Dans un discours explosif, un haut-responsable de la police israélienne a indiqué à un groupe de la Knesset mercredi que ce sont les barons du crime israélien qui se trouvent derrière l’industrie des options binaires et que le crime organisé dans le pays s’est considérablement enrichi et renforcé en résultat de l’échec gouvernemental à appréhender durant de nombreuses années l’ampleur du problème.

« Nos yeux se sont ouverts », a déclaré le commissaire Gabi Biton, qui enquête sur les fraudes financières et le blanchiment d’argent. « Ce à quoi nous assistons ici, c’est à une gigantesque entreprise criminelle organisée. Nous parlons de criminels à différents niveaux des organisations du crime, jusqu’au plus haut ».

L’industrie largement frauduleuse des options binaires en Israël génère, selon les estimations, entre 5 milliards et 10 milliards de dollars par an et émane très largement de l’Etat juif. Elle serait constituée de bien plus d’une centaine d’entreprises et emploierait entre 5 000 et des milliers de salariés.

Le Times of Israël a exposé et détaillé les activités de ces entreprises largement frauduleuses au mois de mars 2016, en commençant par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv : la vaste et immorale arnaque du Forex dévoilée« . Ces compagnies trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas – à travers des plate-formes de commerce truquées, un refus de rendre l’argent ou d’autres ruses – les clients finissent par perdre tout leur argent ou presque et ce du jour au lendemain. Les commerciaux escrocs cachent habituellement l’endroit où ils se trouvent, présentent de manière mensongère les produits qu’ils vendent et utilisent de fausses identités.

C’est parce que les options binaires sont une escroquerie qui rapporte beaucoup d’argent, a dit Biton, que les groupes du crime organisé ont gravité vers elles. « Ils ont entrevu des potentiels économiques énormes dans les options binaires », a-t-il ajouté, expliquant que ces patrons du crime organisé ont alors loué les services de professionnels, des personnes expertes en langues étrangères et des spécialistes des paiements pour les aider à mener à bien leurs fraudes.

« Cela a pris des proportions monstrueuses », a-t-il poursuivi. « Je peux dire que nous sommes en train de découvrir de nouvelles voies du blanchiment d’argent à travers ce crime dont nous n’avions pas connaissance ».

Biton s’est exprimé lors de la deuxième des trois réunions de la Commission des réformes de la Knesset consacrée aux délibérations sur une proposition de loi portant sur l’interdiction de l’industrie des options binaires. Lors de la précédente rencontre, lundi, plusieurs personnes présentes avaient été choquées de découvrir que la proposition de loi, dévoilée au mois de février, a été d’ores et déjà substantivement dépouillée de ses termes.

Le texte original, rédigé par l’Autorité des titres israélienne (ATI) en partenariat avec le ministère de la Justice et le bureau du procureur général, voulait interdire l’industrie entière des options binaires mais aurait également empêché les entreprises de Forex, de CFD et autres d’offrir leurs produits à des clients à l’étranger sans autorisation préalable. La proposition de loi du mois de février 2017 stipulait que les entreprises de trading en ligne opérant depuis le territoire israélien et ciblant des clients à l’étranger devaient le faire après obtention d’une licence dans le pays où elles menaient leurs opérations.

Mais le texte avait changé dans les mois qui avaient suivi et si, dans sa version actuelle – approuvée le mois dernier par le cabinet – l’interdiction des options binaires est toujours présente, des clauses additionnelles, couvrant d’autres instruments financiers, ont été retirées. Cette nouvelle version de la législation a été officiellement publiée le 20 juin par la Knesset mais n’a pas été rendue publique, et de nombreuses personnes critiques de l’industrie n’ont découvert ces changements qu’au cours des derniers jours ou de la session de lundi.

Durant la réunion de la Commission de mercredi, certains membres de l’assistance ont affirmé que la proposition de loi ainsi révisée permettrait aux entreprises d’options binaires d’adapter légèrement la nature de leurs produits, en offrant du Forex ou des CFD à la place, et de continuer à tromper les clients du monde entier en toute impunité.

Une source impliquée dans la législation a dit au Times of Israël : « La loi élargie aurait été idéale mais je ne pense pas qu’elle aurait été en mesure de passer un vote final à la Knesset même si la Commission l’avait approuvée. Vous ne pouvez pas imaginer la pression exercée sur les membres de la Knesset pour affaiblir cette proposition. L’industrie possède énormément d’argent et elle exerce une pression massive ».

Une réunion organisée le 2 août 2017 à la Knesset pour évoquer l'interdiction de l'industrie des options binaires israélienne (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

Une réunion organisée le 2 août 2017 à la Knesset pour évoquer l’interdiction de l’industrie des options binaires israélienne (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)

La Commission doit voter sur la proposition de loi lundi prochain. Si cette dernière est approuvée, elle passera alors à la Knesset pour sa deuxième et sa troisième lecture, qui sera également la dernière.

Biton, le commissaire de police, a assuré à ceux qui se trouvaient dans l’assistance mercredi que la proposition de loi sous sa forme actuelle est suffisante parce qu’elle permet au ministre de la Défense d’élargir l’interdiction à d’autres produits financiers à l’avenir, en consultation avec l’Autorité des Titres israélienne et la Commission des finances de la Knesset. Biton a ajouté que la police a dorénavant conscience de la gravité du danger de cette fraude en Israël et qu’elle mène de multiples enquêtes sur des personnalités clés de l’industrie.

Regardant à travers la pièce plusieurs personnalités venues soutenir les options binaires ainsi que des représentants de l’industrie, Biton a déclaré sèchement : « Nous avons des noms. Nous avons des noms d’entreprises, nous avons des noms de personnes, nous avons des noms d’organisations criminelles et nous avons les noms de soldats au sein d’organisations criminelles ».

Il a précisé devant le groupe que les fraudeurs aux options binaires font partie d’un réseau sophistiqué de criminels qui ont commis de multiples escroqueries sur internet au cours de la dernière décennie. Certains d’entre eux, a-t-il expliqué, ont été les auteurs de l’arnaque à la taxe carbone, qui a été qualifiée de « crime du siècle » en France. Plus tard, certains se sont tournés vers d’autres fraudes sur la Toile, tandis que d’autres ont fait leur chemin vers les options binaires.

« Les options binaires ont permis aux organisations criminelles israéliennes de se renforcer de manière significative », a commenté Biton. « Nous avons reçu des rapports de la part d’agences chargées de l’application de la loi variée en Israël soulignant l’enrichissement fulgurant des auteurs de la fraude ».

Il a affirmé que la police israélienne avait commencé à remonter la trace de l’argent des options binaires et à identifier les vrais propriétaires des sites enregistrés auprès de sociétés-écran dans des endroits comme Belize ou les Iles vierges britanniques.

Biton a ajouté que depuis que les régulateurs et les autorités policières en Amérique du nord et en Europe se penchaient sur la fraude aux options binaires, les entreprises déplacent leurs activités dans les pays arabes et d’Extrême-orient.

Lors de cette réunion de la Commission, plusieurs représentants de l’industrie ont plaidé en faveur de la non-interdiction de travailler avec les options binaires pour les fournisseurs de technologie israéliens. Des intervenants qui se sont présentés au nom du fournisseur de plate-forme SpotOption, par exemple, ont fermement rejeté la notion que la firme soit impliquée dans des comportements frauduleux et ont déclaré qu’ils ne voulaient pas être impactés par la loi, comme cela serait le cas si la proposition de législation était approuvée.

David Ripstein, ancien directeur-général de SpotOption, a expliqué à la Commission que : « A SpotOption, j’ai développé un programme qui était honnête et qui présentait 50 % de pertes et 50 % de gains ».

Mais Biton, évoquant les plate-formes de trading d’options binaires en général, a expliqué : « Je n’ai pas de problème avec les entreprises qui se contentent de fournir de la technologie. Mais lorsque vous demandez une commission de plus de 10 %, c’est étrange pour une entreprise qui n’offre qu’une simple plate-forme et des systèmes de traitement de paiements ». (SpotOption n’a pas spécifié lors de la réunion si la firme prélevait une commission sur chaque transaction).

Habituellement, « quand vous transférez de l’argent, vous payez une commission de 0,5 % », a dit Biton. « J’ai appris du blanchiment d’argent que lorsque vous transférez de l’argent appartenant à des organisations criminelles, ça coûte 14 %. Cela nous donne une indication qu’ici, il y a quelque chose qui ne va pas ».

Une vue du quartier des diamants de Ramat Gan, où se trouvent de nombreuses entreprises d'options binaires, le 3 avril 2016. (Crédit : Simona Weinglass/The Times of Israel)

Une vue du quartier des diamants de Ramat Gan, où se trouvent de nombreuses entreprises d’options binaires, le 3 avril 2016. (Crédit : Simona Weinglass/The Times of Israël)

Biton a ajouté que dans de nombreuses entreprises d’options binaires, l’argent des clients n’atteignait jamais la plate-forme d’investissement. « Il reste en traitement de paiement pendant 30 jours. Alors quel argent investissez-vous donc ? », a-t-il demandé, se tournant vers les représentants de l’industrie. « Avec qui travaillez-vous ? »

Les entreprises d’options binaires utilisent massivement des systèmes high-tech de traitement de paiement, a-t-il ajouté.

« Il y a un système très robuste de traitement de paiement, de traitement de paiement secondaire et d’agrégateurs dont l’objectif est de cacher la nature de l’activité aux banques acquéreuses », a-t-il poursuivi.

Biton a indiqué qu’il enquête actuellement sur plusieurs dossiers de fraudes aux options binaires dans le monde entier et que les victimes sont appelées à déposer plainte.

« Nous nous focalisons sur les grosses affaires. Mais nous avons reçu une directive de la part du chef de la division des renseignements et des enquêtes de la police, nous demandant que toute plainte arrivant jusqu’à nous fasse l’objet d’une enquête ».

D’anciens employés de l’industrie, a-t-il ajouté, sont de plus en plus nombreux à vouloir parler à la police : « Nous nous sommes entretenus avec des programmateurs des plate-formes de trading, des commerciaux, même des chefs d’équipe ».

Et pourtant, a-t-il continué, il est encore difficile de réunir suffisamment de preuves pour pouvoir inculper les fraudeurs.

« Nous parlons d’entreprises qui sont enregistrées dans des pays où leurs actionnaires sont deux autres entreprises. Les serveurs ne sont pas en Israël. Nous devons demander de l’aide aux autres pays. Ce qui demande du temps ».

En conclusion, Biton a promis de mettre un terme à cette fraude.

« Comme les stupéfiants, le jeu et la prostitution, elle ne disparaîtra pas entièrement. Mais nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour mettre un terme à ce phénomène ».