Les dirigeants palestiniens ont accusé Israël de vouloir occulter la tragédie des réfugiés, à l’occasion des commémorations jeudi de la « Nakba », l’exode de plus de 750.000 Palestiniens après la création de l’Etat d’Israël en 1948.

La Nakba (catastrophe, en arabe) est commémorée par des manifestations à travers la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Des heurts ont opposé jeunes manifestants palestiniens et soldats israéliens en Cisjordanie, notamment près de la prison militaire d’Ofer aux environs de Ramallah, où un Palestinien de 20 ans a été blessé à la poitrine par balle réelle, selon des sources hospitalières.

Signe du climat de réconciliation entre le Fatah du président Mahmoud Abbas, qui administre les zones autonomes de Cisjordanie, et le Hamas, au pouvoir à Gaza sous blocus, les étendards distinctifs des mouvements étaient généralement absents, au profit des drapeaux palestiniens et des keffiyehs, autre symbole national.

« En ce 66e anniversaire de la Nakba, nous espérons que cette année sera celle de la fin d’une longue souffrance », a déclaré le président Mahmoud Abbas, lui-même un réfugié, dans une allocution retransmise mercredi soir.

« Il est temps de mettre fin à la plus longue occupation de l’histoire moderne et temps pour les dirigeants d’Israël de comprendre qu’il n’y a pas d’autre patrie pour les Palestiniens que la Palestine », a ajouté M. Abbas.

« Le gouvernement israélien revient sur les accords et les engagements antérieurs et pose de nouvelles conditions exorbitantes, comme la reconnaissance de la judéité de l’Etat d’Israël, et a lancé une course contre la montre pour judaïser Jérusalem et étendre la colonisation », a déploré le président palestinien.

‘Catastrophe négligée’ en Syrie

Le négociateur palestinien Saëb Erakat a également récusé l’exigence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’une reconnaissance d’Israël par les Palestiniens comme « Etat du peuple juif », y voyant « un moyen de nous demander de nier l’existence de notre peuple et les horreurs qu’il a subies en 1948 ».

« Ce jour, en 1948, marque l’exil forcé de plus de 750 000 Palestiniens de leurs maisons et leur terre. Certains ont été victimes de massacres brutaux, beaucoup d’autres ont fui par crainte pour leur vie. Un petit nombre a réussi à rester dans ce qui deviendrait Israël », a-t-il rappelé dans une tribune publiée par le quotidien israélien Haaretz.

« Nous ne demandons pas que l’hébreu ne soit pas la langue officielle ni que les fêtes juives ne soient pas des fêtes officielles. Ce n’est pas à nous de définir le caractère d’Israël. Mais nous ne permettrons pas qu’un seul Palestinien soit présenté comme un immigrant ou un intrus sur sa propre terre », affirme M. Erakat.

« Le concept d’un Etat exclusivement juif implique nécessairement la négation de la Nakba. Il nous dit: ‘Ceci est notre terre. Vous y étiez illégalement, temporairement, par erreur' », argue-t-il, rappelant que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) avait reconnu l’Etat d’Israël.

Dans la bande de Gaza, peuplée majoritairement de descendants de réfugiés, plusieurs centaines de Palestiniens ont marché vers le nord du territoire, près de la frontière avec Israël, brandissant des banderoles libellées: « Nous ne renoncerons ni à Jérusalem ni au droit au retour ».

En Cisjordanie, un millier de personnes ont défilé à Naplouse (nord) et des centaines à Hébron (sud) pour le « droit au retour », ont constaté les correspondants de l’AFP.

Lors de sa première visite en Syrie, le nouveau commissaire général de l’Agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) Pierre Krähenbühl a souligné le sort des réfugiés palestiniens dans ce pays en conflit.

« Au moment où une nouvelle génération de Palestiniens connaît le traumatisme du déplacement, leur situation catastrophique sur le plan humain est pourtant souvent négligée » a-t-il déploré, selon un communiqué de l’UNRWA.

La « Nakba » s’est traduite par l’exode de quelque 760 000 Palestiniens, aujourd’hui avec leurs descendants au nombre de plus de 5 millions, répartis essentiellement entre la Jordanie, la Syrie, le Liban et les Territoires palestiniens, seuls 160 000 restant en Israël.