Les Palestiniens à Kushner : Ce sera la fin du processus de paix si Trump soutient Israël sur Jérusalem
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Les Palestiniens à Kushner : Ce sera la fin du processus de paix si Trump soutient Israël sur Jérusalem

Selon un reportage, une délégation d'Abbas s'est rendue à la maison Blanche, avertissant que le transfert de l'ambassade ou la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne "tueront les négociations"

Jared Kushner, (à gauche), conseiller à la Maison Blanche, et Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, à Ramallah, le 24 août 2017. (Crédit : WAFA)
Jared Kushner, (à gauche), conseiller à la Maison Blanche, et Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, à Ramallah, le 24 août 2017. (Crédit : WAFA)

Une délégation de l’Autorité palestinienne a rencontré vendredi Jared Kushner pour avertir l’administration Trump que si elle devait annoncer la relocalisation de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ou que si le président Donald Trump devait explicitement reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, cela marquerait la fin du processus de paix, a fait savoir un reportage diffusé à la télévision.

Samedi soir, Trump n’avait pas encore signé une dispense permettant de reporter le déménagement de l’ambassade pendant encore six mois et il a seulement jusqu’à lundi pour le faire. Des informations livrées par les médias, ces derniers jours, ont affirmé que le président américain considère Jérusalem comme la capitale israélienne et qu’il pourrait donner comme instruction à son équipe de préparer la relocalisation de l’ambassade.

Cela fait longtemps que le gouvernement israélien désire que les Etats-Unis relocalisent leur ambassade et que la communauté internationale reconnaisse Jérusalem en tant que capitale de l’Etat juif.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec Saeb Erekat, à Jérusalem, en avril 2012. Yitzhak Molcho , conseiller de Netanyahu, à gauche, est avec le chef de la sécurité de l’AP Majed Faraj, 2e à gauche. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO/Flash90)

Toute initiative de ce type « tuera les négociations », a fait savoir la délégation de l’AP – qui comprenait Majed Faraj et Saeb Erekat, de hauts-responsables proches du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas — vendredi à Kushner, a annoncé samedi soir la chaîne Hadashot.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’Etat juif tout comme l’annonce du transfert de l’ambassade marqueraient la fin du processus de paix, auraient ajouté les représentants palestiniens.

Cette mise en garde a été appuyée par un courrier écrit par Erekat, qui reflétait la colère d’Abbas face aux éventuelles initiatives qui pourraient être prises par les Etats-Unis.

La délégation de l’AP a par ailleurs indiqué que si les Etats-Unis devaient effectuer de telles démarches, les Palestiniens déclareraient que l’administration Trump n’a plus la capacité de se présenter comme « un négociateur honnête » pour gérer d’éventuels pourparlers israélo-palestiniens, a fait savoir la Dixième chaîne, qui a précisé que la rencontre avait eu lieu à la Maison Blanche.

Les conseillers d’Abbas ont émis des avertissements similaires vendredi. Mahmoud Habash, l’un d’entre eux, a ainsi déclaré que ces initiatives seraient « une destruction complète du processus de paix ». S’exprimant en présence d’Abbas, Habash a signalé que « le monde paiera le prix » de tout changement survenu dans le statut de Jérusalem.

« La reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël et le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem impliquent le même degré de danger pour l’avenir du processus de paix et poussent la région dans l’instabilité », a également affirmé Nabil Abou Roudeina, porte-parole de l’Autorité palestinienne.

Sans mentionner explicitement le président américain ou les Etats-Unis, M. Abou Roudeina avait affirmé plus tôt vendredi que toute solution juste au Moyen-Orient passait par la reconnaissance de Jérusalem-Est comme capitale d’un futur Etat palestinien indépendant.

« C’est par Jérusalem-Est, avec ses sites sacrés, que commence et s’achève toute solution ou tout projet qui puisse sauver la région de la destruction », a-t-il déclaré dans un communiqué publié par l’agence de presse officielle Wafa.

L’ONU n’a jamais reconnu l’annexion de Jérusalem-Est et considère que le statut final de la ville doit être négocié. Les ambassades étrangères sont installées à Tel Aviv. Israël proclame que toute la ville de Jérusalem est sa capitale « indivisible ».

Une telle déclaration présidentielle risquerait d’entraîner une réponse furieuse de la part des Palestiniens et autres alliés arabes, comme la Jordanie et l’Arabie saoudite, alors que la Maison Blanche de Trump se prépare à faire avancer ses démarches de négociations de paix au Moyen-Orient.

Israël explique que Jérusalem est la capitale éternelle et indivisible de l’Etat juif tandis que les Palestiniens revendiquent Jérusalem-est comme capitale de leur futur état.

La décision est très attendue, le statut de Jérusalem étant l’une des questions les plus épineuses du conflit israélo-palestinien.

Une loi du Congrès américain adoptée en 1995 stipule que la représentation diplomatique de Washington en Israël doit se trouver à Jérusalem. Mais, depuis deux décennies, une clause dérogatoire, signée tous les six mois par tous les présidents américains successifs, permet à l’exécutif américain de bloquer sa mise en oeuvre.

Chacun des trois prédécesseurs immédiats de Trump — Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama — ont signé à chaque fois cette dispense. Trump, pour sa part, ne l’a fait que lorsqu’il a atteint sa première date-butoir, au mois de juin. Il devra prendre la décision de la signer pour la seconde fois au cours de sa présidence lundi (alors que la date-limite officielle est le 1er décembre, elle a été repoussée à après le week-end dans la mesure où le 1er décembre était un vendredi).

Les médias télévisés ont précisé que les Palestiniens craignaient actuellement que leurs avertissements resteraient lettre morte.

Kushner, le gendre de Trump, qui est chargé des négociations de paix, devrait évoquer l’approche par l’administration américaine des pourparlers israélo-palestiniens à l’occasion d’une – très – rare intervention au Forum Saban qui est organisé dimanche à Washington.

La Maison Blanche, pour sa part, n’a pas officiellement confirmé ce qu’elle a l’intention de faire sur la question de Jérusalem, disant que pour le moment, des options variées restent ouvertes.

De multiples informations ont été transmises, cette semaine, disant que le président userait pour la deuxième fois d’une dispense pour reporter la relocalisation de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, mais qu’il pourrait prendre l’initiative spectaculaire de reconnaître officiellement la ville sainte comme capitale d’Israël.

Selon un reportage paru sur le site Axios vendredi, Trump devrait faire un discours sur le sujet mercredi.

Un porte-parole de la Maison Blanche, contacté par le Times of Israel vendredi après-midi, n’a pas confirmé les informations. « Le président a toujours dit que c’était une question de quand – et non de si « , a-t-il expliqué. « Le président réfléchit encore aux options et nous n’avons rien à annoncer ».

Le reportage d’Axios a cité deux sources qui auraient directement connaissance des intentions de Trump.

L’ambassade américaine à Tel Aviv. (Crédit : Flash90)

Mardi, le vice-président américain Mike Pence a expliqué que Trump « réfléchit activement à quand et comment déplacer l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem ». Pence s’exprimait lors d’une rencontre avec des ambassadeurs de l’ONU, des diplomates et des chefs de la communauté juive lors d’un événement à New York commémorant le 70ème anniversaire du vote des Nations unies en faveur de la partition de la Palestine qui avait mené à la création d’Israël.

Le vice-président Mike Pence à la tribune lors de l’événement mis en place par la Mission permanente d’Israël aux Nations unies célébrant le 70ème anniversaire du vote de l’ONU appelant à « la création de l’état d’Israël », au Queens Museum de New York, le 28 novembre 2017 (Crédit : AFP/TIMOTHY A. CLARY)

La reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale israélienne serait une initiative très controversée, susceptible de créer des agitations au Moyen-Orient. Le Wall Street Journal a fait savoir que des responsables américains contactaient les ambassades de la région pour les préparer à la possibilité de manifestations violentes.

La Dixième chaîne israélienne, citant des sources en Israël, a fait savoir qu’il y avait trois camps à la Maison Blanche qui avaient des opinions différentes sur la gestion de cette question.

Le premier pousse le président à ne pas signer la dispense, à commencer le processus de relocalisation de l’ambassade et à reconnaître également Jérusalem comme capitale d’Israël.

« Il pourrait arriver » que le président « ne signe simplement pas » la dispense, a fait savoir vendredi la Dixième chaîne.

Un second camp recommande de ne rien faire, de signer la dispense et de ne pas reconnaître Jérusalem dans la mesure où cela nuirait aux perspectives d’un processus de paix et où cela nuirait aux liens entretenus avec les Etats arabes. Le troisième groupe recommande vivement de signer la dispense mais de faire un geste symbolique en reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’Etat juif, a expliqué le reportage.

L’AFP a contribué à ce reportage.

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