Il n’a pas fallu attendre trop longtemps. Environ 24 heures après que les résultats des élections aient été connus en Israël et quelques heures après la publication de résultats exacts, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (Abu Mazen) a evoqué pour la première fois la victoire de Benjamin Netanyahu.

« Le gouvernement d’Israël n’est pas sérieux dans la recherche d’une solution qui aboutira à la création d’un Etat palestinien », a-t-il expliqué en faisant référence aux declarations du Premier ministre contre la création d’un Etat palestinien, « Cela n’est pas une position nouvelle à nos yeux ».

Il est encore difficile d’expliquer quelle était l’intention de l’auteur ou plutôt du président de l’AP. Est-ce qu’en faisant cette déclaration le jour-même oû le Comité exécutif de l’OLP se réunissait pour discuter de l’avenir de la coopération sécuritaire avec Israël, Abbas a voulu suggérer que la coordination touchait à sa fin ? Ou bien a-t-il insinué qu’il envisage de rendre bientôt les clés à Israël et lui laisser diriger les affaires de la Cisjordanie ? Ou bien n’est-ce peut-être qu’une nouvelle menace visant à effrayer les électeurs de Netanyahu, lesquels ne semblent pas craindre particulièrement la mort de la solution à deux Etats.

Le négociateur en chef de l’OLP Saeb Erekat, a fait savoir dès mardi quelles mesures l’Autorité avaient l’intention de prendre.

L’infatigable Erekat ayant réalisé juste après la publication des estimations de sortie des urnes que Netanyahu serait le prochain Premier ministre a voulu clarifier que l’intention des Palestiniens était d’accélérer les procédures contre Israël devant la Cour internationale.

Il est douteux que l’Autorité palestinienne se contente de cela. Etant donné que le gouvernement de droite qui semble se profiler tournera le dos à la communauté internationale et à l’administration américaine, il est probable que l’Autorité retournera même devant le Conseil de Sécurité de l’ONU pour demander la reconnaissance de la Palestine en tant qu’Etat. L’administration americaine usera-t-elle de son droit de veto pour empêcher une telle décision ? Probablement pas.

Les actions devant la Cour ou devant le Conseil de Sécurité semblent être à ce stade les plus petits des problèmes de Netanyahu dans le contexte palestinien.

Contrairement aux priorités décrites dans les médias, les principaux problèmes devant la porte du Premier ministre ne sont ni le logement ni même (probablement) l’Iran, mais plutôt les taxes des Palestiniens et la coordination sécuritaire laquelle se trouve maintenant dans le champ de tir de la direction de l’OLP et du Fatah.

Cela signifie que, si Israël ne dégelait pas prochainement les taxes prélevées pour le compte des Palestiniens, la coordination sur la sécurité prendrait fin.

Les conséquences de la cessation de la coordination sont claires.

Tout d’abord, au niveau du terrorisme, des dizaines d’activistes du Hamas et du Jihad islamique agiront à leur guise sans que l’AP ne tente de les contrecarrer.

Deuxièmement, au niveau populaire, la police palestinienne qui empêche souvent des frictions et des affrontements avec l’armée israélienne dans les territoires ne le fera plus et une escalade de la tension est à craindre. La logique dit donc que, maintenant que les élections sont passées, Netanyahu étant exempt de considérations électorales, au moins dans un proche avenir, pourrait permettre le transfert des taxes.

Cependant ce n’est pas un choix facile pour le Premier ministre.

Bien que ces fonds appartiennent aux Palestiniens, Netanyahu a déclaré dans le passé que tant que l’Autorité ne renonce pas à la procédure devant la Cour Pénale Internationale, Israël gardait l’argent.

Dans la pratique, c’est une des armes dans le champ de bataille diplomatique. Alors que faire ? Comment peut-on dégeler les recettes fiscales et dans le même temps empêcher l’Autorité de se rendre devant les instances internationales ? Ce n’est pas clair à ce stade.

Et malgré les déclarations qui proviennent de hauts fonctionnaires de l’AP, il faut dire que les personnalités les plus proches de Mahmoud Abbas (Abou Mazen), ont été très prudentes mercredi en se gardant de toute attaque personnelle contre Netanyahu.

Dans le plus proche environnement d’Abbas, on pouvait entendre, aussi surprenant que cela puisse paraître, une admiration pour Netanyahu en tant que politicien.

« C’est étonnant, je dois vous le dire. Il est un leader. Que nous le voulions ou non, il a prouvé qu’il peut se sortir de situations difficiles ».

Un autre dirigeant du Fatah, proche d’Abbas a expliqué que dans une certaine mesure il sera plus facile pour l’Autorité de travailler avec le Premier ministre.

« Nous connaissons ses points de vue. Il n’y aura pas de jeux superflus ».

Les deux ont dit que l’Autorité ne se précipitera pas d’entreprendre des procédures avant d’en savoir plus sur les intentions de Netanyahu. Même si, aujourd’hui (jeudi) comme indiqué, doit se tenir un débat sur les moyens de mettre en œuvre la décision du Conseil central pour arrêter la coordination, on ne s’attend pas à des décisions significatives sur le terrain.

La question qui intéresse tout le monde est aussi quel est exactement le Netanyahu que rencontreront les Palestiniens dans les prochains mois.

Est-ce le Bibi des derniers jours de la campagne, qui cherche la confrontation ou bien celui qui a mené des négociations secrètes par l’intermédiaire de son émissaire Yitzhak Molcho, qui ont abouti même à des points d’entente de grande envergure.

Cette question préoccupe aussi les Jordaniens et les Egyptiens. On a appris mercredi que l’Egypte recevrait du consortium Tamar du gaz d’une valeur d’environ un milliard deux cents millions de dollars. Néanmoins les Egyptiens sont certainement inquiets de la possibilité d’une escalade en Cisjordanie.

Même pour les Jordaniens cela reste un mystère. Aurons-nous le Netanyahu qui a su calmer les choses, il y a quelques mois autour de Jérusalem et du mont du Temple, ou le Bibi qui a autorisé les députés du Likud et d’extrême droite à créer l’agitation initiale dans la ville.

La communauté internationale et les Etats-Unis ne resteront pas les mains croisées si la construction dans les implantations devait s’accélérer comme Netanyahu l’a promis lors de sa campagne électorale.

L’UE a appelé hier à reprendre les négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne.

Si cela ne se produisait pas (et cela n’est pas susceptible de se produire) l’Union Européenne devrait prendre des mesures concrêtes contre Israël, qui nuiraient à son économie.

Est-ce que cela conduira à un changement dans la politique du gouvernement de droite israélien ? Probablement pas. Mais cela encouragerait certainement les Palestiniens à poursuivre d’abord leur lutte sur le plan diplomatique , puis peut-être plus tard la lutte populaire contre Israël et Netanyahu.

Il y a aussi quelqu’un qui se félicite de la victoire de Netanyahu

Le secrétaire du Comité central du Fatah Jibril Rajoub, semblait assez joyeux mercredi matin, quelques heures après que la publication des résultats. « Que Dieu vous et nous aide, » a-t-il dit avec son sarcasme caractéristique.

Jibril Rajoub (Crédit : Nati Shohat/Flash90/File)

Jibril Rajoub (Crédit : Nati Shohat/Flash90/File)

Rajoub, qui a passé 17 ans de sa vie dans les prisons israéliennes, et qui a suivi de près les élections, a detaillé dans une conversation avec moi tous les « avantages » pour les Palestiniens de la victoire de Netanyahu. « Cela va juste vous nuire, à vous les Israéliens. Netanyahu a dit qu’il s’oppose à un Etat palestinien ? C’est excellent pour nous. Cela va prouver à la communauté internationale qu’il n’y a personne avec qui parler du côté israélien. Et je tiens à vous le dire ainsi qu’aux Israéliens. L’Etat palestinien sera créé que Netanyahu le veuille ou non. Les résultats des élections montrent que la pensée raciste est dominante dans votre pays. Finalement, eux aussi, Netanyahu et la droite, devront se rendre compte qu’il n’y a pas d’autre alternative qu’une solution à deux Etats. Nous n’allons pas lever un drapeau blanc. La droite ne nous fait pas peur, mais c’est juste nuisible à Israël et à la stabilité de la région. Nous sommes ici et nous n’avons pas d’autre pays. La droite en Israël doit comprendre qu’elle n’obtiendra pas la sécurité tant qu’il n’y aura pas la paix. Elle a le choix entre continuer la colonisation et dans ce cas cela sera une confrontation avec nous, ou non. Si le nouveau gouvernement israélien poursuit sa politique antérieure, cela signifie que nous nous dirigeons vers un conflit ».

Qu’en est-il de la coordination sécuritaire ?

« Tous les sujets de coordination sécuritaire et de relation avec Israël dépendent de la création d’un Etat palestinien. Tous les sujets. Autrement dit, sans la création d’un Etat, il aura une incidence sur les relations entre Israël et l’Autorité palestinienne à tous les niveaux ».