JTA – Lorsqu’ils ont débarqué dans le nord du Kenya en 2011, au plus fort d’une sécheresse de masse, l’organisation d’aide aux réfugiés israélienne IsraAid envisageait de livrer de la nourriture et d’autres denrées essentielles aux 100 000 résidents du camp de réfugiés de Kakuma.

L’année suivante, quand la sécheresse s’est désagravée, les responsables d’IsraAid ont réalisé que ce genre d’aide était devenu moins crucial. De bien plus grandes organisations fournissaient de la nourriture, des vêtements et des médicaments.

Mais plutôt que de quitter le pays, IsraAid a réorienté son activité en passant d’une aide sur le court-terme à une aide sur le long-terme grâce à un outil que les Israéliens maîtrisent à la perfection : le soutien post-traumatique.

Des décennies d’attaques terroristes ont fourni aux Israéliens l’expérience nécessaire pour s’occuper des réfugiés – nombre d’entre eux ayant survécu à la famine, la torture ou la mort violente de leurs proches.

IsraAid a formé 18 résidents du camp au métier de travailleur social. La plupart d’entre eux aident désormais les autres réfugiés à surmonter leur douleur.

« Une partie de la santé d’un individu est constituée de sa santé mentale », explique Naama Gorodischer, la directrice d’IsraAid au Kenya.

« Nous pouvons faire ce que nous savons. Et ce que nous faisons pour tous nos projets, c’est l’utilisation du savoir-faire israélien pour développer les compétences. »

Le programme de sensibilisation à la violence à caractère sexiste, un partenariat d'IsraAID avec la police soudanaise (Crédit : autorisation d'IsraAID)

Le programme de sensibilisation à la violence à caractère sexiste, un partenariat d’IsraAID avec la police soudanaise (Crédit : autorisation d’IsraAID)

IsraAid est l’une des nombreuses ONG qui cherche à améliorer les conditions de vie des Kenyans en important la technologie et l’expertise israéliennes. Leur travail est rendu possible par les relations amicales qu’entretiennent depuis longtemps Israël et le Kenya, ainsi que par la relative stabilité politique et économique du pays.

Nairobi, une ville en plein développement où des centres commerciaux et des routes modernes se mêlent aux bidonvilles et aux résidences privées, est devenu le centre du travail humanitaire en Afrique de l’Est.

Plusieurs organisations internationales, de l’ONU à Oxfam, y ont établi leur siège. Même après les attaques terroristes dans le centre commercial de Westgate en septembre, les travailleurs humanitaires continuent d’agir sans trop de crainte.

« Nairobi est un centre international pour le développement de l’Afrique de l’Est », explique Gilad Milo, le fondateur d’Israel for Africa, une ONG basée au Kenya qui enseigne aux jeunes comment cultiver en se servant des technologies israéliennes. « C’est un point d’entrée vers la Tanzanie, l’Ouganda, l’Ethiopie, le Burundi. C’est un très bon creuset d’idées. »

Depuis son indépendance en 1963, le Kenya est une destination appréciée des Israéliens.

Des entreprises israéliennes ont aidé à la construction des infrastructures du pays et au développement du secteur agricole. Les deux pays collaborent également sur des questions de sécurité. Les liens sont solides, l’armée israélienne ayant notamment conseillé le Kenya au lendemain des attaques de Westgate.

Des experts israéliens viennent régulièrement au Kenya pour des séminaires sur des sujets aussi variés que la technologie agricole ou le krav maga, une méthode d’autodéfense développée en Israël.

« Il y a une forte affinité entre Israël et le Kenya»

Gil Haskel, ambassadeur d’Israël au Kenya

Des relations aussi proches ont conduit à une explosion de l’aide humanitaire israélienne.

Israel for Africa fournit à de jeunes Kényans dans le besoin des équipements agricoles qui leur permettent de cultiver sur de petites parcelles, qu’il s’agisse de serres fabriquées en Israël ou des systèmes de micro-irrigation conçus en Israël.

Les membres de l’une des associations avec lesquelles Israel for Africa collabore, un groupe de danse du nom de Ramsa Africa, commencent le travail à 6h du matin dans des champs de tomates, de poivrons, d’épinards et de choux.

Ils arrosent les récoltes au moyen de tuyaux d’irrigation et vérifient si les plantes présentent des signes d’infection. Après le déjeuner, ils se rendent à leur répétition de danse.

« Cela n’aurait pas de sens d’avoir inventé la micro-irrigation [juste] pour notre petit lopin de terre », estime Milo au volant de son 4X4, qui sillonne les routes vallonnées d’un bidonville de Nairobi. « Il est nécessaire de voir plus large. »

Un volontaire à l'hôpital de campagne d'IsraAID à Kakuma, au Kenya (Crédit : autorisation d'IsraAID)

Un volontaire à l’hôpital de campagne d’IsraAID à Kakuma, au Kenya (Crédit : autorisation d’IsraAID)

L’association israélienne Brit Olam mène une mission similaire en dirigeant un programme de développement agricole dans la région semi-aride de Turkana, au nord-ouest du Kenya.

En raison de la sécheresse, il est devenu impossible de se reposer sur le pâturage du bétail. Brit Olam a donc importé d’Israël des technologies agricoles adaptées au climat désertique pour rendre les résidents locaux économiquement indépendants.

« Il y a un changement de mentalité chez des gens qui n’ont jamais eu à se lever tôt et à aller chaque jour au champ », décrit Millet Biberman de Brit Olam. « Mais jusqu’à ce que vous ayez de l’eau et de la nourriture, vous ne pouvez pas faire autrement. »

L’ONG Save A Child’s Heart, créée en 2008 et active dans 44 pays, fait venir en Israël des enfants kényans défavorisés qui ont besoin de chirurgie cardiaque. La branche kényane de l’association a fait une pause entre 2009 et cette année, jusqu’à ce que la fondatrice Rina Attias en reprenne les commandes. Selon Attias, il y a 250 enfants sur liste d’attente.

250 enfants défavorisés attendent de pouvoir bénéficier d’une chirurgie cardiaque

Attias qui a survécu à l’attaque de Westgate en se cachant dans une armoire, confie qu’avoir survécu au terrorisme a renforcé sa volonté de sauver des vies.

« Chaque endroit connaît son lot d’horreurs », explique-t-elle. « Cela peut se produire n’importe où. Si je devais mourir, je serais morte, mais mon heure n’a visiblement pas encore sonné. J’ai donc décidé d’en faire plus pour ce pays. »