de Puerto Rico, est la congrégation la plus importante de l’île. Environ 150 familles, majoritairement d’origine cubaine, appartiennent à cette synagogue conservatrice et presque tous s’y rendent à l’occasion de Rosh HaShana – mais cela n’a pas été le cas cette année.

« L’oeil de ce super-ouragan va passer directement sur San Juan », dit Diego Mandelbaum, qui dirige les offices religieux à Shaare Zedek depuis douze ans.

« En 2005, nous avions raté la première nuit de Rosh HaShana en raison d’une tempête tropicale, mais ce n’était rien comparé à ce monstre. C’est une situation qui parle d’elle-même. Ce n’est pas une décision qui a été prise, c’est une impossibilité ».

Le temple Beth Shalom de San Juan, à Puerto Rico, se prépare pour l'ouragan Maria. (Autorisation du rabbin Norman Patz)

Le temple Beth Shalom de San Juan, à Puerto Rico, se prépare pour l’ouragan Maria. (Autorisation du rabbin Norman Patz)

« Probablement, les gens seront dans l’incapacité de quitter leur domicile. Il y aura des arbres à terre et des lignes électriques. Ce sera dangereux ou tout simplement impossible de conduire dans les rues », poursuit Mandelbaum.

Au cours des dix dernières années, le rabbin Norman Patz de Cedar Grove, dans le New Jersey, a dirigé des pffices lors des grandes fêtes au Temple Beth Shalom. Environ 100 personnes devaient y assister cette année mais en raison de la tempête aux aguets, Patz a dû improviser.

« Nous avions prévu de diffuser une lecture de l’office via Periscope, mais nous n’étions pas sûrs que cela fonctionne », explique Patz, rabbin émérite au Temple Sholom de West Essex. « Alors, à la place, j’ai composé une prière sur le danger à l’approche de l’ouragan en utilisant certaines sources traditionnelles ainsi qu’une prière trouvée sur le site internet du judaïsme réformé ».

Dans ce qui pourrait être le tout premier sermon de nouvelle année juive mentionnant un ouragan spécifique, Patz supplie le tout-puissant : « Quel chaos apportera donc le vent ? Quelles destructions vont donc frapper ? Qui va souffrir ? Dieu de mystère et de respect, mets-nous tous en sécurité alors que l’ouragan Maria s’apprête à s’emparer de nos maisons et de nos vies. Protège-nous, abrite-nous, garde-nous, donne à chacun d’entre nous qui se trouve sur le parcours de cette tempête puissante la tranquillité d’esprit et la sécurité physique, et donne la paix de l’esprit à tous ceux qui s’inquiètent pour notre bien-être ».

Dans le quartier Isla Verde de San Juan, qui fait face à l’océan – et qui accueille l’aéroport international principal de Puerto Rico ainsi qu’un lieu de culte habad – le rabbin Mendel Zarchi indique avoir ouvert les portes de sa synagogue neuve à ceux qui ont besoin d’un abri.

Le centre pour les visiteurs du mouvement habad, dans le vieux San Juan, offre de l'alimentation casher et des souvenirs aux touristes en escale des croisières et autres à Puerto Rico, qui héberge la plus grande communauté juive des Caraïbes. (Crédit : Larry Luxner/Times of Israel)

Le centre pour les visiteurs du mouvement habad, dans le vieux San Juan, offre de l’alimentation casher et des souvenirs aux touristes en escale des croisières et autres à Puerto Rico, qui héberge la plus grande communauté juive des Caraïbes. (Crédit : Larry Luxner/Times of Israël)

« C’est un moment de grande anxiété. C’est un ouragan de catégorie 5 et la majorité des gens n’ont encore jamais vécu cela », dit Zarchi, qui vit à Puerto Rico depuis 19 ans.

Il explique que le bâtiment de deux étages, est à seulement un pâté de maisons de la mer, mais il est toutefois conçu conformément aux normes fédérales de résistance aux ouragans les plus récents.

« C’est une structure de 1 000 mètres carrés avec des fenêtres résistantes aux tempêtes », ajoute-t-il. « Les rouleaux de Torah sont habituellement rangés dans un mur en arc en béton, mais ces murs donnent sur l’extérieur alors nous les avons placés dans une pièce intérieure qui n’est pas exposée en cas de fuites. Nous avons également de l’eau pour ceux qui ne pourront pas en trouver dans les magasins ».

Zarchi poursuit en disant que « dès qu’il sera à nouveau possible de s’aventurer dehors sans risque », les membres du mouvement Habad seront présents pour venir en aide aux Juifs et aux non-Juifs de toutes les manières possibles.

« C’est une tempête qui se déplace lentement et elle restera sur l’île pendant 12 à 18 heures au moins », dit Zarchi.

« Notre structure possède un générateur auxiliaire, nous avons des réserves alimentaires et nous ferons tout ce que nous pouvons pour partager nos ressources avec la communauté. Que Dieu nous donne la force et puissions-nous être épargnés par la colère de Maria ».