Le conflit contre Israël tout juste fini, la guerre des clans reprend chez les Palestiniens : le Fatah et le Hamas multiplient les attaques mutuelles, laissant envisager l’implosion de la réconciliation scellée au printemps seulement.

Ces dissensions rendent encore plus aléatoire un règlement du conflit avec Israël.

Jusqu’à juin et la formation d’un gouvernement d’union nationale, les Palestiniens avaient deux directions.

L’une à Ramallah : l’Autorité palestinienne chapeautée par le chef du Fatah, Mahmoud Abbas, dont le mandat a expiré en 2009 mais se poursuit faute de consensus sur des élections.

Et une autre, concurrente, à Gaza, celle que le Hamas a imposée par la force en 2007 après avoir été privé de sa victoire aux législatives.

Au printemps, Fatah et Hamas se sont réconciliés et, à l’été, quand Israël a lancé son offensive sur Gaza, Hamas et Fatah ont combattu côte-à-côte, tandis que leurs représentants négociaient ensemble au Caire un cessez-le-feu.

Aujourd’hui, les deux poids lourds de la politique palestinienne sont de nouveau à couteaux tirés. « Le Hamas nous a ramenés au point de départ : au temps de la division », accuse, sous le couvert de l’anonymat, un haut responsable du Fatah à Gaza.

‘Guerre des mots’

Après le conflit, « on est maintenant dans la guerre des mots et les échanges d’accusations entre Hamas et Fatah », décrypte Talal Awkel, politologue gazaoui.

Elle menace de faire exploser la délégation censée prolonger les négociations du Caire jusqu’à une trêve durable, et compromet fortement les élections générales supposées avoir lieu d’ici à la fin de l’année.

Le Fatah accuse le Hamas d’avoir placé 300 de ses membres à Gaza en résidence surveillée pendant la guerre, d’en avoir blessé des dizaines et d’avoir « volé » l’aide aux Gazaouis « pour la distribuer à ses partisans ou la revendre au marché noir ».

Pour le Hamas, cette « campagne médiatique de diabolisation » vise à « saper » sa popularité notamment en Cisjordanie, où elle a grimpé en flèche avec la guerre. A tel point que, selon un sondage récent, si une présidentielle opposait aujourd’hui Abbas à Ismaïl Haniyeh, l’ex-Premier ministre du Hamas à Gaza, ce dernier l’emporterait avec 61 % des suffrages.

Pour tenter de reprendre la main, Mahmoud Abbas veut faire adopter à l’ONU une résolution demandant le retrait israélien de Cisjordanie, d’ici trois ans.

Si son exigence n’était pas entendue –et un veto américain pourrait rapidement la tuer– alors, disent ses proches, ‘l’Etat de Palestine’ adhérera à la Cour pénale internationale, ce qui lui permettrait de poursuivre des responsables israéliens pour « crimes de guerre » à Gaza.

Mais les faits d’armes de la « résistance » pèsent plus qu’une énième initiative diplomatique. Et après 50 jours de tirs continus de roquettes jusqu’à Tel Aviv, le Hamas s’est senti pousser des ailes.

‘Gouvernement de l’ombre’

« Après la victoire à Gaza, les forces de l’Autorité doivent changer d’attitude et revenir dans les bras de leur peuple plutôt qu’à la botte de l’occupant », martèle-t-il.

En dénonçant l’interdiction de manifestations et l’arrestation de centaines de ses membres en Cisjordanie où les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et d’Israël coopèrent.

Abbas a menacé samedi de mettre fin au partenariat avec le mouvement islamiste, qui ne joue pas le jeu de la réconciliation et maintient un « gouvernement parallèle ».

De fait, à Gaza, les porte-parole des ministères du Hamas s’expriment toujours officiellement et les forces de sécurité continuent de faire la loi sans que les agents de l’AP, écartés en 2007, n’aient été réintégrés.

Le Hamas s’est targué lundi d’avoir distribué 32 millions de dollars aux familles ayant perdu des proches ou leur maison.

Car le nerf de cette guerre intra-palestinienne, c’est aussi l’argent et les 23 à 30 millions d’euros de salaire, qui ne sont pas versés depuis des mois, des 45 000 fonctionnaires du Hamas à Gaza, qui incluent quelque 27 000 hommes armés du groupe terroriste.

Avec la réconciliation, le Hamas a demandé à l’Autorité de les payer.

Mais jusqu’à présent, pas un shekel n’est arrivé et la grogne monte dans la petite enclave où de nombreuses familles ont été jetées à la rue par la guerre.

En juin déjà, quand les salaires n’étaient pas arrivés, des violences avaient éclaté dans les banques.