La terminologie reconnaissant le caractère juif d’Israël recherché par Israël et rejeté par les Palestiniens lors des négociations des mois derniers n’était pas une reconnaissance directe d’Israël en tant qu’Etat juif, mais une formulation beaucoup plus nuancée et subtile.

Les négociateurs israéliens voulaient en effet travailler avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et son équipe sur les formulations de la déclaration tant convoitée, vers une formule qui aurait décrit les droits du peuple juif et du peuple palestinien à l’autodétermination dans des termes exactement équivalents, et aurait également inclus des phrases garantissant les droits de la minorité arabe d’Israël.

Les Palestiniens sont pourtant resté inflexibles pour refuser de prendre en compte cette idée. L’insistance du Premier Ministre Benjamin Netanyahu pour que les Palestiniens reconnaissent Israël, d’une manière ou d’une autre, comme l’état nation du peuple juif était l’un des principaux points épineux dans les négociations déjà boiteuses.

Le désarroi de Netanyahu après le refus palestinien de vouloir simplement envisager de travailler vers la formulation de ce point peut être une des éléments qui l’ont conduit à annoncer jeudi à Tel-Aviv qu’il proposerait une nouvelle loi fondamentale fournissant « un ancrage constitutionnel pour le statut d’Israël en tant qu’état national du peuple juif ».

Au cours des négociations, les Israéliens ont proposé une formulation qui stipulerait qu’à la fois le peuple juif et le peuple palestinien reconnaissent mutuellement les droits de l’autre à la souveraineté dans le cadre d’un accord qui mettrait un terme à toutes les revendications restantes.

Israël a proposé de formuler la déclaration dans des termes exprimant explicitement qu’une reconnaissance de l’Etat juif n’aurait aucune influence sur le statut des Israéliens non juifs, et n’imposerait pas aux Palestiniens d’accepter le récit historique d’Israël.

« L’objectif du processus était de recevoir une reconnaissance mutuelle pour les deux états nations, et de s’assurer qu’à la fois le peuple juif et le peuple palestinien aient des droits nationaux, a déclaré jeudi au Times of Israël un haut responsable du gouvernement israélien. Les expressions proposées par les négociateurs israéliens étaient « basées sur une parité totale », a souligné cet officiel.

« Nous étions prêts à faire preuve de créativité linguistique, mais pas avec le concept, a ajouté cet officiel, assurant qu’Israël était très flexible en ce qui concerne les termes de la formulation prévue. Les Palestiniens ont pourtant refusé catégoriquement d’accepter le concept même d’une telle reconnaissance, a-t-il déclaré, même si elle était totalement mutuelle et si elle incluait des causes pour apaiser leurs préoccupations. »

Les officiels palestiniens ont publiquement et à plusieurs reprises exclu la possibilité de reconnaître Israël en tant qu’état nation ou patrie du peuple juif en argumentant qu’accepter une telle exigence les forcerait à entériner le récit sioniste, à renoncer au droit de retour et à compromettre la position des citoyens arabes d’Israël.

Le ministre de la Justice Tzipi Livni a néanmoins souligné que demander aux Palestiniens de reconnaître Israël en tant qu’Etat juif ne visait pas à soutenir un récit historique particulier, mais cherchait à garantir une acceptation mutuelle de la légitimité israélienne et palestinienne.

La démarche proposée par Israël dans la pièce des négociations avait pour but de rassurer les préoccupations de tous les Palestiniens. Puisque la reconnaissance mutuelle dépendrait de la résolution réussie de toutes les autres questions centrales d’un accord, le droit au retour des réfugiés palestiniens ne serait plus une question.

Par ailleurs, les droits de la minorité non juive d’Israël seraient garantis et Israël serait prêt à inclure une phrase déclarant que les Palestiniens ne seraient pas contraints à accepter aucun récit historique.

Les palestiniens ont refusé catégoriquement de prendre en considération la proposition d’Israël, et ont été soutenus par la Ligue Arabe qui, lors d’un sommet au Koweït en mars a exprimé son « rejet total » de l’exigence d’Israël d’être reconnu en tant qu’état juif.

« Israël n’a pas manqué l’opportunité de faire échouer les efforts de paix américains en posant de nouvelles exigences, telles que l’exigence de la reconnaissance d’un ‘Etat juif’ que nous avons refusé sans même en discuter, a déclaré Abbas au sommet. »

« Le refus buté du Président Abbas de discuter une reconnaissance mutuelle entre deux états nations apparaît comme un contraste fort avec la bonne volonté du Premier Ministre Netanyahu de reconnaître un Etat palestinien et son accord que toutes les questions centrales pourraient être abordées lors des pourparlers, a déclaré un haut fonctionnaire israélien au Times of Israel. »

En s’accrochant à sa position, Abbas « pourrait bien torpiller le processus de paix » a ensuite ajouté l’officiel. Il se vante d’avoir refusé de simplement discuter de la reconnaissance de l’Etat juif, en étalant le refus comme une vertu. »

Jeudi, Netanyahu a déclaré qu’il proposerait une nouvelle loi à la Knesset pour ancrer le statut d’Israël en tant qu’état nation du peuple juif en prévenant que s’opposer à une telle reconnaissance pourrait, en fin de compte, mettre en danger le droit du pays à exister.

« On ne peut pas favoriser l’établissement un état national palestinien pour maintenir le caractère juif de l’Etat d’Israël et, dans le même temps, s’opposer à la reconnaissance de l’Etat d’Israël comme l’état national du peuple juif, a déclaré le Premier ministre. Soutenir l’établissement d’un Etat national palestinien et s’opposer à la reconnaissance de l’Etat national juif sape, à long terme, le droit même de l’Etat d’Israël à exister. »